Quand les enfants sont bousculés par la vie

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Quand les enfants sont bousculés par la vie, la famille est affectée!

Lorsqu’un enfant ou un adolescent est bousculé par les réalités de la vie, il convient d’essayer de trouver la meilleure manière possible pour l’aider à se reconstruire. On peut même espérer transformer la triste expérience en opportunités pour développer des habiletés singulières.

LES ENFANTS SONT BOUSCULÉS

Bien sûr, il y a des situations comme la maladie grave qui demande beaucoup de patience et, souvent, conduit à la séparation des parents tellement le stress est omniprésent. Oubliant de prendre soin d’eux-mêmes, les partenaires s’oublient et le couple s’étiole. Et puis, il y a les enfants en santé, alors que leur soeur ou leur frère risque sa vie et que les parents sont absorbés par le processus médical… Une réalité bien décrite par l’oeuvre de Marilyne Petit qui, d’ailleurs, propose des pistes de soutien pour les frères et soeurs en santé…

Il y a d’autres situations. Plus pernicieuses. Celles que beaucoup choisissent d’ignorer. Celle qu’on appelle désormais la «violence éducative ordinaire».

C’est un concept qui, brièvement, englobe les différentes formes de décharge d’agressivité d’un adulte sur un enfant sous des prétextes disciplinaires. Qu’elle soit occasionnelle ou chronique, cette violence s’opère dans les maisons, dans les classes et dans certains clubs sportifs.

Cette violence éducative, je l’ai subie toute mon enfance et mon adolescence. Des parents tellement déconnectés des valeurs qui sont les miennes aujourd’hui. Mais, aussi, l’enseignante alors que j’avais 5-6 ans. Elle me frappait, me coinçait entre la porte et le mur, m’enfermait dans le walk-in de la classe qui lui servait d’armoire… Puis, j’ai changé d’école et j’ai rencontré des profs extraordinaires tout au long de mon parcours scolaire.

ANGOISSE ET IMPUISSANCE

Il y a un an, mon fils terminait une année difficile, pour ne pas dire terrible. Alors qu’il faisait sa première année primaire, il a subi cette forme de violence tellement banalisée par ceux qui la commettent et par ceux qui préfèrent fermer les yeux.

Dans un premier temps, nous avons été bousculés comme parents. L’angoisse, chaque matin, alors qu’on dépose l’enfant pour qu’il prenne le bus. Il a mal au ventre, il a peur. Il perd le goût d’apprendre. Puis, la lecture de courriels dans lesquelles l’enseignante décharge sa frustration: des situations banales de la vie d’enfants sont détournées pour dénigrer et justifier la méchanceté gratuite, cette fameuse violence éducative ordinaire.

Après avoir douté tant de nos valeurs éducatives que de la capacité de notre fils à respecter les consignes, on commence à mieux cerner ce qui se passe. Notre fils raconte les mêmes détails à trois ou quatre adultes, à différents moments. S’il mentait, les histoires seraient plus compliquées à comprendre.

Cela reste un parcours tortueux. La difficulté de se faire entendre, malgré que nous sommes des parents articulés et calmes. Des enseignants bienveillants confirment nos craintes, mais ils sont coincés face à leur collègue. Le directeur de nous dire qu’il a peur d’intervenir, car il sait que ce sera pire.

Des parents qui me témoignent « ouf, quand je vois ce qu’elle se permet devant moi, qu’est-ce qu’elle fait quand aucun adulte n’est présent! » Une stagiaire qui m’écrira quelques mois plus tard que la violence éducative de cette enseignante a failli lui faire renoncer à son métier, alors qu’elle terminait sa 4e année de formation universitaire. Mais, elle signalera la situation à l’université qui prendra acte.

VIVRE UN JOUR À LA FOIS

Tout garder en dedans pour essayer de dire à notre enfant que les jours meilleurs arriveront. L’aider à exprimer ce qu’il ressent et l’aider à développer son discernement. Le support d’une collègue psychologue fut également tellement précieux. Nous avions un entourage sain, heureusement! Des amis, son parrain et sa marraine lui démontraient toute leur affection. Même Mélou, une précieuse amie, lui envoyait des chansons ou des messages tendres pour l’encourager.

livre enfants parents

Je n’ose imaginer ce que les parents vivent quand leur enfant est affecté par une maladie grave. J’en ai accompagné, mais la douleur et l’impuissance sont tellement vives, alors qu’on doit garder confiance dans le processus de la vie…

Et nous avons commencé à reconstruire. D’abord, l’écriture de mon 10e livre (Et si on les laissait vivre). Ensuite, la «Lettre à mon fils», qui se voulait une ode à son courage et l’expression de tout mon amour de père, malgré l’impuissance ressentie pendant des mois. Pour lui, mais aussi pour tous les enfants qui subissent quotidiennement cette violence éducative ordinaire.

Puis, l’année scolaire se finit. Un été dans la nature et une année scolaire pleine de bonheur, alors que nous avons fait le choix de l’école à la maison. Puis, le directeur général qui, durant l’automne, écoutera notre expérience et prendra par la suite des décisions pour signifier que de telles situations ne doivent pas se reproduire.

UNE AUTRE VOIE

Les décisions que nous prenons, comme parents, ne sont pas toujours faciles à prendre. Il y a parfois beaucoup de paramètres à considérer et certains sont contradictoires. Le tout est d’être capable d’assumer les conséquences.

Quels que soient nos acquis, nous réagissons tous avec ce que notre expérience, nos sentiments et nos émotions nous offrent comme points de repère.L’expérience de notre fils a résonné sur la nôtre. Nous avons dû prendre le temps de prendre soin de nous-mêmes, tout en prenant soin de nos trois enfants.

Il est toujours plus facile d’être lucide pour intervenir auprès de personnes moins proches. Bien que la résonance émotionnelle fasse partie de l’expérience humaine, elle nous mène moins à fleur de peau quand une certaine distance rythme les échanges et autres décisions. C’est pour cela qu’un médecin doit éviter de prescrire des médicaments à ses proches.

Pour notre jeune fils, le choix que nous avons fait, après y avoir réfléchi pendant des mois, c’est de faire l’école à la maison.

Cela ne remet pas en cause les écoles dans leur ensemble et encore moins les millions de super-profs qui, chaque matin, se lèvent comme Mlle C et M Keating pour aider nos jeunes à développer savoirs et autonomie. J’en ai rencontré plus de 2000, cette année, à travers près d’une trentaine de formations et conférences données dans des écoles. J’ai croisé de belles personnes soucieuses du devenir d’autrui, désireuses de mieux comprendre l’enfant et l’ado.

Malgré cela, il y a parfois des situations singulières qui réclament une autre voie. Et, pour nous comme pour d’autres parents, ce sera le choix de l’école à domicile. À suivre dans le prochain texte!

Joël Monzée
Docteur en neurosciences

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