Une invitation comme conférencier à la COP30: créer la santé et pas gérer les maladies

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Cet automne, j'ai été invité à présenter une conférence lors d'un colloque se déroulant dans le cadre de la COP-30. Ces réunions annuelles sont organisées chaque année pour essayer de prévenir des dommages irréparables qui nuiraient à l'environnement au sens large et, plus spécifiquement, à la santé humaine et la biodiversité. Le colloque auquel je prenais part réunissait des experts internationaux du développement de l'enfant et de l'adolescent.

Ce 14 novembre 2025, j’ai eu le privilège de présenter mon modèle du développement de l’enfant et de l’adolescent construit au départ des connaissances en neurosciences, des valeurs de la santé intégrative et des principes du lien adulte-enfant issus des pratiques en santé mentale positive.

Ce colloque réunissant des experts de nombreux pays explorait les enjeux touchant les jeunes générations face au stress que représentent les transformations climatiques observées depuis une cinquantaine d’années. Il s’agissait d’identifier les valeurs universelles qui devraient être prises en considération dans les processus décisionnel.

Faire attention aux impacts sur les jeunes générations

Ces dernières années, certains lobbies ont allègrement utilisé la peur des changements climatiques, recourant à des slogans dramatiques ou à des théories catastrophiques, pour sensibiliser les décideurs, comme la population.

L’intention est de forcer une transformation des habitudes de vie à travers le monde.

Cependant, cette dynamique médiatique n’est, d’une part, aucunement scientifique et, d’autre part, terrorise les jeunes générations qu’on décrit maladroitement comme « éco-anxieuses » dans les discours populaires.

Au-delà de cette dynamique lobbyiste, la question lors du colloque « Creating health not managing disease » était de regarder comment soutenir au mieux le développement des jeunes enfants dans le contexte du stress climatique.

C’est ainsi que je présentais des données scientifiques en neurosciences affectives, cognitives et sociales, ainsi que des points de référence pour soutenir le développement global des jeunes enfants. Somme toute, j’ai présenté mon modèle scientifique et clinique devant les représentants des instances mondiales siégeant à l’ONU!

Considérant l’empreinte climatique et les impacts environnementaux d’un déplacement à Bélem au Brésil, comme de la tenue d’un colloque international sur place, nous nous sommes réunis en virtuel, chacun dans notre bureau. Quelque part, nous avons été cohérents avec nos valeurs…

Qu’est-ce qu’une COP?

Une Conference of the Parties (COP) ou Conférence des États signataires désigne l’organe suprême des conventions internationales signées par les pays membres pour déterminer les lignes directrices, au départ des travaux menés en continu via des tables de discussion ou des colloques, que les pays tentent de se donner pour déterminer les politiques et les lois touchant des enjeux mondiaux, comme les règles concernant l’armement et les mesures nécessaires pour protéger la Nature au sens large.

C’est ainsi que, annuellement, les Conférences des parties de l’ONU ont le mandat de discuter des bilans annuels et d’évaluer divers enjeux mondiaux, afin d’identifier des consensus potentiels – souvent des valeurs universelles – et de proposer des stratégies concrètes pour atteindre les objectifs des conventions internationales adoptées.

En ce qui concerne la protection de la biodiversité et les enjeux climatiques, les COP réunissent depuis 30 ans les parties de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (197 parties), du Protocole de Kyoto (192 parties) et celles de l’Accord de Paris (185 parties).

Il faut considérer les COP comme un processus de négociation continue qui devrait guider les États sur la base de l’évolution des connaissances scientifiques et des technologiques. Les organisateurs espèrent contribuer à ce que les décisions politiques puissent surmonter les inévitables divergences, issues des enjeux socioéconomiques nationaux ou des actions des lobbyistes au service des multinationales, pour protéger l’environnement et la biodiversité.

Qu’est-ce qu’un neuroscientifique vient faire là dedans?

Durant mon post-doctorat en éthique, je me suis intéressé à différents enjeux touchant les modes de régulations des institutions publiques, comme des entreprises et des universités, pour contribuer à l’amélioration de l’éthique clinique. C’est, d’ailleurs, sur cette base que je me prononce régulièrement sur des enjeux socio-politiques, que ce soit dans des avis remis au Gouvernement, dans des notes de recherche ou dans ce blogue.

