Alors que le premier article publié dans ESMED jetait les bases d’une critique nécessaire sur le surdiagnostic du TDAH au Québec en explorant les facteurs environnementaux et relationnels, un deuxième article – signé par Anne-Isabelle Dionne et moi – approfondit la réflexion en s’attaquant au versant médical et métabolique.
Le lien entre les deux publications est fondamental : elles forment un plaidoyer complet pour une psychiatrie intégrative qui refuse de réduire les difficultés rencontrées par les élèves et les étudiants à une fatalité génétique qu’on peut corriger avec des psychostimulants.
Pour rappel, la démarche réflexive des cliniciens, comme des adultes entourant les jeunes, doit considérer autant les effets secondaires souvent occultés de la médication que les questions éthiques soulevées par la prévalence du TDAH et de la prescription au Québec en regard d’ailleurs dans le monde.
De la sphère psychosociale à la biologie globale
Le premier volet interpellait notre capacité à pathologiser l’immaturité ou le stress: nous introduisions notamment le concept de « TDAH-Like » pour sortir de la confusion théorique. Souvent, le simple fait de questionner l’origine des symptômes fait croire aux adeptes du consensus qu’on nie l’existence d’un trouble mental d’origine génétique.
En utilisant le concept de TDAH-Like, on reconnaît que certains individus souffrent d’un trouble neurodéveloppemental, mais que de nombreux élèves et étudiants sont médicamentés sans pourtant avoir un réel problème génétique.
C’est ainsi que ce second article nous confronte à la complexité biologique. Anne-Isabelle Dionne et moi y démontrons que le corps et l’esprit ne sont pas des entités séparées. Des déséquilibres aussi variés que des troubles du sommeil, une inflammation intestinale ou des carences nutritionnelles peuvent générer des symptômes d’inattention et d’agitation que l’on étiquette trop rapidement comme neurologiques.
TDAH, et si la cause était ailleurs dans le corps?
Lorsqu’un enfant bouge trop, n’écoute pas ou peine à se concentrer, le réflexe actuel est de pointer du doigt son cerveau, et plus précisément sa génétique. Pourtant, dans ce second article scientifique majeur, nous invitons les intervenants, comme les parents, à une exploration bien plus vaste.
Et si l’agitation de votre enfant, ou de votre ado, n’était pas le résultat d’un « manque de dopamine » de naissance, mais plutôt le cri d’alarme d’un corps en déséquilibre?
En associant ces deux articles, nous proposons une trajectoire clinique renouvelée: avant de conclure à un TDAH permanent, le clinicien doit devenir un détective capable d’évaluer tant la qualité du lien affectif que l’équilibre métabolique de l’enfant.
C’est l’essence même de l’évaluation biopsychosociale ou de la psychiatrie intégrative.

Une nouvelle approche pour traiter le TDAH
Outre les causes psychosociales et les éléments associés à la maturation normale et naturelle des élèves, nous démontrons dans notre article paru dans ESMED que de nombreux cas étiquetés « neurologiques » découlent en réalité de troubles du sommeil, d’inflammations intestinales ou de carences nutritionnelles.
En critiquant la vision strictement génétique, nous plaidons surtout pour une évaluation médicale exhaustive, ce qui est – pour rappel – demandé par l’INESSS.
La psychiatrie intégrative propose de traiter les causes métaboliques sous-jacentes plutôt que de masquer les symptômes par des psychostimulants, offrant ainsi une approche plus éthique et durable pour la santé globale des enfants. Pour rappel, le microbiote influe sur les comportements, et il peut même altérer les ressources psychologiques. Il appert donc que la psychiatrie métabolique doit être considérée dans le processus d’évaluation.
Le sommeil: le grand imitateur
L’un des points les plus percutants de l’article concerne la qualité du repos. Les auteurs rappellent qu’un enfant qui souffre d’apnée du sommeil, qui respire par la bouche ou dont le sommeil est fragmenté présentera exactement les mêmes symptômes qu’un TDAH : irritabilité, impulsivité et difficultés d’apprentissage.
Pourtant, donner un stimulant à un enfant qui manque de sommeil revient à masquer la fatigue par un excitant, sans jamais traiter la cause respiratoire ou neurologique du mauvais repos. Avant de prescrire, ne devrions-nous pas vérifier si l’enfant dort réellement ?
L’axe intestin-cerveau: la nutrition au premier plan
L’article explore également une voie de recherche fascinante : le lien entre ce que nous mangeons et la manière dont nous pensons. Les auteurs soulignent l’impact de l’inflammation systémique et de la santé du microbiote.

