La réouverture des écoles est une nécessité et pas un caprice de star!

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Certaines chroniques sont parfois écrites avec bien trop d’émotivité… et diffusées dans les médias sans se rendre compte de la portée inquiétante de certains propos violents.

Par exemple, le brave Loïc Tassé s’insurge contre le fait que, normalement, on devrait rouvrir les portes des classes la semaine prochaine. À ce titre, il rejoint la position mainte fois exprimée de la directrice de la Chaire de recherche Pfizer de l’université de Montréal, Cécile Tremblay.

Que ce soit une bonne ou une mauvaise décision, elle appartient à la Direction de la Santé publique qui, avec le Premier Ministre Legault, va peser les avantages et inconvénients. Bien sûr, le ministre de l’Éducation sera consulté, mais il n’en reste pas moins que la logique de la Santé publique primera.

EST-CE UNE FOUTAISE OU UN RISQUE CALCULÉ?

Certes, on est en pandémie.

Certes, il faut faire attention.

Toutefois, la vaccination va bon train. Les personnes vulnérables peuvent recevoir une troisième dose, alors que les gestes barrières sont – comme les cliniques dentaires l’ont illustré cet automne – le meilleur moyen d’éviter la contagion des uns ou des autres. Et les écoles y font très attention.

Par ailleurs, 89% des personnes qui décèdent actuellement sont des patients de plus de 60 ans dont la proportion de vaccination deux ou trois doses est quasi à 100%, mais sont affectées par des comorbidités qui – conjointement au virus – finissent par leur être fatales. Il faut donc faire attention à nos aînés.

Le chroniqueur s’inquiète du retour à l’école comme vecteur de transmission exponentiel. Il est vrai que c’est possible qu’ils y contribuent dans une proportion de 40%, mais le reste est associé aux milieux professionnels, donc les adultes entre eux… mais ce sont – encore une fois – des personnes souvent pensionnées qui sont à risque de décès.

EST-CE UNE BANALISATION DE LA VIOLENCE ÉDUCATIVE?

Ce qui m’inquiète, dans les propos de M. Tassé, c’est la désinvolture de ses propos.

Je le cite: « Est-ce que le bien-être de la très vaste majorité des enfants québécois et des familles québécoises doit céder devant les exigences du petit pourcentage d’enfants qui ont de graves problèmes à la maison et qui gagneraient à aller à l’école, même en plein milieu de la pandémie? »

D’une part, c’est plus qu’un « petit pourcentage ». De toute façon, un enfant battu par ses parents, c’est un enfant de trop qui est frappé!

On a vu lors du premier confinement que les écoles ne pouvaient plus jouer leur rôle dans la détection des situations de violence intrafamiliale.

D’autre part, on s’inquiète à juste titre de la violence conjugale, mais on doit encore plus s’inquiéter de la violence éducative, car elle est silencieuse et elle se reproduit de génération en génération.

On ne peut donc pas banaliser cette violence déchargée sur les enfants.

Il ne faut pas criminaliser les situations, mais aider ces parents à développer de meilleures ressources, mais encore faut-il qu’ils soient disponibles pour être aidés.

Or, un parent violent, c’est souvent un parent qui a plus que dépassé sa limite en termes de charge mentale. Aucun parent ne choisit d’avoir des enfants pour les frapper, mais la rudesse de la vie les conduit à reproduire ce qu’ils ont eux-mêmes vécu quand ils étaient enfants.

Et une manière de les aider, c’est en rouvrant les écoles, à défaut d’avoir assez de TS pour les guider dans leur vie familiale.

SAVONS-NOUS CE QUE NOUS VOULONS?

Il faudrait savoir ce que l’on veut, nous les adultes.

Les directives sont fréquemment modifiées pour adapter les comportements (des adultes) aux marges de manoeuvre du système de santé qui, aux dernières nouvelles, venait de perdre plus de 20000 professionnels de la santé, forçant la fermeture de 5000 des 17000 lits d’hôpital disponibles à travers le Québec.

Cette situation n’a rien à voir avec les non-vaccinés puisque ces professionnels ont reçu deux ou trois doses dans 98% des cas. Le vaccin aide, mais ce n’est pas la panacée en termes d’arrêt de la transmission et d’éclosion de symptômes.

Dans le même temps, on veut que les parents travaillent chez eux et supervisent leurs enfants qui font l’école à la maison.

C’est qu’à un moment, le parent même le plus dévoué ne peut plus tenir solidement le gouvernail pour gérer autant de contraintes. C’est ainsi que le degré de détresse est alors exponentiel, entre la supervision des élèves et la peur de perdre leur travail, sans compter les angoisses liées à la pandémie ou la gestion des mesures flottantes.

À LA RECHERCHE DE LA QUADRATURE DU CERCLE

Bien sûr, les parents ont généralement de belles ressources, mais tous ne les ont pas acquises suffisamment solidement.

Toutefois, après deux ans de crises tant sanitaire (malades) que politique (mesures), certains adultes ont de plus en plus de difficultés à gérer leur stress et leur anxiété. Et c’est normal.