Beaucoup de personnes confondent les concepts comme l’éthique, la déontologie ou la morale. Yves Boisvert, un politologue basé à l’École nationale d’administration publique à Montréal, a développé un nouveau cadre de référence pour discuter des enjeux de régulations des êtres humains lorsqu’ils sont confrontés à différentes problématiques personnelles, professionnelles ou sociales.

S’il avait appliqué sa logique pour le monde politique et l’administration publique, mon mandat de recherche concernait l’adaptation de son modèle pour la santé au sens large, afin que les intérêts socio-économiques, politiques, universitaires et corporatistes ne nuisent pas à la population au sens large.

Après deux ans de post-doctorat, j’ai gagné un concours transcanadien et j’ai reçu la plus haute bourse octroyée par les Instituts de recherche en santé du Canada pour poursuivre mes recherches.

Vous comprenez dès lors nombre de positions que j’ai prises ces derniers mois dans le cadre des travaux entourant la modernisation de la Loi des professions déclenchés par la ministre Sonia Lebel il y a 2 ans. Depuis le remaniement ministériel de cet automne, c’est le ministre Jean Boulet qui a repris ce dossier en main.

La réforme de la Loi des professions est majeure pour la santé des Québécoises et Québécois, car de puissants lobbies influent sur les décisions des autorités professionnelles, sans que la population ne soit réellement consultée.

Cela va à l’encontre des transformations observées depuis 25 ans en termes de processus décisionnels et de responsabilisation des instances décisionnelles. En d’autres mots, c’est une problématique éthique et démocratique, car les ordres infantilisent les personnes et bloquent l’accès à l’information leur permettant de prendre une décision de manière libre et éclairée.

En effet, une nouvelle forme de management des entreprises est apparue au début des années 2000 pour tenter d’offrir de meilleures garanties de responsabilité sociale où l’entreprise devient proactive en matière de responsabilité sociale et non plus contrainte par des normes extérieures pour dicter sa conduite responsable. Cette approche est basée sur la théorie des parties prenantes développée par Freeman.

Somme toute, l’idée est de convier au sein d’une table de discussions les différents experts, des représentants d’entreprises et des autorités gouvernementales, ainsi que des organisations civiles représentatives, pour discuter des enjeux et tenter de dégager des solutions qui permettent l’adéquation entre, d’une part, le développement économique et, d’autre part, l’impact sur la société civile ou l’environnement.

Normalement, cela devrait permettre d’identifier des angles morts, tout en tenant compte des intérêts personnels, collectifs et industriels dans l’organisation de la société civile. Cette noble idée est fondamentale pour la préservation des êtres humains, des cultures ancestrales, de l’environnement, dont toute la diversité biologique et culturelle.

Un colloque international sur le développement des jeunes enfants

Organisé dans le cadre des activités entourant les discussions du COP-30, ce colloque réunissant des experts de nombreux pays explorait les enjeux touchant les jeunes générations face au stress que représentent les transformations climatiques observées depuis une cinquantaine d’années.

Il s’agissait d’identifier les valeurs universelles qui devraient être prises en considération dans les processus décisionnel des États qui dictent les règles que doivent suivre (normalement) les entreprises à travers le monde.

L’impact sur la santé des jeunes est multiple.

Par exemple, certains lobbies utilisent la peur des changements climatiques, recourant à des slogans dramatiques ou à des théories catastrophiques, pour sensibiliser les décideurs, comme la population, pour forcer une transformation des habitudes de vie à travers le monde.

Quelque part, c’est une stratégie médiatique bien connue pour favoriser, par exemple, la conduite automobile prudente.

Elle est utilisée depuis les années 1970 pour discuter des enjeux environnementaux tel l’amincissement de la couche d’ozone qui était la principale inquiétude quand j’étais, moi-même, enfant. On nous expliquait que nous allions griller comme si nous étions sur un barbecue.

Cependant, cette dynamique médiatique n’est aucunement scientifique, car on ne peut pas s’assurer que les indicateurs identifiés reflètent la réalité physique du monde et aucune variable n’est contrôlée. Comme le disent souvent les Décrypteurs sur RadioCanada, « une corrélation ne veut pas dire une causalité! »

De plus, l’accès à l’information en continu terrorise les jeunes générations qu’on décrit maladroitement comme « éco-anxieuses » dans les discours populaires. Les adultes ne se rendent visiblement pas compte de leur part de responsabilité dans les angoisses vécues par les jeunes.

