L’urgence de créer un processus de régulation pour mieux protéger le public

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Le travail des syndics au sein des ordres professionnels est essentiel, car ils visent la protection du public. Le problème, c'est qu'il n'y a pas de régulation de ce travail, ce qui conduit certains membres des bureaux à abuser de leur pouvoir et poursuivre des professionnels sur la base d'enquête "hors mandat" et nuire à la sécurité du public.

Dans un précédent texte, j’ai exposé une procédure disciplinaire déposée contre une ex-psychologue, parce qu’elle parle de prévention de la santé mentale en tenant compte de la santé du microbiote, ce qui est soutenu par de nombreuses études scientifiques depuis 20 ans.

En fait, le travail des syndics au sein des ordres professionnels est essentiel, car ils visent la protection du public. Le problème, c’est qu’il n’y a pas de régulation de ce travail, ce qui conduit certains membres des bureaux à abuser de leur pouvoir et poursuivre des professionnels sur la base d’enquête « hors mandat ».

En d’autres mots, l’absence de régulation nuit au public, alors qu’aucune personne au sein de l’Ordre n’arrive à éviter ces abus de pouvoir.

LES TROIS POUVOIRS

Souvent, on confond les niveaux de responsabilités aux niveaux des ordres professionnels. Il faut toutefois savoir que, comme pour les autorités de l’État, les ordres sont séparés en trois pouvoirs:

1) l’exécutif, avec la présidence, le secrétaire-général et les responsables des différents bureaux;

2) le CA, avec des psychologues élus par leurs pairs et des personnes nommées par l’Office des professions;

3) le bureau du syndic qui a comme fonction de recevoir les plaintes, d’enquêter et, s’il y a suspicion de la transgression du code de déontologie, de déposer des accusations au Conseil de discipline.

Durant ma carrière, j’ai eu l’occasion de rencontrer régulièrement des présidentes ou présidents.

La période où j’ai le plus collaboré avec ces personnes, souvent hautement dévouées et engagées pour protéger le public, fut la crise sanitaire, alors que Jean-François Roberge avait créé un comité d’experts réunissant 7-8 présidents d’ordre professionnel, Égide Royer et moi.

J’ai un profond respect pour ces personnes. J’ai apprécié leur implication et leur intégrité. Combien d’heures n’avons-nous pas passé pour essayer de trouver des solutions afin d’adoucir les impacts des mesures sanitaires requises par la Santé publique!

De même, j’ai toujours entretenu d’excellentes relations avec le secrétaire-général et les différents responsables des départements de l’Ordre des psychologues, à une exception prêt. Enfin, j’ai été mandaté par des syndics d’autres ordres professionnels pour assurer une supervision dans le cadre du retour au travail de professionnels de la santé.

Mon travail comme superviseur clinique depuis près de 25 ans m’a dont permis autant de constater l’excellence des interventions disciplinaires de certains membres de bureau de syndic, mais aussi entendre des histoires ubuesques, pour ne pas dire des histoires d’horreur, dont certaines ont conduit le professionnel vers son décès.

UN ANTIDOTE AUX ABUS?

La critique que je fais, et ce qui est discuté dans le rapport que j’ai rédigé avec Jean-Yves Dionne, ce sont les enquêtes hors-mandats des syndics.

Il est clair que la protection du public est essentielle et il faut faire attention, quand on est professionnel, à l’impact du travail auprès des personnes en situation de vulnérabilité.

Toutefois, les enquêtes (et éventuelles accusations) hors mandats, souvent au départ de préjugés, d’ignorance ou de bêtise humaine (la jalousie, le narcissisme, l’incompétence, etc.) nuisent à la sécurité du public. C’est ce que JY et moi exposons.

Joël Monzée et Jean-Yves Dionne
Modernisation des ordres professionnels en santé, 2025

Téléchargez le document quand il sera disponible.

Comme la Loi n’a prévu aucun moyen de régulation, certaines personnes se servent de leur position d’autorité pour faire valoir leurs croyances ou leurs idéologies, et ce, au mépris tant de la Loi (qui définit le cadre) que de la protection du public.

Ainsi, des centaines de professionnels ont quitté leurs fonctions officielles pour échapper à des procédures lourdes, inquisitrices et abusives, alors que les théories défendues par les syndics ne sont pas en phase avec les connaissances scientifiques, notamment en termes de santé globale.

La preuve de mise en danger du public (ce qui peut se résumer à une seule personne) n’est pas toujours évidente à identifier dans un signalement, mais l’agressivité et les abus font en sorte que le professionnel panique et s’auto-incrimine, puis cède aux pressions d’admettre sa culpabilité, car l’angoisse des sanctions financières les conduits à admettre leur culpabilité.

Il y a aussi le manque de discernement des certains enquêteurs ou syndics(adjoints). Pas tous, heureusement, il y en a qui font un travail impeccable, mais ils sont englués dans un contexte disciplinaire abusif.

La Loi sur les ordres professionnels doit être révisée et, comme dans l’univers de la Police, il faut que des personnes puissent enquêter sur le travail des membres du bureau. Dans le rapport que j’ai co-dirigé, on démontre les nombreux problèmes éthiques qui découlent de cette absence de régulation.

