L’adolescence sous haute tension (2/2): vers une écologie de l’adolescence

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L’émergence des ressources numériques rend de nombreux services dans tous les domaines de la vie personnelle, scolaire et professionnelle, ainsi que ceux de l’économie et de l’industrialisation. Toutefois, l'usage du numérique, conjointement aux risques d'addiction à certaines substances, a aussi créé des difficultés en termes de sédentarisation et de santé mentale qui viennent perturber le développement global des enfants et des adolescents. Pour les guider vers de saines habitudes de vie, voici quelques suggestions à considérer dans nos familles.

Depuis quelques jours, le Journal de Québec et celui de Montréal diffusent une série d’articles sur la santé de nos ados. En fait, les données s’accumulent et le constat est sans appel: la santé de nos adolescents québécois est inquiétante.

Après un premier texte qui a dressé le constat des défis, ce texte dresse quelques pistes pour aider les jeunes à se développer au mieux.

Quatre piliers à considérer

Inspiré par mes travaux sur le développement de l’enfant et de la famille, je propose quatre piliers pour répondre à ces enjeux.

1. Retrouver notre nordicité et le « risque » sain

Pierre Lavoie nous rappelle une vérité fondamentale : « le Québec est un immense terrain de jeu ».

Nous devons cesser de surprotéger nos jeunes en interdisant le jeu extérieur sous prétexte de froid ou de risque mineur. Mieux, la prise de risque bien encadrée fait maturer leur cerveau.

  • Le jeu libre: grimper, sauter et courir dehors n’est pas qu’une question de calories brûlées; c’est un entraînement aux fonctions exécutives et à la gestion du stress.
  • Démocratiser le plein air: comme le propose le Grand défi, l’accès aux parcs nationaux et aux centres de ski de fond devrait être gratuit pour tous les jeunes afin de lever la barrière financière qui les confine à l’intérieur.

2. La cohérence familiale numérique

Nous ne pouvons exiger de nos ados qu’ils lâchent leur téléphone si nous sommes nous-mêmes rivés au nôtre lors du souper. La régulation doit être un projet de famille.

  • Zones sans écrans: établir des moments et des lieux (la table, la chambre à coucher) où le lien humain prime sur le signal Wi-Fi.
  • Le plaisir de faire ensemble: la solution n’est pas seulement de « couper » l’écran, mais de proposer une alternative gratifiante : cuisiner, marcher en forêt, ou fréquenter une Maison des jeunes pour des activités sociales concrètes.

3. Soutenir l’autonomie et l’auto-efficacité

Certains jeunes, comme Louka, 14 ans, revendiquent leur capacité à prendre soin d’eux-mêmes. Plutôt que de moraliser, encourageons leurs initiatives.

  • Le travail et l’engagement: pour plusieurs, décrocher un emploi d’été est une source d’indépendance et de valorisation qui réduit naturellement le temps passé devant les jeux vidéo.
  • L’éducation aux signaux corporels: aidons-les à identifier comment ils se sentent après trois heures de doomscrolling versus une heure de sport. L’autonomie passe par la connaissance de son propre système nerveux.

4. Une approche globale de la santé mentale

Il est temps d’intégrer la santé mentale comme un élément indissociable de la santé physique.

  • Valider l’écoanxiété: ne pas minimiser leurs peurs face au climat, mais les transformer en sentiment de compétence par des actions locales et concrètes.
  • Désamorcer la dépendance: pour le vapotage, l’approche doit être éducative (normes établies par la famille et l’école) et sensibilisatrice, voire thérapeutique plutôt que punitive.

Conclusion

Dr Olivier Drouin nous avertit : « comme il n’y a jamais d’urgence, c’est mis sous le tapis. Mais quand l’urgence va arriver… il sera déjà trop tard ».

L’urgence est pourtant là, silencieuse, dans le manque de sommeil et les nuages de vapeur des toilettes d’écoles. Mais l’adolescence est aussi une période de résilience extraordinaire.

En leur offrant des espaces de liberté, en redevenant des modèles de présence et en valorisant leur engagement, nous pouvons désamorcer cette bombe.

Bâtir un Québec fort commence par la vitalité de ceux qui porteront demain. Sortons jouer avec eux.

Aller plus loin

  • https://institutdef.ca/impacts-socioaffectifs-et-psychiatriques-de-lusage-des-ecrans-de-loisir-chez-les-jeunes/
  • https://institutdef.ca/lusage-immodere-des-psychotropes-chez-les-jeunes-de-0-a-26-ans-quel-avenir-pour-notre-jeunesse/
  • Dossier du Journal: https://www.journaldemontreal.com/2026/03/21/un-niveau-dangereux-pour-leur-sante–nos-ados-sont-moins-en-forme-que-jamais
  • https://institutdef.ca/augmentation-continue-de-la-prescription-de-psychotropes-chez-les-eleves-et-les-etudiants-depuis-20-ans-une-analyse-critique-des-enjeux-cliniques/

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