Au-delà, la question lors du colloque était de regarder comment soutenir au mieux le développement des jeunes enfants dans le contexte du stress climatique, alors que je présentais des stratégies à considérer pour améliorer les facteurs de protection et les déterminants de la santé.

Les autorités professionnelles du Québec dorment au gaz!

Plus j’écoutais mes collègues à la COP, plus cela confirme que le Collège des médecins et l’Ordre des psychologues du Québec placent la population en danger, particulièrement les enfants et les adolescents.

Il est incroyable de constater le décalage entre, d’une part, les connaissances en neurosciences et en psychologie au niveau international et, d’autre part, ce qui est reconnu par le syndic de ces deux ordres professionnels.

L’absence de mises à jour scientifique et clinique est problématique sous de nombreux aspects. Surtout, cela représente un danger pour la population, puisque des syndics harcèlent les psychologues qui agissent selon les connaissances actuelles pour protéger des modèles d’affaires.

Le corporatisme mine la sécurité du public, mais aussi aux psychologues qui craignent des poursuites comme celle vécue par Geneviève Labonté-Chartrand si ils s’inspirent des connaissances en termes de santé intégrative. Il serait temps que les instances de l’Ordre des psychologues s’occupent de mettre à jour les lignes directrices des bonnes pratiques, plutôt que de quémander au Collège des médecins de nouveaux élargissements en termes d’actes réservés.

Par exemple, l’une des conférences présentait des données scientifiques et clinique montrant comment des problèmes (qui peuvent être corrigés) au niveau de la mâchoire induisent des problèmes de sommeil (apnée juvénile), du stress et de l’anxiété, mais aussi des difficultés pour se concentrer, pour tempérer l’hyperactivité ou pour réaliser les fonctions exécutives.

Or, comme je le mentionne allègrement depuis 2016 (ce qui dérange le syndic de l’Ordre des psychologues), force est de constater qu’aucun test psychométrique ne tient compte de ces aspects avant de prétendre qu’il y a un trouble mental.

Ainsi, les élèves se retrouvent bien souvent contraints de consommer des médicaments psychotropes, alors que les psychologues et les médecins impliqués dans les processus diagnostics se sont trompés de direction thérapeutique.

Cela illustre encore l’incohérence des comportements des autorités professionnelles que sont le Collège des médecins et l’Ordre des psychologues qui ont pourtant été rappelés à l’ordre en 2020 par l’Assemblée nationale qui leur a demandé de mettre à jour le protocole d’évaluation du TDAH qui date de 2000.

Ces autorités professionnelles avaient promis de déposer de nouvelles règles durant l’automne 2024, à la suite de la publication de mon rapport sur le taux de prescription de psychotropes chez les jeunes en mars.

Pourtant, nous sommes 15 mois plus tard cette date promise et rien n’a été déposé.

Le Québec s’isole de plus en plus

En juillet dernier, Anne-Isabelle Dionne et moi avons publié deux larges revues sur les causes potentielles qui induisent les symptômes du TDAH. Nous avons identifié, au départ des articles scientifiques publiés après revue par les pairs, quelque 52 causes psychosociales et médicales associées à un dysfonctionnement de l’environnement affectif, climatique et nutritif, ainsi qu’à un microbiote perturbé et du prédiabète, à un problème ostéomusculaire de la mâchoire, à divers problèmes de sommeil et à un usage envahissant des écrans de loisirs.

Nos articles s’inscrivent en parfaite ligne avec les théories défendues par les Centers for Disease Control and Prevention et les différentes directions provinciales de la Santé publique, et ce, à travers tout le Canada, qui considèrent que la plupart des maladies chroniques – dont les enjeux en santé mentale – trouvent leur origine, certes, dans une vulnérabilité génétique ou une fragilité environnementale, mais surtout comme la conséquence des traumas de l’enfance sur les systèmes physiologiques.

Vous savez… Quand je parle de la science de la bienveillance, c’est parce que les données actuelles en neurosciences affectives, cognitives et sociales encouragent de transformer notre manière d’éduquer nos enfants en s’appuyant sur leurs forces et en renonçant aux pratiques d’intervention violentes:

Concrètement, les adultes sont invités à:

  • éviter de créer des traumas qui créent ou activent le terrain de vulnérabilité,
  • éviter de stimuler les vulnérabilités chez les jeunes et les moins jeunes,
  • éviter le passage de la vulnérabilité à la fragilité,
  • éviter d’être une personne agissant de manière « problématique ».