Il faut savoir que la modernisation de la Loi est souhaitée par les présidences de plusieurs ordres professionnels, car elles ont été témoins de nombreuses situations abusives, mais elles ne peuvent pas recadrer le travail effectué par le 3e pouvoir.

Au même titre qu’un Premier ministre ou le ministre de la Sécurité publique ne peut pas recadrer le travail d’un juge ou d’un policier. Il en est de même pour le ministre responsable des Services sociaux qui ne peut pas recadrer le travail du Département de la protection de la jeunesse.

Il faut espérer que des journalistes s’emparent de ce dossier. Certes, Marie-Maude Denis et son équipe ont abordé une partie du problème avec leur documentaire PSYCHO-DRAME disponible sur Tou.TV si vous ne l’avez pas vu.

La journaliste, Pasquale Turbide, exposait avec beaucoup de sensibilité les abus du bureau de syndic de l’Ordre des psychologues et réclamait un code de déontologie. Or, ce code existe déjà. Le problème, c’est qu’il bloque les lanceurs d’alerte internes et qu’il n’y a pas de régulation externe!

Il faut donc aller plus loin, car nous sommes de nombreux professionnels qui nous intéressons à la santé intégrative et aux saines habitudes de vie qui subissons ce type de violences institutionnelles. Il faut que cela change. Il faut que la honte change de camp, comme l’exprime un personnage de la série Avant le Crash écrite par Éric Bruneau et Kim Lévesque-Lizotte.

SORTIR LES INDIVIDUS QUI ABUSENT DE LEUR POUVOIR

Quelque part, il faut permettre aux personnes honnêtes qui travaillent dans les bureaux de syndic de pouvoir faire en sorte que les membres qui abusent de leur pouvoir soient mis dehors, que les contrats soient résiliés et que ces personnes perdent le privilège d’avoir un permis.

Il se peut que Julie Pépin, nouvelle syndic de l’Ordre des psys, soit une bonne personne et réellement engagée dans la protection du public, mais il y a plusieurs personnes (dont l’ancien syndic) qui ont abusé de leur autorité et ces abus nuisent au public. Nous les avons clairement identifiées.

Il y a 18 mois, j’ai réussi à faire traduire l’ancien syndic Marc Lyrette dans une Cour de justice. En fait, un tribunal administratif. Il a reconnu que je n’avais jamais transgressé le Code de déontologie et, à demi-mots, qu’il y avait eu des abus d’autorité à mon égard.

J’avais vécu une première enquête qui avait été réalisée de manière respectueuse par l’ancien syndic, Robert Vachon, en 2013. Une personne avait fait un signalement à la suite de ma prise de parole dans un dossier d’abus d’autorité d’une institution publique contre une famille. Comme j’avais respecté le cadre disciplinaire, il n’y a eu aucune suite.

En revanche, les motifs des enquêtes vécues en 2017, 2019 et 2022 et, surtout, l’agressivité des syndiques-adjointes et du syndic, ainsi que leurs affirmations vexatoires, découlaient surtout de leur volonté de me faire peur, car je remets en question les fantasmes d’un lobby très puissant au sein de la corporation des psychologues.

En effet, certains se disent mieux placés qu’un médecin pour savoir quel médicament psychotrope prescrire. Souvent, ce sont des personnes qui n’avaient pas les notes pour faire médecine, alors que d’autres s’enferment dans une idéologie transhumaniste, ce que je dénonce depuis 2015, notamment en critiquant la validité des tests psychométriques et de leur utilisation parfois avec peu de discernement par certaines cliniques.

Officiellement, il n’y a pas eu de conséquences pour Marc Lyrette, car les membres des syndics disposent d’une immunité totale, même si les autres niveaux de pouvoir de l’Ordre sont mal à l’aise, déçus ou inquiets de actes posés par certains membres du syndic.

Toutefois, le fait d’avoir exposé en plein jour ses comportements inacceptables a fait en sorte que son autorité était réduite à une peau de chagrin au sein de l’Ordre. L’individu a donc pris sa retraite peu après le verdict du procès.

J’espère que Julie Pépin aura le courage de rencontrer des personnes comme moi pour faire la lumière sur les problèmes chroniques. Elle a le CV nécessaire pour mettre de l’ordre dans le syndic de l’ordre. Espérons qu’elle ait l’intégrité nécessaire et les coudées utiles pour sortir les individus problématiques.

En tout cas, je me tiendrai à sa disposition… le moment venu.

EN SAVOIR PLUS:

Psycho / Drame, 6 février 2025, https://ici.radio-canada.ca/tele/enquete/site/episodes/999928/psycho-drame

Joël Monzée et Jean-Yves Dionne, Modernisation des ordres professionnels: de l’urgence de réguler adéquatement leur fonctionnement pour mieux protéger le public, 2025 (au moment de publier ce texte, le document est sous embargo; il sera disponible pour le téléchargement durant l’automne 2025 ou l’année 2026).

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