Réussite scolaire: quelles recommandations?

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À la lumière de votre parcours, que recommandez-vous de mettre en place afin de faire une réelle différence dans le parcours scolaire des enfants?

Je vous partage quelques pistes de réflexion, telles que je les ai exposées lors de la journée des Partenaires pour la réussite éducative dans les Laurentides, alors que je participais à un panel avec Sandrine Turcotte (psychopédagogue et professeure à l’UQO), Marc-André Carignan (architecte et auteur) et Robert Turbide (psychoéducateur et formateur). Pour rappel, les organisateurs nous avaient soumis quatre grandes questions:

  1. Premier texte: quelles sont les actions prioritaires à mettre de l’avant pour s’assurer que nos jeunes réussissent?
  2. Deuxième texte: quelle est la clé du succès pour faire en sorte que nos jeunes puissent accéder à un diplôme qualifiant?
  3. Troisième et quatrième textes: à la lumière de votre parcours (1ère partie), que recommandez-vous de mettre en place afin de faire une réelle différence dans le parcours scolaire des enfants (2e partie)?
  4. À venir: si vous aviez une baguette magique, quel serait votre plus grand rêve pour la réussite de nos jeunes et adultes en formation?

Cette deuxième partie de la 3e question vous partage quelques idées qui découlent de mon expérience professionnelle dans le monde de l’éducation, tel que je vous le partageais dans le précédent texte, ainsi que de mes découvertes ou observations faites auprès des écoles que j’accompagne ou qui ont eu recourt à mes formations. Quelques observations et idées, en vrac… Chacune mériterait une chronique à part entière, d’ailleurs.

Un cul-de-sac

D’abord, et qu’on le veuille ou non, les enfants et adolescents d’aujourd’hui ne sont plus les personnes que nous étions à leur âge. La société est en mouvance, pour le meilleur et pour le pire. La complexité de celle-ci induit énormément de stresseurs, trop pour qu’un enfant ou un adolescent puisse le gérer sauf s’il dispose d’un cadre de vie soutenant et structurant efficacement son entrée dans la vie.

À cet effet, je vous invite à écouter l’entrevue radiodiffusée que j’ai donnée à Bernard Drainville (FM98,5 – Montréal), alors que des données statistiques indiquent que nos jeunes sont de plus en plus aux prises avec des difficultés pédopsychiatriques. Je discute de différents facteurs d’influence sur ce triste tableau de la jeunesse actuelle.

 

En effet, l’Institut de statistique du Québec révélait qu’en 2017, près de 23% des élèves (essentiellement des garçons entre 5 et 18 ans) étaient diagnostiqués avec un trouble déficitaire de l’attention a/s hyperactivité (TDAH), alors que ce taux augmente à 30%, voire 33%, dans certaines régions administratives. Par ailleurs, quelque 17% des adolescentes avaient reçu un diagnostic de trouble anxieux généralisé (TAG). Pire, on parle de 29% d’enfants et adolescents vivant des périodes de grande détresse psychologiques.

Par ailleurs, je vous partageais, dans le précédent texte, les inquiétudes qui étaient déjà présentes dans le milieu scolaire en 1992, alors que le ministère de l’Éducation encourageait l’intégration des élèves « porteurs d’un handicap ou ayant des difficultés majeures dans leurs aptitudes à apprendre » (HDAA) dans les classes régulières.

Je vous y expliquais deux grands défis qu’engendraient cette mesure sociale. Fondamentalement, c’était une une bonne chose de décloisonner les murs des classes pour éviter la stigmatisation des élèves HDAA, alors que c’était une belle initiative pour construire un « vivre ensemble » sur l’acceptation de la neurodiversité.

Cependant, les conséquences sont majeures sur le plan humain. En effet, elles ont entraîné de sérieux problèmes tant au niveau de l’organisation et de la disponibilité de l’aide pédagogique nécessaire dans les écoles qu’au niveau des enseignants qui, malgré leur bonne volonté, n’ont pas reçu le support nécessaire en termes de ressources concrètes pour atteindre les objectifs.

