La violence éducative ordinaire

Date

Et si nous choisissions d’identifier clairement la violence éducative ordinaire

La violence éducative ordinaire crée de nombreuses blessures. On parle de violence éducative ordinaire lorsqu’un adulte recourt à différentes formes de décharge d’agressivité sur un enfant sous des prétextes disciplinaires. Qu’elle soit occasionnelle ou chronique, cette violence s’opère dans les maisons, dans les classes et dans certains clubs sportifs.

LA VIOLENCE EXERCÉE SUR LES ENFANTS

Bien sûr, il y a les Boko Haram et autres dictateurs de notre monde qui, de manière directe en faisant des ‘victimes collatérales’ détruisent la vie de milliers d’enfants. Le film Blood Diamond illustre la manière dont on fabrique des enfants soldats, mais aussi tout l’amour d’un père qui tente, par tous les moyens, de sauver son fils.

Inspiré d’une histoire vraie, un autre film nous décrit la violence éducative ordinaire qu’à vécu la jeune Aurore au début du 20e siècle. Une marâtre s’acharne jour après jour sur l’enfant qui est devenue son souffre-douleur. Le père tantôt ferme les yeux, tantôt participe, à cette dramatique histoire de famille que plusieurs ont vécu à des degrés divers.

Le film Vipère au poing et plusieurs contes et légendes mis en image par Walt Disney en témoignent également. Sans parler de tous les enfants meurtris par les guerres qui ont perturbé la vie des familles ces derniers millénaires. L’Être humain a parfois des manières de se comporter qui sortent de tout entendement.

LES INFANTICIDES

Au registre des tragédies familiales les plus sordides, il y a les infanticides. Le cardiologue Guy Turcotte a défrayé les manchettes au Québec, à travers deux procès. Le premier l’a acquitté, car le jury l’a pris en pitié. Le second l’a condamné à vie.

On ne se cachera pas. Les pères extrêmement violents existent, certains vont jusqu’à tuer leurs enfants. Ces pères sont systématiquement dénoncés dans les médias et confirment le degré de violence que certains hommes utilisent pour arriver à leurs fins.

Pourtant, le psychologue Yvon Dallaire rapporte que les infanticides perpétrés par les pères ne représentent pourtant que 30% des assassinats d’enfants. En fait, les douloureuses statistiques rapportent que les infanticides sont perpétrés entre 55 et 61% des cas par les mères. Les 9 à 15% restants sont attribués à un nouveau conjoint, homme ou femme, ou un prédateur.

Dans tous les cas, la maladie mentale affectant l’adulte se répercute dramatiquement sur les enfants. Mais, en même temps, la santé mentale a bon dos.

LA VIOLENCE ÉDUCATIVE ORDINAIRE

Plus pernicieux, il y a ces parents qui, jour après jour, déversent leur colère en insultant, en battant ou en martyrisant psychologiquement leur enfant (ou celui de leur partenaire de vie).

Là aussi, il y a normalement des verrous, mais c’est plus délicat. Il est déjà difficile de tracer une ligne pour les adultes qui dénoncent le harcèlement psychologique, alors l’enfant n’a pas beaucoup de moyens pour se faire entendre.

Déjà qu’un jeune s’accable lui-même de cette violence ordinaire, alors imaginez le parcours du combattant pour qu’on reconnaisse la triste situation éducative.

La protection de la jeunesse n’a pas toujours les moyens ou elle se laisse endormir par de vaines promesses, car mon expérience clinique laisse craindre que c’est souvent le parent le plus adéquat qui se voit affubler des torts causés par l’autre parent.

Pire, l’entourage est souvent silencieux. De là, combien d’enfants et d’ados sont médicamentés parce qu’ils vivent quotidiennement cette violence éducative ordinaire.

NON À LA VIOLENCE ÉDUCATIVE!

Dans un chapitre du livre Dire OUI à la vie, j’explore diverses situations communes dans les familles. Des histoires qui démontrent l’impact des expériences qui blessent subtilement. Des contextes qui créent bien des doutes et qui affectent les ressources émotionnelles. Toutefois, j’explique aussi comment nous pouvons transcender cette part de notre histoire personnelle.

À la lumière des neurosciences, mais aussi d’écrits comme ceux d’Alice Miller, Isabelle Filliozat, Catherine Gueguen et les miens, on constate un lien direct entre les traces de la violence vécue l’enfance et la manière dont on traite son corps à l’âge adulte ou qu’on éduque les enfants et les ados. La résilience n’est pas homogène, elle demande des prises de conscience et le déploiement des habiletés de mentalisation. Celles-ci ne sont pas à confondre avec l’intellectualisation (coupure de l’expérience affective, émotionnelle et corporelle), car elles reposent sur une intégration autant des capacités logiques et analytiques que compassionnelles et relationnelles.

