L’impact des écrans sur la vie des jeunes

Date

L’impact des écrans sur la vie des jeunes: pour le meilleur et pour le pire?

Les écrans font partie de la vie. Pour le meilleur et pour le pire. Les éliminer de notre vie familiale ou professionnelle n’est quasi plus possible, sauf en se retirant complètement de la vie moderne.

Bien que… Le docteur en neurosciences Michel Desmurgets a réalisé une synthèse étonnante sur l’impact de la télévision dans la vie des gens. Quand il a fini de rédiger son livre, TVLobotomie, il dit avoir sorti toutes les télévisions de sa maison!

Toutefois, avant d’en arriver à une solution aussi radicale, regardons les risques et développons de saines habitudes de vie dans l’usage des écrans. Ce premier texte, d’une série de quatre, explore quelques défis et, surtout, des mesures universelles que toutes les familles devraient considérer pour favoriser une saine gestion des écrans.

NEUF MINUTES

Par exemple, une étude montre qu’il suffit de neuf minutes de dessins animés pour qu’apparaisse une réaction s’apparentant au TDAH. Que penser alors des enfants qui regardent la télévision durant une heure avant d’aller à l’école?

Pire, quatre minutes de Bob l’éponge ou de la Pat’ Patrouille suffiraient pour engendrer les mêmes difficultés. Le premier à cause de la fréquence des stimulations visuelles et le second à cause de la musique qui, étudiée avec soin pour créer une dépendance, font en sorte que l’enfant aura de la difficulté à se concentrer pendant quelques heures.

Autrement dit, une première idée pour favoriser la réussite scolaire, c’est de ne pas permettre la télévision ou les jeux vidéo les matins d’école. Vous favoriserez ainsi une meilleure qualité de l’écoute en classe.

APPARITION DES SYMPTÔMES

Ce n’est pas tout. On constate que les jeunes ont un sommeil perturbé, que l’on parle de qualité ou de quantité. La présence d’un ordinateur et de la télévision et l’accès au téléphone dans la chambre nuisent au sommeil des enfants et des adolescents. Les chercheurs relèvent des troubles anxieux et des troubles de l’endormissement qui seraient corrélés à l’accès et à la durée d’utilisation des technologies multimédias.

Pas moins de sept études ont relevé que les enfants qui utilisent régulièrement ces outils de communication présentent des troubles du langage. Par ailleurs, on noterait aussi une augmentation des troubles comme la dyslexie et la dysorthographie, ainsi que des problèmes d’apprentissage de la calligraphie (forme des lettres) et de la lecture.

L’hypothèse des chercheurs pour expliquer ce phénomène est que, étant donné que les enfants écrivent moins à la main, on remarque que l’apprentissage du «code écrit» est moins efficient, dans la mesure où le fait de moins souvent dessiner les lettres sur une feuille ou un tableau et de se centrer davantage sur les touches d’un clavier modifie la relation entre les lettres assemblées et le mot ou le sens de la phrase.

DES EFFETS DOMMAGEABLES

Le nombre d’heures que passent les jeunes enfants devant la télévision aurait un impact sur les structures du cerveau et le développement des fonctions cognitives, et ce, d’autant plus si les images se composent de violence.

En effet, les études scientifiques tendent à montrer comment, de manière aussi sournoise que l’alcool, une utilisation mal encadrée des écrans peut avoir des effets dommageables pour la santé, dont principalement le cerveau et, dans certains cas, déclencher des symptômes s’apparentant à des troubles psychiatriques.

