Et si la médecine intégrative pouvait nous aider à vivre en santé?

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Il y a quelques années, Mario Proulx avait réalisé un documentaire présentant une vision intégrative de la santé et des moyens pour maintenir une bonne qualité de vie. Cette manière de vivre est toutefois encore bien peu encouragée par les institutions et les corporations, ainsi que, conséquemment, par les politiques publiques. Faisons le point des opportunités qui pourraient devenir des solutions concrètes pour assurer notre qualité de vie.

Alors que nous sommes dans une année électorale au Québec, nous allons pouvoir assister à diverses déclarations de candidats qui vont nous affirmer qu’ils règleront le problème des urgences grâce à leurs toutes nouvelles idées. Certes, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, vient de publier un projet de réforme du système de la santé, mais cela reste essentiellement basé sur les structures. Par ailleurs, on y parle beaucoup de soins curatifs et si peu de prévention.

ET SI LA SOLUTION ÉTAIT AILLEURS QUE DANS LES INSTITUTIONS?

Il y a quelques années, Mario Proulx avait réalisé pour Radio-Canada une série d’émissions radiophoniques qui proposaient une vision plus intégrée de la santé et des moyens pour, soit maintenir une bonne qualité de vie, soit envisager différents moyens préventifs ou curatifs pour la recouvrer lorsqu’une maladie physique ou psychologique survient.

En effet, la médecine pharmacologique apparaît souvent comme la référence principale quand un déséquilibre apparaît chez une personne. Or, si cette approche médicale est déterminante pour les problématiques ponctuelles, elle n’apparaît pas toujours aussi efficace au moment où le déséquilibre devient chronique et découle d’habitudes de vie inadéquates ou de facteurs de risques environnementaux. Les difficultés à comprendre et soigner les maladies dégénératives et les troubles mentaux sont des exemples qui illustrent combien les traitements médicaux sont limités pour que leur action puisse être efficiente.

Par ailleurs, l’essor de la recherche biomédicale a offert une vision pleine de promesses au siècle dernier et beaucoup de gens croient qu’il y aura toujours un médicament pour entretenir leur santé et leur autonomie sans qu’ils n’aient à faire attention à leurs habitudes de vie.

Et il est vrai que de nombreuses personnes ont eu la vie sauve grâce aux traitements pharmacologiques ou, parfois, à la chirurgie. Les autres approches thérapeutiques – qu’on les appelle ancestrales, douces, alternatives ou complémentaires – ne disposent pas toujours de la même reconnaissance tant auprès des cliniciens qu’auprès des individus.

D’une part, la plupart connaissent peu l’utilité de telles approches et elles sont souvent plus efficaces lorsqu’utilisée en prévention, alors que de plus en plus de recherches illustrent – comme je vous en témoigne dans la vidéo gratuite 7 clés pour un cerveau en santé – montrent l’importance d’une compréhension plus globale et centrée sur la prévention pour réduire les situations de maladie, surtout au niveau dégénératif.

D’autre part, on dispose de moins de références scientifiques, car les protocoles de recherche privilégiés depuis 150 ans ne sont pas adaptés pour explorer les effets de ces pratiques. Dans le premier livre de la trilogie que j’ai dirigée pour faire des ponts entre les neurosciences et la pratique en psychothérapie, le neuroscientifique Pierre Rainville explique comment et pourquoi les protocoles de recherche néo-phénoménologiques pourraient offrir des pistes concrètes pour explorer la complexité de tous les facteurs contribuant autant à la santé qu’à la guérison.

Pourtant, de plus en plus de scientifiques invitent les individus à envisager la santé dans une perspective plus globale. Sans négliger l’apport thérapeutique des médicaments, il s’agit ainsi d’envisager les actions à poser de manière préventive, mais aussi de favoriser de saines habitudes de vie.

Pour illustrer cette nécessité, Proulx expliquait que «si la génération des baby-boomers est plus en forme que ne l’était la génération précédente, le mode de vie dans les sociétés occidentales est toutefois souvent synonyme de surmenage. L’alimentation de la majorité se révèle déficiente, et une bonne partie de la population préfère les loisirs sédentaires. Avec un système de santé au bord de l’éclatement et l’augmentation des cas de diabète, d’hypertension et de cancer, il est temps d’agir. […] Vivre autrement, c’est surtout un appel au changement, pour que chacun redécouvre les plaisirs d’une vie équilibrée.»