Rendre les lettres de noblesse à la profession

Toutefois, on a singularisé les besoins pédagogiques autour des diagnostics pédopsychiatriques qui, même si la loi sur l’Instruction publique n’y fait nullement référence, deviennent le sésame pour obtenir des services pédagogiques. Un comble quand on sait que la Loi explique que les enseignants sont aptes à identifier les besoins particuliers d’un élève en difficulté. C’est essentiellement la « machine ministérielle » qui impose toutefois cette procédure. Il n’y a pas de malice, c’est une tentative de freiner l’augmentation exponentielle des dossiers requérant une aide concrète et assurer l’équilibre budgétaire fixé par le Conseil du trésor, le grand argentier du Québec.

Autrement dit, il va falloir changer la donne. Pour assurer le développement des ressources pédagogiques, il faut rendre aux enseignants leur noblesse. Et cela ne passe pas uniquement par des augmentations salariales. En effet, et aucune profession n’y échappe, il y a un phénomène de « break event » entre le salaire idéal et la pénibilité des tâches professionnelles. Il y a un moment où une ligne virtuelle est franchie, ce qui conditionne un choix professionnel de réduire les heures de travail. Ainsi, on voit de plus en plus de temps partiels permettant une adéquation entre les besoins de réalisation professionnelle et ceux assurant la santé financière. Le déséquilibre va s’accentuer au fil du temps durant lesquels la génération des « babies boomers » laissera la place à celle des « milléniaux », moins sensibles à la culture de consommation.

La santé de nos écoles commence par les conditions de travail des équipes éducatives. Or, on constate ces dernières années que de plus en plus d’enseignants tombent en congé de maladie. Curieusement, c’est la même réalité que vivent notamment les infirmières. Comme par hasard, deux professions que l’on associe plus à une « vocation » qu’à un « travail » proprement dit. Et la pénurie annoncée va forcer la main tant à l’actuel gouvernement qu’aux prochains, car la solution n’émergera que sur le long terme…

C’est ainsi qu’il va falloir s’assurer d’une qualité d’encadrement, de la formation continue et de l’inspection des pratiques pédagogiques utilisées dans les écoles. C’est le choix qu’a fait l’Ontario et le succès est au rendez-vous.

Enfin, il va falloir faire à nouveau confiance aux habiletés pédagogiques et éducatives des enseignants, plutôt que d’utiliser un discours médicalisé des défis des jeunes et des moins jeunes.

Les classes flexibles et la réduction du nombre d’élèves par classe

À court terme, il faut envisager la création de classes flexibles. Ces classes sont organisées pour permettre aux élèves de vaquer à leurs apprentissages dans un contexte plus souple que celui des rangées de bancs ou des ilots de bureaux.

Attention, tout de même. J’entends parfois des enseignants craindre que les pupitres ne disparaissent. Ce n’est pas l’objectif d’une classe flexible. Il faut faire attention aux idées intégristes! Les bancs ont toujours leur raison d’être. Parfois, c’est une table. Parfois, c’est un pupitre incliné. Parfois, on peut inclure des fauteuils, des coussins, des sièges-suspendus, des poires ou des vélos-pupitres!

C’est toutefois plus compliqué pour les classes d’école secondaire, bien que certaines écoles arrivent à équiper des classes avec les moyens du bord.

Cependant, le frein, c’est le nombre d’élèves dans une même classe. Quand l’enseignant fait face à 35 jeunes, il n’est pas évident de s’assurer de leur bien-être physique ou psychologique.

D’ailleurs, il faudrait diminuer le nombre d’élèves dans toutes les classes, de la maternelle à la 5e année du secondaire. Comment voulez-vous qu’un enseignant puisse accorder plus de 2 minutes par heure à un enfant s’ils sont 30 dans la classe? C’est impossible de tenir une classe dans de telles conditions. C’est inhumain, même. Tant pour le prof que pour l’élève!

Le nombre idéal provient tant de l’expérience terrain que celles de certaines écoles privées ou de programmes préconisés dans d’autres pays: 12 à 16 élèves! Et encore, le ratio n’est toujours que d’environ 4 minutes par jeune et par heure! Cela va permettre d’améliorer la qualité des liens d’attachement prof-élève qui contribueront à favoriser grandement la disponibilité aux apprentissages.

Le co-enseignement

Bien sûr, on peut encourager le co-enseignement. Plus facile à utiliser lorsque les jeunes prennent de la maturité, cette pratique vise à « associer un élève fort avec un élève qui rencontre plus de difficultés. » Le fait d’expliquer certains concepts à une autre personne contribue aussi à l’apprentissage du premier. Pour l’autre, le fait de poser des questions et de recevoir des explications précises permet l’appropriation des connaissances à acquérir. Les deux sont donc gagnants.

