Santé mentale: les aspects psychosociaux et les facteurs de protection doivent être considérés avant de diagnostiquer un TDAH (article 4/5)

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Comment expliquer qu’au Québec, le taux de diagnostic du TDAH et la prescription de psychostimulants soient deux à quatre fois plus élevés que dans le reste du Canada ou en Europe? Cette "exception québécoise" nous place devant un défi éthique: sommes-nous en train de soigner un trouble neurologique ou de répondre par la chimie à des pressions sociales et scolaires? Un article signé par Joël Monzée et de la Dre Anne-Isabelle Dionne nous invite à sortir du modèle unique pour adopter une psychiatrie intégrative.

La discussion entamée sur la prévalence du TDAH au Québec trouve un écho scientifique majeur dans un premier article publié dans la revue de l’Association médicale européenne (ESMED) par ma collègue Anne-Isabelle Dionne et moi en juillet 2025.

Alors que les statistiques québécoises révèlent une prescription de psychostimulants deux à quatre fois plus élevée que dans le reste du Canada, cet écrit vient questionner la validité d’un modèle diagnostique souvent réduit à une simple origine génétique.

Le quatrième texte établit un pont essentiel entre l’éthique clinique et la pratique quotidienne, suggérant que l’étiquetage rapide « TDAH » occulte trop souvent des profils « TDAH-like » dont l’origine est environnementale ou relationnelle plutôt qu’un trouble neurologique: l’élève s’adapte en fait à un contexte de vie qui est problématique, voire délétère quand il subit de la violence éducative.

Vers une évaluation plus rigoureuse

Comportement dérangeant enfant, parent ébranlé, découragé

En liant les données de la RAMQ sur vingt ans aux théories de l’attachement et aux neurosciences, Monzée et Dionne proposent un changement de paradigme. Depuis 2016, j’expose clairement les carences et le manque de validité clinique des tests psychométriques utilisés par les cliniques de neuropsychologie, mais aussi les médecins de famille.

L’enjeu n’est plus seulement de traiter un symptôme par la pharmacologie pour répondre à une pression de performance scolaire, mais de réaliser un diagnostic différentiel exhaustif en tenant compte notamment des aspects psychosociaux et des facteurs de protection de la santé mentale des élèves.

Cette approche intégrative est présentée non pas comme une alternative, mais comme une nécessité pour éviter que la médication ne devienne un outil de « dopage cognitif » ou une solution de facilité face à des besoins psychosociaux non comblés

Le paradoxe des chiffres et le poids du calendrier

Les statistiques sont frappantes : entre 2005 et 2022, la proportion de garçons de 6 à 10 ans sous médication est passée de 8% à 12%, tandis qu’elle a presque triplé chez les adolescents de 11 à 15 ans pour atteindre 16 %. Pourtant, les consensus internationaux estiment que ce trouble ne devrait toucher que 3 à 6% de la population.

Plus troublant encore, le mois de naissance semble dicter le diagnostic. Au Québec, Haeck et des collaborateurs ont démontré qu’un élève né en été (le plus jeune de sa classe) a 25 % plus de risques d’être étiqueté TDAH qu’un enfant né en automne.

Ne confondons-nous pas une simple immaturité naturelle avec un défaut génétique?

TDAH ou « TDAH-like » ?

Pour sortir de la confusion théorique, notre article propose donc une distinction cruciale entre le TDAH d’origine génétique et ce que nous nommons le « TDAH-like » pour assurer une meilleure compréhension des enjeux cliniques et encourager une meilleure orientation de la direction thérapeutique.

Quelque part, nous acceptons la définition consensuelle, mais nous attirons l’attention – en parfaite cohérence avec les lignes directrices du DSM-5 et le PDM-2 – sur le fait que d’autres causes peuvent engendrer des symptômes s’apparentant au TDAH, sans qu’ils soient d’origine génétique.

Ce dernier regroupe des comportements d’agitation ou d’inattention qui ressemblent au trouble, mais qui découlent de facteurs extérieurs, dont – par exemples – ces éléments à considérer avant de prétendre qu’il y a un trouble neurodéveloppemental:

  • le mode de vie : une exposition aux écrans de plus de deux heures par jour sature le système de récompense du cerveau, rendant les tâches scolaires « ennuyeuses » et augmentant l’impulsivité;
  • le stress et l’attachement : des relations familiales instables ou un climat scolaire tendu perturbent la maturation du cerveau, notamment les zones responsables de l’attention;
  • la santé globale : des problèmes de vision, un manque de sommeil chronique ou une alimentation inadaptée peuvent mimer parfaitement les symptômes d’un TDAH.

Les zones d’ombre de la médication

Si les psychostimulants offrent souvent un soulagement rapide, l’article souligne que nous manquons de données sur leurs effets à long terme sur le cerveau en développement.

On observe des impacts concrets sur la croissance physique et la densité osseuse, ainsi que des risques accrus de troubles psychiatriques comme la psychose chez certains adolescents utilisant des molécules spécifiques.

De plus, l’efficacité de ces traitements tend à diminuer après 14 mois, là où les interventions psychothérapeutiques montrent des résultats plus durables, comme je le mentionnais dans ma précédente chronique.

Pour une évaluation plus humaine

La détresse de l’élève et, éventuellement, de sa famille ou de l’équipe doit être prise en compte, mais il faut se rappeler que les professionnels de la santé doivent privilégier l’éthique clinique avant la pression externe exercée sur l’enfant ou l’ado.

Il se peut que la médication soit nécessaire pour un certain temps, mais il est préjudiciable d’affirmer que la seule explication des symptômes relève d’un problème génétique. L’entourage doit être interpellé pour qu’il considère les habitudes de vie, les facteurs de protection et l’environnement psychosocial.

Notre appel est clair: nous devons cesser de voir le TDAH comme une simple fatalité génétique. Une évaluation rigoureuse ne peut se limiter à un questionnaire rempli en quelques minutes. Quelque part, c’est renoncer au paternalisme du professionnel et stopper l’infantilisation des adultes.

C’est ainsi qu’une évaluation diagnostique doit devenir un processus global qui explore l’histoire de l’enfant, ses habitudes de vie et son environnement affectif, ce qui est requis – de toute façon – par l’INESSS quand il mentionne la nécessité de faire un diagnostic différentiel.

En choisissant la psychiatrie intégrative, nous offrons aux jeunes une chance de développer leur propre autonomie émotionnelle plutôt que de dépendre d’une béquille chimique pour répondre à des standards de performance cognitives ou scolaires souvent trop rigides.

Aller plus loin

Monzée J, Dionne AI. Improve the medical assessment of young people with ADHD: Clinical and Ethical Issues from the Quebec Experience, ESMED. 2025;13(6)/10.18103/mra.v13i6.6536 (accéder directement à l’article)

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