Réussite scolaire: quelle est la clé du succès?

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Quelle est la clé du succès pour faire en sorte que nos jeunes puissent accéder à un diplôme qualifiant?

J’aborde, aujourd’hui, la deuxième question qui nous était proposée lors de la journée des Partenaires pour la réussite éducative dans les Laurentides, alors que je participais à un panel avec Sandrine Turcotte (psychopédagogue et professeure à l’UQO), Marc-André Carignan (architecte et auteur) et Robert Turbide (psychoéducateur et formateur).

Pour rappel, les organisateurs nous avaient soumis quatre grandes questions:

  1. Premier texte: quelles sont les actions prioritaires à mettre de l’avant pour s’assurer que nos jeunes réussissent?
  2. Ce texte: quelle est la clé du succès pour faire en sorte que nos jeunes puissent accéder à un diplôme qualifiant?
  3. À venir: à la lumière de votre parcours, que recommandez-vous de mettre en place dans notre région afin de faire une réelle différence dans le parcours scolaire des enfants?
  4. À venir: si vous aviez une baguette magique, quel serait votre plus grand rêve pour la réussite de nos jeunes et adultes en formation?

Je vous partage ma compréhension des enjeux, et non d’un résumé des échanges qui eurent lieu, de la deuxième question… Je ne vous partage pas de recettes, mais des éléments qui me semblent trop souvent ignorés lorsqu’il s’agit de mettre en place une nouvelle politique ou une nouvelle stratégie pédagogique. Au même titre que l’engrais biologique contribue à la disponibilité de légumes sains, ces quatre éléments vont soutenir les mesures concrètes qui seront mises en place. Ignorer ces réalités sociales et biologiques pourrait, par contre, faire en sorte qu’on ne s’égare un peu plus, malgré toutes les bonnes intentions des uns et des autres…

Les enfants sont coincés dans un monde morcelé

On pourrait croire que l’émergence du village global que tout est lié, qu’il existe une fluidité sociale et personnelle, parce que l’économie d’une région est interdépendante des autres, alors qu’une information peut faire le tour du monde en l’espace de quelques secondes. Pourtant, il n’en est absolument rien. Au contraire. Et les premiers à en souffrir sont les enfants et les adolescents.

Citons quelques éléments créant le morcellement de leur vie. Il y a les réalités familiales, avec les séparations des parents et les nécessaires adaptations aux deux maisons. Il y a les nouveaux conjoint(e)s qui arrivent bien souvent avec des enfants pour lesquels ils doivent partager l’espace et l’attention, alors qu’une nouvelle rupture induit inévitablement des deuils définitifs avec des personnes qui ont fait partie de leur vie de famille. La cohérence parentale n’est pas toujours conservée.

Il y a aussi la pauvreté directe (personnes dans le besoin) et indirecte (une classe moyenne qui étouffe sous les taxes). Il y a les conflits idéologiques entre des parents qui se sont aimés, mais qui se sont trop blessés dans une vie amoureuse insatisfaisante. Il y a les effets pervers des gardiennes virtuelles (télévision, jeux vidéo, etc.) et de la nourriture industrielle savamment distribuée par des multinationales atteintes par un curieux aveuglement volontaire.

Il y a la raréfaction des contacts entre les parents et les enseignants, alors qu’une saine collaboration – basée sur le respect des uns et des autres – est un gage de cohérence en termes d’encadrement éducatif. Aujourd’hui, il y a souvent des conflits de valeurs.

Il y a les parents-souffrants qui hurlent leur bon-droit, dès que l’enfant se fait mal dans la cour ou qu’il n’a pas la note attendue.

Il y a les enseignants-bousculés qui ne savent plus comment aider des élèves en difficulté, parce qu’on a imposé – sans réelle politique cohérente – l’intégration mur à mur des enfants handicapés, autistes ou affectés par de lourds défis en termes d’apprentissage scolaire.

Il y a l’afflux d’informations diverses que le cerveau n’arrive plus à traiter. Les médias sociaux, le besoin de performer, la logique narcissique, etc. Les jeunes sont chez eux, dans leur sous-sol. La tablette a remplacé la vraie vie. Le virtuel les déconnecte de la vie, tout simplement.

Beaucoup de jeunes sont tristes, de plus en plus malheureux, désillusionnés, perdus, dans un monde en manque de repères structurants. Et quand une colère dévastatrice s’empare de l’un d’eux, les dégâts peuvent être profondément tristes.