Il y a des expériences avec de bons et moins bons résultats qui ont été mises en place dans les années 1990, en Belgique, avec le concept de cycle 5-8. Il s’agissait de regrouper certains apprentissages en mêlant les enfants de 3e année maternelle (5 ans) avec les deux premières années du primaire.

J’avais également eu recours à cette pratique du co-enseignement, alors que j’enseignais en 5e année primaire. Les élèves avait tellement apprécié que, sans aide des adultes, ils s’étaient regroupés en duo pour étudier en vue des examens de fin d’année! Avec des effets concomitants avec la pédagogie par projet mise en place dès le mois de janvier, les enfants avaient vu leurs notes nettement améliorées par rapport aux autres années, alors que la 5e année est l’année la plus difficile sur le plan des apprentissages abstraits.

Il faut toutefois faire attention à deux choses:

  1. il ne faut pas pairer des enfants qui ont de la difficulté à collaborer; il est donc primordial d’encourager les valeurs d’entraide et de solidarité avant de l’initier, tout en laissant un libre choix dans la formation des duos;
  2. il y a des défis engendrés par le type de difficultés rencontrées par l’enfant HDAA qui ne pourront pas être rencontrés par le co-enseignement; par contre, cela libère peut-être quelques plages horaires dans la journée pour permettre au titulaire d’opérer une aide pédagogique plus singulière.

Le modulaire

Il est impossible pour des enfants d’apprendre tous au même rythme. Conséquemment, on se retrouve à niveler vers le bas les apprentissages, malgré le génie des uns et des autres. Cela a pour effet d’engendrer un décrochage intellectuel des élèves HDAA ou une prise de médicaments psychotropes, même si la santé des jeunes ne nécessiterait pas le recours à une molécule chimique pour normaliser sa disponibilité aux apprentissages. Quand aux élèves forts, ils sont ralentis par le groupe classe. Faut-il s’étonner que, comme le signalait il y a quelques mois l’Ordre des psychologues du Québec, il y ait trois fois plus de décrochage chez les élèves doués que les étudiants HDAA?

D’une part, Albert Einstein affirmait qu’il était curieux d’évaluer tous les enfants sur le même mode d’apprentissage. Dans une comparaison devenue désormais célèbre, il mentionnait que si on évaluait un poisson dans sa capacité de grimper aux arbres comme les singes et les lions, le poisson se sentirait stupide toute sa vie! Pourtant, mettez les tous dans l’eau et regardez lesquels sont alors autonomes! Les conditions d’apprentissage et d’évaluation sont ainsi porteuses d’effets pervers blessants pour les jeunes.

D’autre part, on constate que 60% des enfants recourant aux psychostimulants pour réussir à l’école sont nés, du moins aux États-Unis et au Québec, en juillet, août et septembre. En Colombie Britannique, ce pourcentage est associé aux enfants nés en novembre et décembre. Quelle est l’explication de ces statistiques? Simple, les premiers considèrent la date du 30 septembre et les second le 31 décembre comme date butoir pour déterminer l’entrée à l’école. Autrement dit, les enfants médicamentés sont les plus jeunes des classes! Est-ce vraiment la trace d’un trouble neurodéveloppemental ou celle d’une réalité biologique aussi normale que le fait que les enfants nés au premier trimestre de chaque année ont plus de chance d’être recrutés dans les équipes de soccer ou de hockey?

La solution, c’est le modulaire! En fait, chaque enfant apprend à son rythme. Une très belle expérience est menée à l’école secondaire Georges Vanier à Laval, au Québec. Il existe aussi des cours en ligne construits sur la même formule pour la réalisation du secondaire. Quand le jeune est prêt, il passe ses examens. Point.

D’ailleurs, il serait nécessaire d’envisager de stopper cette frénésie des examens telle qu’on la voit dans certaines écoles. Cela met un stress inutile tant sur les épaules des jeunes que des enseignants.

Savez-vous que la Colombie-Britannique vient de laisser tomber le système de notation tel que nous le connaissons depuis des lustres? Saviez-vous que la faculté de Médecine de l’université de Laval vient d’en faire tout autant? L’étudiant est noté « réussi » ou « échec » pour réduire la compétition entre les étudiants et, du même coup, les troubles psychiatriques de plus en plus présents également à ce niveau d’études!