UN PRÉCURSEUR INSPIRANT

Parmi les témoignages exposés, le psychiatre David Servan-Schreiber exposait pourquoi il était en faveur d’unir les différentes pratiques en médecine. Pour illustrer ses propos, il partageait qu’il avait rencontré différentes personnes pour les questionner sur leur compréhension de la santé et, conséquemment, sur leurs choix curatifs ou préventifs pour favoriser une bonne qualité de vie.

Ce qui l’avait le plus surpris, ce sont les réponses des moines tibétains de Dharamsala. Il explique qu’il s’attendait à un refus de la médecine occidentale. Or, ils expliquaient, en cœur, qu’ils sont heureux de disposer des ressources pharmacologiques en cas de problème critique, mais qu’ils recourent plutôt à la médecine ayurvédique ou l’acuponcture dès qu’il s’agit d’une problématique chronique.

Dans son livre Guérir, ce psychiatre partage son propre cheminement qui l’a amené à envisager une approche plus globale pour traiter les affections psychiatriques. C’est ainsi qu’il s’est rendu compte de la nécessité d’intégrer tant les connaissances que les pratiques. Il s’est souvent inquiété du fait qu’on a parfois si facile d’opposer la médecine pharmacologique aux médecines ancestrales (acuponcture, ayurvédique, herboristerie, etc.) ou aux pratiques complémentaires (chiropratique, massothérapie, naturopathie, ostéopathie, psychothérapie, etc.).

Certes, cela demanderait de reconsidérer la manière dont on fait les recherches, mais ne serait-il pas possible d’explorer la complémentarité de ces pratiques pour vraiment répondre aux besoins des individus, au moins ceux qui sont en santé et qui pourraient y trouver des pistes préventives.

Je n’ai aucune difficulté avec le fait que les ordres professionnels s’assurent de la sécurité du public, mais ne devraient-ils pas aller plus loin en encourageant des dialogues entre les experts? À quel moment est-ce que le corporatisme peut devenir une forme d’atteinte à la sécurité du public? Sommes-nous protégés des risques que le lobbyisme des industries et des universités puissent éventuellement maintenir la population dans une situation de dépendance envers leurs produits? Ne serait-il pas temps que l’on enseigne aux citoyens les moyens concrets, et les raisons scientifiques ou hypothèses cliniques, pour prendre soin de leur santé de manière préventive?

LE PROBLÈME (ET LA SOLUTION) DES HABITUDES DE VIE

Bien sûr, il y a des freins, comme pour tout défi visant la transformation d’habitudes bien tenaces. Pourtant, la médecine intégrative a comme fonction de remettre le patient au cœur de son processus de santé et de guérison, si un déséquilibre physique ou psychologique émerge, en utilisant de multiples ressources offertes à travers différentes formes de médecines et pratiques complémentaires. Récemment, Éric Simard et moi avons corédigé un texte exposant l’application de ce concept autour de trois phénomènes de santé (ou de maladie).

Par exemple, nous écrivions que, « dans le traitement de la dépression, de nombreuses études ont montré que trois stratégies permettaient de diminuer les symptômes: (1) un antidépresseur durant 3 à 12 mois; (2) une psychothérapie durant 3 à 12 mois; (3) la marche à pied, au moins 30 minutes 3 fois par semaine, durant 3 à 12 mois. Toutefois, les personnes pratiquant les exercices physiques ont statistiquement moins de risques de faire une rechute que celles qui avaient pris le médicament ou fait de la psychothérapie. » Combien de professionnels de la santé sont au fait de ces données?

De même, j’ai présenté précédemment dans mon blogue des informations scientifiques, relayées notamment par Richard Béliveau et Isabelle Huot, montrant différentes manières de soutenir le système immunitaire par de saines habitudes de vie, dont la nutrition.

