Suis-je trop sévère?

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Ces dernières semaines, j'expose régulièrement les enjeux posés par la manière dont on exerce les métiers de la psychologie au Québec. Ce n'est pas nécessairement les psychologues que je critique, mais les puissants lobbies qui nuisent aux patients, alors que l'Ordre des psychologues n'accomplit pas sa mission depuis longtemps. Je vous partage deux histoires qui se sont passées il y a quelques années.

Il appert que je critique sévèrement ce qu’il se passe dans le monde de la psychologie au Québec, tant au niveau des modèles théoriques que les processus disciplinaires dont certains individus se servent pour réduire au silence les personnes qui remettent en cause les modèles d’affaires.

D’abord, on ne critique que ce que l’on aime. C’est parce que j’ai aimé ma profession et que j’adore la discipline. Bien sûr, il y a quatre grandes écoles de pensée et chacune apporte son grain de sel pour comprendre l’expérience humaine. Ensuite, comme scientifique, je suis habitué aux discussions pour mieux cerner les découvertes parfois contradictoires. Ce n’est donc pas le niveau de mes critiques.

Dès lors, on peut se demander si, quelque part, je serais trop sévère… En fait, ma posture s’appuie sur des raisons au niveau de l’éthique clinique… que je peux nommer plus facilement depuis que j’ai renoncé à mon permis délivré par l’Ordre des psychologues.

Associer les connaissances pour mieux comprendre

J’ai débuté ma formation dans ce domaine, la psychologie, qui me fascine depuis toujours à 17 ans. Auparavant, j’observais beaucoup les gens, ne serait-ce que pour comprendre les règles du jeu dans une société parfois bien complexe.

J’ai adoré ces cours dans lesquels l’enseignante allait autant exposer la psychanalyse que ses contradictions. Elle nous sensibilisait à l’esprit critique pour éviter les pièges de l’orgueil si présent dans la discipline, tant pour nous-mêmes afin de rester éthique que pour autrui, pour éviter que nos biais cognitifs ne ternissent notre regard sur autrui.

Ensuite, j’ai suivi différentes formations, dans des parcours académiques officiels, mais aussi auprès de personnes qui intégraient les connaissances en psychologie à d’autres disciplines dans des formations continues. Puis, j’ai donné les miennes et rédiger des livres… Un de mes objectifs dans le processus d’écriture, c’est de ne jamais rien prendre pour acquis, donc l’humilité et la curiosité pour remettre en question tous les modèles théoriques.

En parallèle, j’ai toujours été très intéressé, et ce, dès mon secondaire, par l’éthologie, c’est à dire l’étude des comportements animaux. En fait, l’éthologie aide à comprendre la communication, la socialisation, la reproduction, l’alimentation et la façon dont les animaux interagissent avec leur environnement ou pour améliorer leur bien-être.

Par ailleurs, j’ai toujours été dérangé par l’anthropomorphisme, c’est à dire le regard porté sur le monde animal au départ des préjugés de quelques individus, sans doute bien intentionnés, mais si ignorant car ils ne prennent pas le temps de regarder et de vérifier leurs biais cognitifs.

Cela m’a conduit, rapidement, à lire Konrad Lorenz, probablement l’un des meilleurs spécialistes de l’étude des dynamiques animales, tout comme les livres de Joseph Campbell, un socio-ethnologue. Aujourd’hui, je poursuis en regardant mes chevaux ou d’autres animaux que j’observe dans les bois, comme j’observe aussi les enfants, les ados et les adultes. Comprendre plutôt que juger.

Cet anthropomorphisme est également si présent pour décrire l’enfant et l’ado. C’est une des causes de la médicalisation de leurs défis: surtout, ne dérangez pas les adultes! Le recours aux psychotropes ressemble, parfois, à une nouvelle forme de violence: on identifie un diagnostic et on pose une camisole de force chimique pour que l’enfant corresponde aux attentes, sans que l’adulte n’ait à s’interroger sur sa propre responsabilité…

Associer les neurosciences pour éviter des biais cognitifs

Comme je l’expliquais dans une précédente chronique, j’ai aussi plongé dans l’autre domaine qui me fascine, les neurosciences, dès mes 14 ans.

La compréhension des ressources neurologiques m’a toujours bien plus inspiré que le diagnostic qui, souvent, enferme le patient dans un posture passive, qui plus est l’enfant ou l’ado en plein développement.

Depuis ma première maîtrise, j’ai cherché à faire des liens théoriques (neuropsychologie) et cliniques, car je travaillais auprès d’enfants, d’ados et d’adultes aux prises avec de très grands défis (situations de handicap+++).

Cela m’a d’ailleurs amené à faire des stages au Québec dans un labo en neurosciences, puis à immigrer, faire une seconde maîtrise et ensuite un doctorat, tout en recommençant ma pratique clinique et débutant l’animation de formations et supervisions selon les connaissances internationales de la neuropsychologie dès 2001.

Depuis lors, j’ai rédigé de nombreux livres et des articles scientifiques ou cliniques sur des thématiques touchant la santé mentale positive et, notamment, les enjeux soulevés par les élèves qui reçoivent un diagnostic comme le trouble déficitaire de l’attention avec (ou sans) hyperactivité.

Il faut savoir que la prévalence au Québec est 3 à 5 fois supérieure à celle qu’on retrouve ailleurs dans le monde. Le protocole d’évaluation du Québec date de 2000! Oui, oui, 25 ans.

Pire, l’Assemblée nationale a sommé l’Ordre des psychologues et le Collège des médecins de réviser ce protocole en 2020, après une commission parlementaire spéciale. Rien n’a été changé.

Quand j’ai publié mon rapport au printemps 2024, ils prétendaient que cela s’en venait pour la fin de l’été… Soit, il y a 14 mois, mais rien n’a été fait.