Quand on parle de santé intégrative, c’est pour prévenir, voire inverser autant que possible, les processus de maladie chronique.

Sachez toutefois que de nombreux professionnels de la santé tentent de sensibiliser leurs patients et de pratiquer leur métier de manière honnête et intègre. Le problème, ce sont les lobbies qui contraignent les autorités professionnelles et les intérêts personnes de quelques personnes bien positionnées dans les échiquiers disciplinaires.

Les professionnels en souffrent, les patients y perdent beaucoup. Cependant, on se tait de moins en moins.

Gardons espoir.

Quelques définitions

Pour éviter d’alourdir mon texte, j’ai placé quelques définitions ci-après si vous désirez plus d’informations.

La Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) est un traité international adopté en 1992. Elle vise à stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre pour éviter les perturbations climatiques dangereuses. Son objectif principal est de prévenir les activités humaines dangereuses pour le système climatique. Les pays signataires se réunissent annuellement lors des COP pour évaluer les progrès et proposer des actions protectrices de l’environnement. Elle a mené à des accords ultérieurs comme le Protocole de Kyoto et l’Accord de Paris.  

En 2002, Boisvert a décrit le concept de responsabilité sociale des entreprises « comme une responsabilité principalement objective ou normative, c’est-à-dire comme une responsabilité dont les paramètres et les modalités de contrôle sont imposés par des principes moraux, par l’État, par le marché ou par un organisme multilatéral. De ce point de vue, il s’agit alors d’une responsabilité sociale de type hétéroréglatoire, puisque la régulation vient d’une instance autre que l’entreprise qui doit s’y soumettre. Les formes de responsabilité sociale hétérorégulatoires […] sont essentielles afin d’assurer que les entreprises assument une responsabilité sociale minimale dans la conduite de leurs activités. »

Sur la base de la théorie des parties prenantes, « le management émerge de relations à double sens entre l’entreprise et un grand nombre de « partenaires ». Dans ce contexte, le consensus est recherché plutôt que la lutte de pouvoir. […] L’organisation (l’entreprise) fait partie d’un système et elle doit identifier les différentes parties de ce système sur lesquelles ses actions vont avoir un impact, direct ou indirect, présent ou futur. L’organisation, dès lors, est en lien avec divers groupes qui ont des valeurs et des intérêts différents, voire divergents. Les relations, directes et indirectes, sont définies en fonction de chaque partie impliquée, ce qui permet de déterminer l’importance de chacun des acteurs. » (Monzée, 2004)

Aller plus loin

  • E. R. Freeman, « The politics of the stakeholder theory : some future directions », Business Ethics Quarterly, 1997, vol.4(4):409-421
  • Y. Boisvert et al. Bioingénierie, éthique et société: vers un modèle de responsabilité sociale; première partie: cadre théorique de la responsabilité, 2002.
  • J. Monzée (en collaboration avec MF Gagnier et Y. Boisvert). Bio-ingénierie, éthique et société: de la «responsabilité» à la «responsabilisation» des chercheurs et des entreprises privées. Note de recherche. Montréal, LEP-ENAP/INRS, 2004.
  • J. Monzée, « Quelle responsabilité sociale chez les chercheurs ? », In: Létourneau L. (dir.), Bio-ingénierie et responsabilité sociale, Montréal, Éditions Thémis, 2006:175-203.
  • J. Monzée, « Les enjeux des nanotechnologies appliquées aux neurosciences », In: Hervé Ch. et al. (dir.), La nanomédecine: enjeux éthiques, juridiques et normatifs, Éditions Daloz, Paris, 2007:51-75.
  • J. Monzée, « Neuropsychologie et généticisation : limites scientifiques et éthiques », In: Hervé Ch. et al. (dir.), Généticisation et responsabilités, Editions Dalloz, Paris, 2008:53-78.
  • J. Monzée and A.I. Dionne, Improve the medical assessment of young people with ADHD: Clinical and Ethical Issues from the Quebec Experience, ESMED, volume 13(6)/10.18103/mra.v13i6.6536.
  • AI Dionne and J. Monzée, Improve the medical assessment of young people with ADHD: II. Genetic, psychosocial or metabolic issues? ESMED, volume 13(6)/10.18103/mra.v13i6.6535

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