De plus, on veut que les enfants performent tant dans leurs comportements studieux qu’aux examens pour s’assurer minimalement de leur passage à l’année suivante, mais – pour certains – pour accéder aux écoles privées ou programmes contingentés. Pourrions-nous réduire cette pression?

Annulons les examens pour relâcher la pression de performance et la charge sur les parents?

Cela permettrait de relâcher la pression sur les parents qui essaient tant bien que mal de combiner leurs rôles parentaux avec le télétravail. Mais, les associations de parents ont maintes fois demander – depuis le début de la crise sanitaire – de les laisser, car c’est une motivation extrinsèque pour favoriser l’assiduité scolaire.

Que n’a-t-on pas critiqué le ministre Jean-François Roberge lorsque, lors du premier confinement, il a déclaré qu’il y aurait deux semaines de vacances pour permettre l’adaptation des uns et des autres aux conditions de vie qui s’imposaient.

Depuis, on a équipé les familles. On a formé les profs. Les parents reçoivent plein de consignes pour compenser le fait que, eux, n’ont pas de bacc en éducation. Malheureusement, c’est la course à la réussite scolaire pour beaucoup de jeunes.

Conséquemment, les parents sont coincés autant que les enfants à trouver la quadrature du cercle. L’enfer dans la maison.

QUELLE SOCIÉTÉ VOULONS-NOUS?

Le chroniqueur compare la position des non-vaccinés avec les enfants victimes de violence intrafamiliale. À moins que ce soit une réplique anti-woke, anti-black-live-matter, etc. Il estime surtout qu’on devrait ne pas se soucier des minorités.

N’est-ce pas un mépris inacceptable dans le discours d’une personnalité publique?

Nos sociétés occidentales sont à un tournant majeur. Depuis 60 ans, elles ont accepté – surtout en Europe et au Canada – de mettre en place des filets sociaux pour protéger, justement, des minorités vulnérables.

Est-ce que nous voulons vraiment remettre en cause ces valeurs?

Est-ce que le modèle américain devrait primer désormais?

Va-t-on devenir de plus en plus égoïste en stigmatisant « tout ce qui n’est pas notre nombril »?

DES ADULTES DE PLUS EN PLUS EN DÉTRESSE MENTALE

Depuis des mois, on constate une haine omniprésente contre les personnes qui pensent différemment dans les journaux. On peut donc se demander dans quelles mesures, cela attise la violence dans les rues et dans les maisons. Dénonciations des voisins. Vandalisme contre des maisons ou des autos si une personne ne pense pas comme une autre…

Que retrouve-t-on le plus souvent dans les espaces médiatiques? Réductionnisme de la pensée. Analyses si souvent partiales ou incomplètes, voire diffamatoires. Encouragement du mépris, du bris du concept de no-fault (taxe pour les non-vaccinés, bientôt d’autres taxes pour les consommateurs des services médicaux), bris du choix de traitement médical, bris de la confidentialité des dossiers médicaux, etc.

Progressivement, on parle de plus en plus d’une numérisation de l’être humain via des téléphones orchestrés par des entreprises privées. Et combien d’autres mesures s’en viennent… en réponse à cette pression médiatique qui manque de recul sur les événements vécus collectivement depuis deux ans. Et comme les experts invités proviennent toujours du même sérail, les nuances sont très rarement précisées. En Science, c’est même proscrit, car on parle d’une forme de références circulaires qui dénature la validité d’un avis ou d’une théorie.

À termes, la facture va être salée en termes de réduction du filet de protection des personnes vulnérables… Est-ce vraiment la société que nous voulons?

Au bout de deux années de crises, les individus sont de plus en plus en difficulté. Un danger, ce sont les personnes qui ne s’en rendent pas compte, car leurs propos deviennent de plus en plus violents. Un danger encore plus grand, ce sont des personnalités publiques qui contribuent à détruire ce qui a fait de notre société une des plus avancées de l’expérience humaine connue…

ET SI NOUS NOUS ÉLEVIONS?

Conservons notre sens de l’honneur et notre humanité.

Respectons-nous.

Soyons bienveillants envers les autres, y compris ceux qui n’ont pas les mêmes valeurs ou prennent des décisions différentes des nôtres.

Respectons les gestes barrières et faisons des choix qui encouragent la santé de notre système immunitaire. 

Essayons de prendre du recul pour que nos positions – du moins en public – soient à la mesure des valeurs qui ont construit notre pays.

Il est temps de dire « stop » aux personnes violentes.

Il est temps de nuancer le plus possible les débats, car la fracture sociale sera de plus en plus difficile à réparer.

Joël Monzée, Ph.D.

Docteur en neurosciences
Éthicien

RÉFÉRENCES

  • https://www.journaldemontreal.com/2022/01/12/la-catastrophe-de-la-reouverture-hative-des-ecoles
  • https://www.journaldequebec.com/2021/09/10/logique-moyenageuse

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