Sommes-nous vraiment meilleur au Québec qu’ailleurs?

Au milieu des années 2000, j’ai assisté à un colloque de l’ACFAS. Une chercheure, PhD en psychologie, affirma haut et fort que seuls les psychologues formés au Québec étaient compétents, méprisant au passage les Européens. Cette même personne l’a réaffirmé lors d’une conférence donnée dans le cadre des activités de l’Ordre des psychologues. Elle est – ensuite – devenue une pierre angulaire au sein de l’Ordre.

Depuis 20 ans, je fais de la supervision de psychologues. La phrase qui m’a été notifiée le plus souvent à la suite de mon support théorique et clinique, mais aussi dans les formations que j’ai animées, c’est « pourquoi ne nous a-t-on pas appris cela à l’université? »

Par ailleurs, j’ai constaté un changement de dynamique dans les questions qui m’étaient posées par les syndiques-adjointes depuis que la personne sus-mentionnée a pris ses hautes-responsabilités au sein de l’ordre, alors que ma formation européenne a été plusieurs fois méprisée.

Je ne le prends pas personnel, car plusieurs psychologues formés ailleurs qu’au Québec, dont l’Europe et le Canada, se font dire la même chose par des professionnels formés dans les universités québécoises. Cela veut dire que certains professeurs leur font croire cela.

C’est donc une culture qui s’est installée, dont la personne susmentionnée n’est qu’un des pions – comme certains individus dans le bureau du syndics – au service de puissants lobbies qui imposent leur vision depuis des années, au mépris de l’avancée des connaissances et, pire, du bien-être et de la sécurité du public…

De puissants modèles d’affaires

Et puis, il y a le corporatisme et les modèles d’affaires. Je critique les tests psychométriques, car c’est une des causes de l’augmentation de la prise de médicaments par nos enfants et nos ados, mais c’est lucratif pour ceux qui les utilisent.

Entre 2017 et 2022, plusieurs syndiques-adjointes et le syndic ont essayé de me forcer au silence, m’interdisant au passage de parler de santé intégrative. Comme je suis solide sur les plans clinique et scientifique, ces gens sont allés jusqu’à l’insulte, puis des gestes d’intimidation, pour essayer vainement de me décourager…

Pourtant, j’ai eu des discussions avec les deux dernières présidentes (Rose-Marie et Christine) et quelques personnes de leur équipe au sein de l’Ordre qui, contrairement au syndic, m’ont encouragé à persévérer. Leur pouvoir est toutefois bien limité, car le lobby est puissant.

Enfin, ces fameux modèles d’affaires… Il y en a deux que je dénonce.

Au milieu des années 2000, un homme est allé rencontrer une des mes amies originaire des Premières Nations. La Chamane lui a permis de faire de belles découvertes sur lui-même. C’est une amie qui lui avait payé la rencontre initiale, puis il est venu l’une ou l’autre fois ensuite.

Le processus l’avait interpellé. Il en a parlé à trois collègues qui, l’un après l’autre, l’ont rencontrée. Ils ont vécu un processus d’apaisement similaire, ce qu’ils n’avaient jamais vécu par des techniques enseignées couramment à l’université.

Les quatre hommes sont revenus ensemble rencontrer la Chamane. Ils lui expliquèrent leur expérience commune et partagée. Ils se sont alors présentés. C’étaient quatre chercheurs en psychologie, dûment professeurs au sein d’un département d’une des universités sises à Montréal.

Ils lui demandèrent s’ils pouvaient enseigner le processus à leurs étudiants en psychologie. La Chamane expliqua que c’étaient des enseignements des Premières Nations et que cela appartenait à l’Humanité, pas à elle. Donc qu’ils étaient libres de les utiliser pour faire le Bien.

Les quatre psychologues ont alors partagé leur expérience è leurs collègues du département universitaire dans le but de monter un cours dûment reconnu, notamment en faisant des liens avec les connaissances scientifiques. Le conseil refusa catégoriquement: « pas fou, nos étudiants n’auront plus de clients! »

On s’entend qu’un refus pour des motifs de scientificité aurait été tolérable, mais ce n’était pas cela: les gens iraient mieux et ils auraient moins besoin de médicaments ou de psychologues. Or, la rareté des places disponibles permet d’augmenter les avantages corporatifs et les salaires, pris en charge par le Public ou les assurances pour ceux qui ont accès à ce support.

L’Ordre des psychologues du Québec protège-t-il vraiment le public?

Si j’explique les enjeux corporatistes et les dérapages théoriques, cela ne veut pas dire que l’ensemble des psychologues représentent ces idées. Ni que l’ensemble des professeurs à l’université approuvent nécessairement ces dynamiques consuméristes.

En revanche, j’ai été témoin que les neuropsychologues qui se détachent des tests psychométriques et tentent de proposer des pratiques inspirées par la santé intégrative se font tous harceler par 3-4 syndiques-adjointes…

De là, les psychologues renoncent à leur titre pour rester cohérentes avec leurs valeurs (et elles deviennent des coaches) ou elles rentrent dans le rang, perdant un peu de cette lumière qui brillait dans leurs yeux…

C’est pour le public au sens large que je dénonce ces dynamiques. C’est aussi parce que j’aime la discipline de la psychologie et celle de la neuropsychologie qui, du moins au Québec, sont soumises à des lobbies qui nuisent autant aux patients qu’aux psychologues.

Remarque

Le Collège des médecins et d’autres ordres, dont les orthophonistes, les nutritionnistes et les sexologues, sont aux prises avec des dynamiques similaires. Il est temps que la honte change de camp. Il faut que la Loi des professions soit modernisée.

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