Fréquemment, des membres de réseaux sociaux m’interpellent, dans les groupes d’échange ou plus personnellement par courriel, pour en savoir plus sur les effets de la violence éducative ordinaire. Curieusement, ce sont beaucoup d’hommes qui se posent des questions en regard de leur enfance, mais surtout de l’espoir qu’ils entretiennent pour ne pas reproduire cette violence éducative ordinaire dans laquelle ils ont souvent grandis. Un pas vers une conscience parentale, mais aussi une démarche de paix envers sa propre histoire peuvent se mettre en place.

Il faut savoir qu’en France la fessée est encore légale, mais aussi au Québec (du moins jusqu’à 12 ans). Seuls les pays scandinaves semblent avoir proscrit la violence physique, mais dans de nombreux cas, la violence psychologique est utilisée. Ce sera ainsi tant que les adultes n’apprendront pas à être bienveillants envers eux-mêmes et en paix avec leur histoire.

FAIRE DU POSITIF POUR DONNER DU SENS À L’ABSURDE

À cet effet, tant Scott Peck (Les gens du mensonge) qu’Isabelle Nasare-Aga (Les parents manipulateurs) rapportent différentes situations qui s’inscrivent dans cette violence éducative tolérée, voire justifiée, pour que le jeune se conforme aux attentes familiales, scolaires ou sociétales.

Enfant, on se sent coupable et responsable de cette violence. Ado, on résiste, on sert les dents et on continue d’encaisser. Certains se révoltent. D’autres s’effondrent. Le détecteur de danger permet une adaptation à la cruauté des adultes. Pour moi, c’étaient des parcours de 50 à 100 km de vélo plusieurs fois par semaine et des actions humanitaires au Collège dans lequel j’effectuais mon secondaire. Sans «tuteurs», beaucoup de rigidité tant corporelle que mentale pour atteindre mes objectifs.

Dans mon histoire, c’est la lecture du livre du psychiatre Scott Peck qui m’a permis, au début de ma vingtaine, de comprendre l’absurdité des méthodes éducatives de mes parents, tout comme leur violence éducative ordinaire et celle de l’enseignante en maternelle. Cela laisse des traces, cette manière d’intervenir auprès des enfants et des ados.

Conscient du décalage entre ce que je vivais et ce dont j’avais besoin, j’avais beau me dire «Quand je serai grand, j’expliquerai aux adultes comment ça marche un enfant» depuis mes 5-6 ansil est resté très longtemps un doute profond sur ce que je «valais». Doute qui ne s’est résolu que dans ma trentaine… Quinze années de cheminement pour me détacher de ces douleurs, m’apaiser et développer plus de fluidité mentale…

UN OBSERVATOIRE DE LA VIOLENCE ÉDUCATIVE

À travers les discussions, les Lafayens ont attiré mon attention sur l’Observatoire de la violence éducative ordinaire. Quelque part, la création de cet organisme sans but lucratif illustre le fait qu’un certain nombre de citoyens commencent à s’interroger sur les formes de violence éducative utilisées pour normaliser les comportements des enfants.

Somme toute, la «violence éducative ordinaire est la forme de violence physique et psychologique entre humains la plus courante dans le monde, puisqu’elle touche presque tous les individus dans toutes les sociétés (à de très rares exceptions près), dès leur naissance et à travers des pratiques très variées. Elle existe dans l’espèce humaine depuis des millénaires, et peut être considérée comme la violence première, socialement acceptée, qui rend possibles et acceptables toutes les autres formes de violence et d’abus de pouvoir. La violence éducative ordinaire n’est ni nécessaire pour faire un être humain digne de ce nom, ni génétiquement programmée (elle est absente en temps normal chez les grands primates); elle peut être combattue et disparaître un jour.» (OVEO, 2018)

Outre la documentation du phénomène, l’Observatoire encourage des interventions bienveillantes en lieu et place de la violence physique (fessée, claque, tape derrière la tête, etc.) ou psychologique (intimidation, harcèlement, injures, moqueries, stigmatisation, etc.). À des degrés divers, nous en avons tous vécu et, qu’on ne se cache pas, on a sans doute eu recours à de telles pratiques pour se faire entendre. Cela arrive, même si cela ne devrait pas arriver.

Je vous reviens dans un prochain texte avec les aspects neuroscientifiques qui devraient nous inciter à intervenir d’une manière ou d’une autre si nous sommes témoins de faits de violence éducative ordinaire.

Si, d’ici là, vous aimeriez découvrir et développer des stratégies éducatives bienveillantes, visitez le site: Accompagner avec bienveillance les enfants et les adolescents.

Joël Monzée
Docteur en neurosciences

 

Accéder à des ressources gratuites, visitez la page ‘psychologie et neurosciences‘.

 

Plus
D'articles