Des carences en fer, en magnésium ou en oméga-3, tout comme une sensibilité à certains additifs alimentaires, peuvent littéralement « enflammer » le cerveau.
Dans cette perspective, l’agitation n’est plus un défaut génétique, mais une réaction biologique à un environnement métabolique inadapté. La psychiatrie intégrative suggère ici que le contenu de l’assiette est tout aussi important que le contenu du cartable.
Les polluants et l’environnement: des perturbateurs silencieux
Nous vivons dans un monde saturé de produits chimiques, et le cerveau en développement des jeunes y est particulièrement sensible. L’article mentionne l’impact des métaux lourds et des perturbateurs endocriniens qui peuvent altérer les fonctions cognitives. E
n focalisant uniquement sur la génétique, nous oublions que l’épigénétique — la manière dont notre environnement « allume » ou « éteint » certains gènes — joue un rôle prédominant.
Le TDAH devient alors la manifestation d’une difficulté d’adaptation du corps à un monde de plus en plus toxique.
La plasticité cérébrale: l’espoir du changement
La grande force de ce texte est de redonner de l’espoir. Si le TDAH n’est pas qu’une fatalité inscrite dans le code génétique, cela signifie que nous avons un pouvoir d’action.
En améliorant l’hygiène de vie, en traitant les carences et en favorisant un environnement calme, on peut modifier le fonctionnement cérébral. C’est ce qu’on appelle la plasticité cérébrale.
La médication, bien qu’utile dans certains cas précis, ne devrait être qu’un outil temporaire pendant que l’on travaille à rétablir l’équilibre global de l’enfant.
Vers une médecine de précision
En conclusion, ce second article que Dre Dionne et moi avons rédigé, et soumis au regard de nos pairs dans le processus de publication, est un appel à la rigueur. Les auteurs demandent aux médecins et aux parents de ne plus se contenter d’une étiquette rapide.
Chaque enfant ou adolescent mérite une investigation qui prend le temps de regarder sa biologie, son alimentation et son repos. C’est en soignant le corps dans sa globalité que nous pourrons enfin offrir aux jeunes une santé mentale durable, loin de la sur-médicalisation actuelle.
Exception ou dérive scientiste?
Le premier constat est celui d’une exception québécoise qui est surtout générée par une vision scientiste (qui n’est pas scientifique, mais basée sur des croyances matérialistes) largement encouragée par la détresse des adultes en difficultés pour éduquer les enfants et les adolescents.
En effet, le taux de prescription de psychostimulants y est deux à quatre fois supérieur aux standards mondiaux, grimpant jusqu’à 22% chez les garçons nés en été. Ce phénomène soulève une crise éthique, car l’absence de régulation professionnelle adéquate laisse les cliniciens dans un vide normatif face à des lignes directrices désuètes.
Ces cinq chroniques ont permis de discuter d’enjeux fondamentaux pour l’avenir de nos jeunes. La détresse des uns et des autres n’est pas minimisées, mais il faut se rappeler que le rôle des adultes est d’offrir un cadre cohérent, constant et intègre pour soutenir adéquatement le développement affectif, cognitif et social des enfants et des adolescents.

Au fil des cinq chroniques, la discussion propose un changement de paradigme vers la psychiatrie intégrative pour distinguer le TDAH neurologique des profils « TDAH-like » souvent associés aux facteurs environnementaux:
- facteurs psychosociaux : immaturité liée au mois de naissance, stress familial et enjeux d’attachement;
- habitudes de vie: impact délétère de la surexposition aux écrans sur le système de récompense et le sommeil;
- facteurs métaboliques: troubles respiratoires du sommeil, inflammation intestinale et carences nutritionnelles.
L’urgence réside dans l’adoption d’une évaluation biopsychosociale exhaustive pour éviter une médicalisation systématique dont les effets à long terme sur la croissance et la santé mentale restent inquiétants.
Aller plus loin
Monzée J, Dionne AI. Improve the medical assessment of young people with ADHD: Clinical and Ethical Issues from the Quebec Experience, ESMED. 2025;13(6)/10.18103/mra.v13i6.6536
Dionne AI, Monzée J. Improve the medical assessment of young people with ADHD: Genetic, psychosocial or metabolic issues? ESMED. 2025;vol.13(6)/doi.org/10.18103/mra.v13i6.6535