L’un dans l’autre, ces phénomènes ont morcelé la vie des jeunes. Or, la solution ne peut pas venir d’en haut, car c’est devenu gigantesque. Pour paraphraser Coline Serreau, « Solutions locales pour désordre global » : il faut recréer des communauté structurante. Avant, les églises et les diverses amicales sportives ou politiques jouaient ce rôle. Les communautés locales sont donc invitées à recréer des espaces d’échange et d’entre-aide. L’école pourrait être cet espace dans lequel les communautés se recréent.

Le sentiment d’appartenance, le vivre ensemble, la solidarité, l’entre-aide, le respect, etc., seront bien plus présents si la communauté est tissée serrée. Bien sûr, il y a toujours des tensions, mais elles seront plus facilement identifiables que dans le village global. Vous savez, ce n’est pas pour rien que les entreprises organisent des fêtes de bureau ou des activités de développement personnel pour souder les équipes! Quand on se connaît, c’est plus facile de collaborer. Ainsi, une famille rencontrant des défis pourra être soutenue par sa communauté. Un enfant pourra être accompagné par le parent de son ami. S’aider les uns les autres.

Quitter le discours médical

Si je suis très à l’aise avec le discours médical, je crois que l’usage des diagnostics pour accorder des « adaptations » doit absolument quitter les critères ministériels.

On a cru, il y a 20 ans, qu’un rapport psychologique ou un diagnostic psychiatrique permettrait de statuer si l’enfant ou l’ado a vraiment besoin d’une aide particulière. On a cru, depuis 20 ans, que les enseignants devaient contribuer au dépistage des maladies mentales (même si on colore habilement cette définition en parlant de troubles neurodéveloppementaux). Or, cela a donné lieu à une croissance jamais atteinte précédemment d’étudiants qui doivent recourir à un psychotrope (psychostimulants, antidépresseurs ou antipsychotiques) pour fonctionner à l’école.

Dr Lionel Carmant, ministre des Services sociaux

Les enseignants sont compétents en didactique et en pédagogie, pas en psychiatrie. Combien de fois est-ce que je ne constate pas la confusion entre les symptômes du trouble déficitaire de l’attention a/s hyperactivité (TDAH), de l’anxiété viscérale ou des formes de stress post-traumatiques.

Or, le discours médical est tellement présent qu’ils en oublient toute la richesse de leur expertise, car les intérêts pécuniaires de certains experts ou entreprises sont habilement cachés sous de beaux principes. On leur parle abondamment de TDAH comme d’une situation impossible à changer, alors que les comportements associés se résorbent quand on met en place de bonnes pratiques éducatives et, éventuellement, thérapeutiques. On leur parle des fonctions exécutives comme d’un fait, alors qu’elles se développement et s’entrainent si (et seulement si) l’élève se sent en sécurité tant dans sa classe que dans sa famille.

Un de mes amis, directeur d’école primaire, avait quelque 180 réunions d’orientation pédagogique appelées « plans d’intervention adaptée » (PIA) à animer au début novembre. C’est fréquent dans les écoles. Le nombre de PIA reflète les défis des équipe éducatives face à un nombre croissant d’élèves en difficultés d’apprentissage ou, pire, de fonctionnement en milieu scolaire.

Parfois, ces rencontres sont très utiles, car elles permettent d’uniformiser les stratégies d’intervention autour des besoins de l’élève. Parfois, cela complique la vie de l’équipe éducative, car on attire leur attention sur des particularités et sur des détails, là où ils devraient pouvoir articuler leur gestion de classe sur les dynamiques collectives, sur les apprentissages modulaires, sur le co-enseignement, etc. Mais, ces pratiques éducatives sont si peu abordées dans leur formation universitaire… Quelque part, on peut craindre que certains professeurs universitaires soient trop loin des classes primaires et secondaires, l’efficacité de leur enseignement s’en ressent pour les jeunes étudiants.

Homme d’exception, mon collègue neurologue pédiatrique Lionel Carmant, actuellement ministre des Services Sociaux, a la responsabilité de mettre au point une politique qui facilitera le dépistage précoce des troubles de l’apprentissage. C’est un mandat extrêmement important s’assurer d’identifier rapidement les enfants qui pourraient avoir plus de difficultés à démarrer leur scolarisation dans des conditions idéales.

Le problème qui m’inquiète sérieusement, c’est que la théorie dominante laisse croire que seul l’enfant est porteur de ses défis, comme s’il vivait dans un bocal, pour éviter de culpabiliser les adultes qui l’entourent ou de remettre en question certaines façons de vivre, comme les habitudes alimentaires et l’usage des écrans.