Dans un contexte pandémique avec, d’une part, un virus qui mute continuellement et, d’autre part, un candidat-vaccin basé sur une nouvelle biotechnologie et l’absence de traitement efficace pour contrer les symptômes, pourquoi n’a-t-on pas profité de la situation pour encourager les citoyens à prendre soin de leur santé bien au-delà de respecter les mesures sanitaires préconisées? Le problème n’est pas dans le camp des personnalités politiques, mais celui des ordres professionnels et des universités.

LA NÉCESSITÉ DE CRÉER UN LANGAGE COMMUN

Si les différents professionnels de la santé apprenaient un peu mieux les qualités et les opportunités en matière de prévention ou de soins curatifs de chaque corporation, les oppositions s’estomperaient et une véritable collaboration pourrait s’installer au profit des personnes en souffrance. Par ailleurs, les personnes affectées par la maladie ne connaissent pas toujours les ressources dont ils disposent pour favoriser un processus de guérison optimal. Tant les uns que les autres sont ainsi invités à un voyage pour découvrir les richesses, parfois insoupçonnées, qui se présentent pour disposer d’une meilleure qualité de vie.

Malheureusement, le réductionnisme imposé par les études quantitative, les lobbies hyper-puissants du domaine de la santé – dont l’industrie pharmaceutique – et le narcissisme de nombreux experts font en sorte que la santé est perçue en silos imperméables. Or, cette situation qui se complexifie d’année en année représente un double danger pour les citoyens et la société au sens large, car nous allons directement dans un mur!

D’une part, la personne qui voit son autonomie diminuer, momentanément ou chroniquement, perd tout son pouvoir pour réellement consentir au processus de guérison. Elle perd son pouvoir sur sa santé, laissant le soin à d’autres de décider quelles médications seront nécessaires pour recouvrir sa santé. Pire, elle est souvent exclue du dialogue éthique nécessaire.

D’autre part, il y a le coût pour les finances publiques, alors que les dépenses en santé augmentent depuis des années sans que, toutefois, on ait nécessairement de meilleurs soins ou un meilleur encadrement de notre santé.

Pour sortir de cette spirale, il est urgent de recréer le dialogue. D’abord, il est nécessaire de mettre de côté les rivalités entre professionnels de la santé. Chacun a sa place. Chacun est utile. Chacun contribue à trouver des solutions pragmatiques pour soutenir la santé ou la recouvrer dans le cas de maladies. C’est absurde de penser qu’une profession vaut plus que les autres. Ensuite, il faut que ces professionnels aient le courage de regarder comment ils peuvent collaborer dans une pensée systémique et dans un modèle organisationnel collaboratif. Enfin, il est nécessaire de permettre aux patients de retrouver le désir de prendre leur santé en main. Trop souvent, des collègues médecins me partagent, un peu comme le réflexe de ma grand-mère, que leurs patients leur expliquent « non, docteur, je ne changerai pas ma manière de vivre; vous me donnerez des pilules quand je serai malade. »

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Pour contribuer à recréer un dialogue pour faire émerger des protocoles en médecine intégrative et à encourager le sens des responsabilités de chacun, nous avons – il y a deux ans – créé une association qui regroupe de multiples professions de la santé. Certaines sont encadrées par un ordre professionnel, d’autres ne le sont pas encore. Bien que nos échanges ont été ralentis par la crise sanitaire, l’essence de notre démarche reste une préoccupation de tous les instants.

Si vous voulez en savoir plus sur la vision développée par l’Association des professionnels pour une santé intégrative, je vous propose d’écouter l’entrevue accordée par Anne-Isabelle Dionne et Éric Simard. J’espère que leurs propos pourront vous inspirer.

SOURCES

LaPresse, 2022 [https://www.lapresse.ca/contexte/2022-03-20/refondation-du-systeme-de-sante/les-six-travaux-de-christian-dube.php]

J. Monzée, Médicaments et performance humaine: thérapie ou dopage? Montréal, Éditions Liber, 2010

J. Monzée, Évolution des connaissances biotechnologiques et pratiques psychothérapeutiques, Revue québécoise de psychologie, 2012, vol. 33(2): 97-122

Organisation mondiale de la santé, Données et statistiques [http://www.who.int/research/fr].

J. Monzée (dir.), Neurosciences et psychothérapie: convergence ou divergence, Montréal, Éditions Liber, 2009 (ré-imprimé en 2015)

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