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Un verrou protecteur du coeur

Les crises chez les enfants (et les ados) sont nécessaires, malgré le fait qu’elles perturbent la vie de famille. Vous voulez en savoir plus? Accédez à des vidéos gratuites pour vous soutenir dans votre rôle de parent ou d’intervenant: www.cerveauetpsychologie.com

Vous êtes-vous déjà posé la question du « pourquoi » je parle du « verrou protecteur » qui – malheureusement pour nous – déclenche souvent des crises chez les jeunes? Et qu’en est-il chez nous, les adultes?

En mars 2001, je venais de terminer la partie expérimentale de mon doctorat et je m’accordais quelques semaines de congé bien mérité.

J’avais décidé de retourner en Europe pour la première fois depuis plusieurs années. Le plan, c’était d’aller passer un peu de temps en Belgique, puis de partir à l’aventure en Espagne, retrouver des lieux qui m’avaient tant plus quand j’étais enfant…

Poucet

J’arrive à Bruxelles. Je loue une auto. Je vais rejoindre la maison de mes parents. Je décide de prendre un « raccourci » pour éviter de m’endormir sur l’autoroute. Je me perds. Et je me retrouve dans un village, en rase campagne, que je ne connaissais pas : « Poucet ».

Saisissant une carte routière, je poursuis mon chemin. Mes parents étant toujours au travail, je décide d’aller visiter un ami. Fernand était un éducateur spécialisé durant mon secondaire, aussi ordinaire qu’extraordinaire pour les jeunes. 

Pendant des années, j’avais travaillé comme animateur dans des activités qu’il organisait pour soutenir la quête de sens des ados. Nous étions un groupe d’amis tissé serré. Pour moi, cela a été une grande perte quand j’ai immigré au Québec de ne plus avoir ces fréquents contacts. Mon voyage devait donc me permettre de renouer avec plusieurs d’entre eux…

Au moment où la porte s’ouvre, je vois Fernand vaciller lorsqu’il me voit. Il me demande de m’assoir. Comme je viens de faire 8 heures d’avion et 2 heures de route, je décline. Et là, il se fâche comme lorsque je faisais une bêtise au Collège. Puis, il m’annonce la triste nouvelle: mon grand ami d’adolescence, Pascal, est décédé 48 heures plus tôt d’une crise cardiaque.

1995 – Pascal et moi au bord du Lac Memphré-Magog. Avec sa conjointe, ils étaient venus me retrouver pour envisager, eux aussi, une immigration au Canada. Finalement, ils iront s’installer quelques temps après en Alberta.

Il n’avait que 33 ans, comme moi. Il mesurait deux mètres, mais son surnom était «Petit Poucet». Je pense instantanément au village dans lequel je m’étais perdu une heure avant. Je pense à toutes nos heures d’animation, de discussion, de philosophie, d’implication sociale, de colère face aux manques de cohérence de la société… Ça n’avait pas de sens.

Quête de sens

Mon voyage prenait une tournure toute différente. La peine, les pleurs, le besoin de retourner dans les lieux de notre adolescence, de revoir ces amis qui avaient été si précieux… Je ne suis donc pas allé en Espagne. J’avais besoin de replonger dans une part de mon histoire. Mais aussi de partir à la recherche de la logique derrière le non-sens de son décès. 

En fait, Pascal avait des malaises cardiaques depuis quelques temps. Moins de 3 heures avant son décès, il avait subi des tests supervisés par un cardiologue: tout était parfait. Conséquemment, il y eu une autopsie du cœur et du cerveau pour comprendre, tant pour la famille et les proches, que le médecin.

Avec les résultats, ses frères travaillant pour Glaxo-Smith-Kline (GSK) demandèrent des explications aux chercheurs: la pathologie est connue, mais aucun médicament ne pourra jamais être développé, car c’est lié au stress chronique. Et normalement, il y a un verrou qui protège l’excès d’activité cardiaque et l’issue fatale.

Pascal était le père d’une jeune fillette. Sa conjointe attendait des jumelles. Il s’était mis beaucoup de pression pour assurer leur confort. Il s’est adapté, adapté, adapté… suradapté, suradapté… et au lieu de tomber en burnout, son cœur a lâché. En fait, pas son cœur. Son cœur était très en santé. Ce sont les neurones qui activent la contraction cardiaque qui ont lâché. 

C’est une pathologie qu’on voit chez les hommes (et de plus en plus de femmes désormais) qui travaillent avec un degré de stress intense et chronique. À force de repousser le « verrou » sensé nous protéger du pire, la jonction neuromusculaire peut lâcher. Même avec un défibrillateur, il est impossible de relancer le cœur.

Un effet protecteur d’une jonction en difficulté

Chez l’adulte, ce verrou peut déclencher des mécanismes de défense durant la phase de suradaptation, mais aussi le burnout qui nous invite à prendre soin de nous… et protège l’intégrité du fonctionnement cardiaque.

Quant aux crises chez l’enfant ou l’ado, elles jouent une fonction de protection du cœur en déchargeant l’excès d’émotions quand les ressources adaptatives sont dépassées et qu’ils ont terriblement besoin de votre bienveillance

Pour les jeunes et les moins jeunes, il s’agit donc d’apprendre à gérer nos émotions et notre capacité d’adaptation pour offrir le meilleur et éviter des drames si tristes…

Prenez soin de vous, vous êtes essentiels!

Joël

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