Revenir aux apprentissages concrets et envisager le recours à la psychomotricité

Les statistiques belges sont intéressantes pour critiquer le modèle consensuel du trouble déficitaire de l’attention a/s hyperactivité (TDAH). Le consensus largement médiatisé au Québec affirme que le TDAH est un trouble neurodéveloppemental d’origine génétique. Nous venons de voir que les enfants les plus jeunes des classes étaient plus à risque de recevoir une médication, sur la base d’un diagnostic médical, pour normaliser leurs comportements en classe. Déjà, cela vient bousculer le lien entre le consensus et la réalité.

Toutefois, les statistiques belges montrent que ce petit pays de 10 millions d’habitants voit un taux de médication fixé autour de 12% en Flandres, alors qu’il n’est que de 5% en Wallonie. On s’entend que la génétique n’est pas très différente, même si la langue diffère. Il se peut que l’organisation scolaire diffère, mais est-elle si différente au nord et au sud? En fait, il y a une grosse différence: depuis 2003, les écoles primaires francophones doivent organiser deux heures de psychomotricité par semaine (en plus de l’éducation physique) pour tous les élèves des trois années maternelles et des deux premières années du primaire.

En fait, le réflexe de beaucoup de sociétés occidentales, c’est d’intellectualiser la vie, tout en augmentant la pression sur les enfants pour développer la motricité fine et les fonctions exécutives cognitives. Et on le fait auprès d’élèves de plus en plus jeunes, car certains adultes y soignent ainsi leur fierté personnelle! Mais, quel risque quand on sait que la latéralité ne s’installe qu’entre 5 et 7 ans! Quel risque quand on voit la sédentarisation des jeunes qui fréquentent moins les ruelles du quartier au profit des écrans et des relations virtuelles!

La psychomotricité est donc une solution à envisager, comme en Belgique francophone, mais aussi au Saguenay-Lac-St-Jean grâce à une initiative coordonnée par Suzanne Gravel et ses collaborateurs. Animant des ateliers de formation continue spécifiques à cette pratique, j’ai eu le bonheur d’y participer durant quelques années et je suis encore présent pour une des écoles d’Alma. Par ailleurs, je suis à monter un programme similaire dans une école de la commission scolaire des mille iles, au nord de Montréal, alors que l’ancien directeur de la commission scolaire du Lac St-Jean fait de même dans la région du Richelieu.

Pour ceux qui voudraient en savoir plus, voici la note de recherche que nous avons rédigée suite à deux années d’expérimentation pour valider cette pratique dans le cadre d’écoles québécoises (téléchargez gratuitement la note Monzee_Gravel_Paradis_Aucouturier_Recherche_2015). Une seconde phase de recherche est en cours de réalisation avec Pauline Vabre, notre étudiante au doctorat en sciences cliniques, sous la direction de Chantal Bouffard, une collègue du département de pédiatrie de l’université de Sherbrooke, et moi-même.

Par ailleurs, plusieurs chapitres du collectif que j’ai dirigé en 2014, « Soutenir le développement affectif de l’enfant, » font directement référence à la psychomotricité et diverses expériences menées dans des écoles du Québec, de France et de Belgique. Vous y trouverez des ressources applicables à peu de frais pour les écoles primaires et secondaires.

Qu’on le veuille ou non, nous avons un corps. Nos apprentissages cognitifs ne peuvent se déployer qu’à la condition d’impliquer le corps, surtout en bas-âge. Bien sûr, il y a des enfants qui ont une intelligence verbo-motrice qui est en phase avec les techniques encouragées par nombres d’universitaires. Toutefois, beaucoup d’enfants ont une intelligence plus kinesthésique et ils ont besoin de manipuler pour intégrer les concepts abstraits, tant en math qu’en sciences!

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On se retrouve dans le cinquième texte, à venir bientôt!

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En effet, je n’ai pas la prétention de tout savoir. Je laisse cette illusion au curieusement célèbre PharmaChien! Alors, vos partages seront certainement des ressources complémentaires à celles que j’expose! N’hésitez pas à commenter…

Joël Monzée, Ph.D.
Docteur en neurosciences, pédagogue et psychomotricien.

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    • Initiation à la neuroéducation;
    • Comment soutenir un jeune affecté par l’anxiété?

Pour en savoir plus sur les éléments neuro-éducatifs abordés dans ce texte:

 

 

 

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