Quelques unes des statistiques épidémiologiques rapportées par Michel Desmurgets sont éloquentes :

  • un enfant de deux ans qui regarde la télévision une heure par jour double le risque de développer un trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH);
  • un enfant de trois ans triple le risque de devenir obèse s’il consomme deux heures de télévision par jour;
  • un enfant de quatre ans multiplie par quatre le risque de développer un trouble du comportement s’il regarde des films violents;
  • une adolescente qui regarde régulièrement des télé-séries de type Femmes désespérées ou des films comme Twilight triple les risques de tomber enceinte avant ses 18 ans…

Pour sa part, le neuropsychiatre Bruno Harlé et la psychologue Sabine Duflo ont rédigé un chapitre pour le collectif que j’ai publié « Neurosciences, psychothérapie et développement affectif des enfants« . Ces spécialistes rapportaient des statistiques inquiétantes:

  • des symptômes du TDAH (accentuation des comportements sur-réactifs et impulsifs, ainsi que diminution de la qualité et de la durée de la concentration);
  • des symptômes du trouble du comportement (accentuation de l’agressivité, voire développement de comportements anti-sociaux);
  • des difficultés d’apprentissage, du langage, du graphisme et de la dyshortographie;
  • des hallucinations visuelles (symptômes de psychose).

On parle des risques pour les jeunes, mais les adultes également peuvent rencontrer plus de difficultés s’ils abusent de leur temps d’écran.

PRÉVENIR PLUTÔT QUE GUÉRIR

Depuis quelques années, j’anime des formations pour les parents, les éducatrices et les enseignants, ainsi que les professionnels de la santé sur ces effets dommageables. Bien sûr, tous les enfants ou les ados ne sont pas à risque, mais c’est comme l’alcool et les cigarettes. Cela dépend des fragilités d’origine génétique ou éducative.

On constate que si les écrans rencontrent les besoins fondamentaux des jeunes, le système de récompense (dopamine) va être très stimulé, ce qui aura deux effets problématiques:

  1. l’enfant ou l’ado sera en état de manque de dopamine et pourrait alors rechercher coûte que coûte des stimulations similaires; les effets se font sentir jusqu’à trois jours après avoir éteint leur écran;
  2. aucun prof, même le meilleur au monde, ne pourra stimuler aussi efficacement le système de récompense de ses élèves ou étudiants.

Or la théorie consensuelle qui justifie le recours au Ritalin, Adderral, Concerta et autre Intuniv pour permettre aux jeunes d’être plus concentrés à l’école repose sur une libération trop faible de dopamine pour favoriser l’attention soutenue en classe. Si le cerveau du jeune est souvent stimulé par un jeu vidéo ou un film à suspens efficace, cela induira immanquablement une difficulté croissante lorsque la tâche scolaire ne génère pas suffisamment d’intérêt ou de stimulations auditives ou visuelles.

QUELQUES CONSEILS

Quelques conseils pour réduire les effets dommageables:

  • retirer les téléviseurs, les ordinateurs et les connexions à Internet dans la chambre des enfants;
  • éviter les téléphones, surtout pseudo-intelligents, et en interdire l’accès dès l’heure du coucher;
  • encourager des choix éclairés, c’est-à-dire :
    • enregistrer les émissions et les regarder en différé (on « zappe » ensuite les publicités);
    • regarder ce que vos enfants regardent, ou du moins avoir un regard sur ce qui se passe à l’écran;
    • sélectionner les programmes et les jeux (ce n’est pas grave si vous passer pour un ringard);
    • éviter toute forme de violence à l’écran (on constate un phénomène d’habituation à la violence, mais aussi une augmentation de l’anxiété);
  • réduire le plus possible le temps passé devant les écrans au titre des loisirs (on distingue une recherche sur le Net de l’usage des jeux);
  • éliminer l’accès aux écrans avant l’âge de trois ans si l’enfant est seul;
  • éliminer l’accès aux tablettes avant six ans;
  • encourager les jeux « réels », c’est-à-dire le jeu libre (sans adulte) ou les jeux de société (entre amis ou avec la famille);
  • favoriser le jeu à l’extérieur de la maison, si c’est possible (encourager la participation de l’adulte, cela paraîtra plus invitant pour les jeunes qui ne demandent que cela);
  • encourager la motricité globale des enfants;
  • ne pas craindre que les enfants s’ennuient, c’est la porte de la créativité…

À bientôt,

Joël Monzée
Docteur en neurosciences

Plus
D'articles