Espérons que les lobbies et corporations permettront de recentrer le discours sur les questions pédagogiques, plutôt que d’encourager le recours à de longues et fastidieuses évaluations neuropsychologiques dont les conclusions utilisent, trop souvent, les termes médicaux au lieu d’explorer les besoins en termes de didactique.

Arrêter de comparer les élèves

À travers les cotes de sélection ouvrant les portes de certaines filières d’études ou, simplement, les examens du ministère servant autant à comparer les élèves qu’évaluer l’efficacité d’une école, nos élèves sont fréquemment mis en situation anxiogène pour satisfaire les attentes des uns et des autres en matière de performance.

Ces dernières années, ma pratique psychothérapeutique me fait souvent rencontrer des jeunes, surtout des filles, qui n’en peuvent plus de vivre cette pression. À tort ou à raison, les gars ont déjà décroché, car ils n’acceptent pas ce type de pression inutile. Ils se désorganisent bien avant. Ce n’est pas pour rien que quatre jeunes TDAH sur cinq sont des garçons. Et je me refuse de croire que la génétique y est pour quelque chose d’autre qu’une manière de résister aux attentes indues des adultes. La jeune fille respecte plus les conventions… jusqu’au jour où elle craque sous la pression.

Les écoles de la Colombie-Britannique ont fait le pari d’accompagner les enfants dans leurs apprentissages scolaires sans note, ni pourcentage. C’est une démarche que nous avons aussi choisie avec l’enseignante de notre fils. Seuls les examens de la commission scolaire (2017-18) et ceux du ministère (2018-19) sont utilisés pour déterminer le passage d’une année scolaire à l’autre. Et cela marche bien.

Pour sa part, l’université Laval vient d’ailleurs d’arrêter l’usage des cotes pour sanctionner ses étudiants en médecine. Aujourd’hui, c’est « réussit » ou « échec » sur le bulletin de note. Il y avait trop de stress chez les étudiants. Je ne sais pas si c’est une expérience singulière ou si l’université étendra cette méthode à tous les programmes. Ce serait une bonne idée, seule l’obtention de bourses post-graduées devra s’adapter, puisque les cotes ne seront plus disponibles.

Au début de ma carrière, il m’est arrivé de lire et commenter les notes de mes étudiants devant toute la classe. Pensant bien faire. Surtout, parce que c’était comme cela que cela se faisait… à l’époque. Même en notifiant les aspects positifs d’un résultat moins éblouissant, cela blesse. Cela induit une compétition et des blessures…

Je me suis rapidement repris. Dans un premier temps, créer un esprit de groupe-classe pour induire la solidarité et le respect des uns et des autres. On gagne ensemble! On est un team.

Dans un second temps, j’ai introduit le co-enseignement, pairant un élève réussissant facilement avec un autre qui rencontrait plus de difficultés. Les plus forts apprennent à maîtriser les matières, là où ceux qui rencontrent des défis peuvent recevoir l’aide de leur partenaire d’étude. Les notes de tous se sont améliorées. En fin d’année, ils ont poursuivi pour la plus part, afin d’étudier par groupe de deux. Les examens avaient été créés par ma collègue-séniore pour sanctionner l’année. Et la réussite était là. Les notes n’avaient cessés de croître durant toute l’année.

Attention aux stéréotypes, mais faisons attention aux différences singulières du cerveau masculin et féminin

Je ne ferai pas l’unanimité avec la prochaine proposition. En fait, celle-ci a longuement été utilisée pour amener une cohérence morale et pour différencier les droits légitimes entre hommes et femmes. Aujourd’hui, on prétend qu’il n’y a pas de différence entre le cerveau des filles et des gars. C’est aussi intelligent que d’affirmer que la terre est plate, car elle est relativement « plate sous nos pieds » si on ne tient pas compte des montagnes et fossés.

Pourtant, force est de constater que si vous mettez devant moi 100 cerveaux (plongé dans du formol, un agent de conservation pour les études anatomiques), je pourrais déterminer s’il s’agit d’un cerveau masculin ou féminin.

Quand j’énonce cette idée dans un groupe en formation, il y a toujours l’un ou l’une qui dit « celui de mon groupe est plus gros que celui de l’autre groupe! » Cette réflexion a le don de faire rire, de détendre l’atmosphère face à une affirmation politiquement incorrecte.

Pourtant, cela n’a rien à voir avec la grosseur du cerveau. D’ailleurs, l’Homme (et la femme) du Neandertal avait un cerveau plus gros de l’Homme de Cro-Magnon et cela ne l’a pas empêché de disparaître, il y a quelque 30 000 ans!

Anatomiquement, on divise grossièrement le néocortex en cinq lobes, séparés par des sulcus.

Le lobe pariétal gère essentiellement les sensations cutanées et musculaires, mais organise aussi le schéma corporel et les habiletés nécessaires pour s’orienter spatio-temporellement. En gros, c’est un GPS! Très utile pour se déplacer lors des transhumances, des chasses et des trappes qui éloignaient les hommes de leur village à une époque où les cartes n’existaient pas. La théorie considère que la logique des dynamiques d’une situation, la résolution de problème et l’action centrée sur les résultats (pragmatique) y sont aussi associés, car elles sont basées sur des ressources kinesthésiques.

Pour sa part, le lobe temporal gère la mémorisation des détails, très utile pour l’apprentissage des règles de grammaire ou le calcul mental notamment. En comparant le cerveau a un ordinateur, on pourrait dire que la mémoire vive (mémoire de travail) siège dans le lobe frontal, alors que le disque dur (mémoire cognitive à long terme) est dans le lobe temporal. C’est d’ailleurs une zone lourdement affectée chez les alcooliques sévères (amnésie de Korsakoff). Toutefois, il y a une autre ressource fondamentale, dans le lobe temporal de l’hémisphère gauche: c’est le siège des aires cérébrales essentielles à la communication verbale!

Or, la « séparation » entre les lobes pariétal et temporal semble similaire dans l’hémisphère droit, mais diffère grandement pour les hommes et les femmes dans l’hémisphère gauche. En fait, la sulcus latérale est inclinée vers le haut chez la femme et vers le bas chez l’homme. La différence est de 30 degrés entre les deux groupes. Elle s’installe comme telle, durant la gestation, entre le 28e et la 30e semaine. Le lobe temporal gauche est plus grand chez la femme, le lobe pariétal gauche est plus grand chez l’homme. Si on retrouve ce phénomène anatomique également chez les oiseaux chanteurs, c’est une caractéristique qui fait de l’être humain un primate bien différent des singes et autres macaques!

Cela n’a rien à voir avec les intérêts singuliers de chacun, mais cela conditionne en partie les habiletés d’apprentissage scolaire. Beaucoup de garçons vont avoir plus de difficultés que les filles à gérer des questionnaires à choix multiples, alors qu’une fille mémorise plus les détails quand le garçon a plus d’aisance dans les situations dans lesquelles les logiques réflexives peuvent être mises en pratique.

De plus, le stress utilise les mêmes chemins dans le cerveau des hommes et des femmes, mais le cortex moteur qui déclenche la réaction (lobe frontal ou pré-central) n’est pas activé de la même manière: il y a une mobilisation des muscles du corps chez l’homme, sauf les muscles labiaux; il y a une inhibition des muscles du corps chez la femme, mais une activation des muscles du visage utiles à la communication verbale.

Enfin, les études physiologiques montrent que les filles gèrent très bien le stress chronique, mais ont plus de difficultés avec un stress ponctuel. Et c’est tout le contraire chez l’homme, plus habile dans de stress court que des stress long. La longueur des examens, la manipulation kinesthésique, les activités verbomotrices ou visuomotrices, etc., vont avoir des effets différents chez les gars et les filles. Et les initiatives visant la réussite scolaire devraient considérer, d’une manière ou d’une autre, ces différences tant anatomiques que fonctionnelles.

Quelle est la clé du succès?

Vous avez constaté que je n’ai pas donné de solutions magiques pour contribuer à la réussite scolaire. En fait, ce sont des questions de fond. On pourrait ajouter plein de choses, comme la réduction du nombre d’élèves dans les classes. Comme la révision des programmes qui sont trop souvent centrés sur la tâche (la performance) au lieu de tenir compte des étapes du développement des enfants.

Le directeur de l’école de mes deux grands m’avait expliqué, il y a quelques années, que le programme de mathématique était, sur le plan biologique, deux ans trop avancé pour 80% des enfants. Oui, la plupart y arrive quand-même. Mais, à quel prix?

On se retrouve dans un troisième texte, à venir bientôt!

Joël Monzée, Ph.D.
Docteur en neurosciences, pédagogue et psychomotricien.

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