Transformer l’opposition en affirmation de soi (2/4): Mieux comprendre les comportements d’opposition chez les jeunes enfants.

Date

Comme parent ou intervenant auprès des jeunes enfants, on se demande parfois si les crises de ces derniers sont normales. Elles peuvent être tellement intenses! Il peut être difficile de comprendre ce qui se cache derrière ces crises. Si ce ne sont pas les crises qui sont fréquentes, cela peut être un refus complet d'agir. Tous ces comportements d'opposition sont très confrontant pour les adultes qui interviennent auprès des jeunes enfants. L'histoire de Benjamin, 4 ans, et sa famille, nous aide à mieux comprendre les comportements d'opposition chez les tout-petits.

Benjamin, le fils de Lucie et Olivier, va à la garderie dans un centre de la petite enfance. C’est toujours le même CPE depuis que sa maman a repris le travail. Les éducatrices y sont accueillantes, soucieuses et bienveillantes.

Durant la journée, tout se passe bien. Son éducatrice le trouve adorable, attachant, drôle. Même s’il a souvent envie de bouger, elle lui rappelle les consignes de marcher à l’intérieur du local, d’être en rang dans les corridors et de bien s’asseoir en attendant que tous les autres amis aient terminé de s’habiller. Il a gagné en autonomie et elle est fière de lui.

Toutefois, les parents, eux, sont à bout de souffle et à bout de ressources. En effet, le comportement de Benjamin est totalement différent à la maison.

C’est ainsi que, dès son retour de la garderie jusqu’au dodo, c’est l’enfer! Leur petit garçon est une vraie bombe à retardement qui explose dès que Lucie ou Olivier « osent » dire non à une demande, surtout si celle-ci est farfelue.

L’enfant si calme à la garderie bouge continuellement une fois à la maison. Il court et grimpe partout, il crie. Les parents se disent qu’il a besoin de relâcher son trop plein d’énergie de la journée, mais cela ne s’arrête pas. Au contraire, il se transforme parfois en vraie tornade.

LE SYNDROME DE LA TOUTE-PUISSANCE INFANTILE

Lucie qui a déjà des journées bien remplies n’arrive pas à travailler les deux heures nécessaires que son patron lui permet de faire à la maison pour que la journée de garderie ne soit pas trop longue.

Quand Olivier rentre de son travail, il est souvent mentalement épuisé. Ainsi, les parents souhaitent que leur fils se dépose et joue à des jeux calmes. Toutefois, Benjamin, lui, a envie de continuer à poursuivre les « méchants » qui ont volé le trésor de sa tribu imaginaire. Il n’entend pas les demandes de ses parents, il joue passionnément surtout que le chef de la tribu et le village comptent sur lui.

Accablé, Olivier hausse la voix pour se faire bien entendre. Comme Benjamin poursuit sa mission secrète, il lance un ultimatum: « arrête, sinon tu vas dans ta chambre ».

Ça y est ! Benjamin a repéré le voleur du trésor si précieux pour sa tribu. Il se met alors à crier et à lancer ses jouets. Frustré, le père réagit. Légitimement, il le saisit par le fond de culotte et le conduit sans ménagement dans sa chambre. Au lieu de « calmer » l’enfant, c’est la crise! Le héros se débat contre le monstre qui semble plus fort que lui. Benjamin veut pourtant que son village soit fier de lui.

Les parents se sentent dépourvus car, tous les soirs, Benjamin fait une crise. Que ce soit pour un jouet brisé, un repas qu’il ne veut pas manger, le bain qu’il n’a pas envie de prendre. N’importe quelle situation déclenche à un moment ou un autre une crise qui peut durer plusieurs heures.

Investi dans son jeu de rôle, Benjamin va manifester de nombreux comportements d’opposition et de provocation.

Les parents se sentent coincés. Olivier constate que son fils fait ressortir une telle impatience en lui qu’il voudrait lui donner une fessée. Il résiste, mais il peut être brusque dans ses gestes et il a recours à sa grosse voix pour se faire entendre.

Lucie, quant à elle, voudrait juste éviter les crises. Elle sait qu’elle cède régulièrement à ses caprices, surtout quand elle est à l’épicerie. Elle a pris cette habitude quand Benjamin avait deux ans pour éviter les « crises de bacon » si dérangeantes au milieu des allées du magasin. Elle se sentait si « poche » quand les autres clients la dévisageaient, alors que Benjamin criait pour avoir des céréales trop sucrées ou des chips.

Les parents constatent que plusieurs comportements de leur fils ne correspondent pas aux valeurs de la maison. Lorsque Benjamin s’est endormi, les parents se regardent, découragés. C’est ça la vie de famille? Un chaos quotidien? Ils sont déroutés et se demandent comment stopper ces crises et tous ces comportements d’opposition provocatrice.

  • Les crises de nos enfants sont-elles normales?
  • Pourquoi les crises se font davantage à la maison avec papa et maman?
  • Pourquoi mon enfant arrive-t-il à bien se comporter à la garderie alors qu’à la maison ce sont les pleurs et les crises pour un non?
  • Que se cache-t-il derrière ces pleurs et ces crises de mon enfant?
  • Quel est son besoin?
  • Comment intervenir auprès de notre enfant tout en prenant soin de nos propres émotions?

J’AI JUSTE BESOIN D’ÊTRE COMPRIS

Lucie et Olivier ont besoin de mieux comprendre pourquoi leur fils s’oppose et les provoque. Ils aimeraient aussi trouver des façons de l’accompagner qui respectent ses besoins de « lâcher son fou » après une journée où il a dû composer avec les consignes disciplinaires, les rythmes imposés par la journée-type de la garderie, les cris et pleurs des autres enfants du groupe, le partage parfois à contre-cœur des jouets dans les périodes libres, etc.

Alors, ils partent à la recherche de solutions. Ils apprennent, par exemple, que le jeu de rôle de leur fils est normal à quatre ans. Les jeunes enfants explorent les possibles et recherchent les limites qui doivent être cohérentes et constantes. Parfois, l’enfant a besoin de se confronter à ses parents pour sentir la frontière entre ce qui est possible et ce qui est interdit ou, du moins, inopportun à un moment donné ou un lieu particulier.

Toutefois, c’est en visionnant la formation Transformer l’opposition en affirmation de soi qu’ils ont mieux compris leur fils. Ils apprennent notamment que les comportements d’opposition sont induits par le fait que leur fils a besoin d’être vu, entendu et compris par ses parents. Il recherche aussi leur admiration, et ce, même s’il s’y prend très mal du point de vue de l’adulte.

Ils constatent que son besoin de bouger est d’autant plus important qu’il a freiné toutes ses envies et de nombreuses pulsions durant la journée. Dans son imaginaire, Benjamin se préparait à partir à la recherche du trésor. Il s’est fait discret toute la journée pour détecter les indices mais, une fois parti du village, il lui fallait désormais sauver l’honneur de sa tribu.

Lucie et Olivier comprennent progressivement les besoins contradictoires de leur fils. Ils se rendent compte des efforts réalisés durant la journée. Ils comprennent que « c’est le prix à payer » pour garantir la sociabilité de Benjamin à la garderie. Ils voient progressivement que, même quand il les frappe, c’est une tentative désespérée pour rester en lien avec ses parents.

Comme il est contrôlé par son cerveau émotionnel (ce qui est normal à son âge), Benjamin ne comprend pas ce qui se passe dans son corps quand il revient de la garderie. Il a un feu intérieur, il veut bouger, il veut s’exprimer dans le mouvement et dans sa quête héroïque.

Alors, c’est difficile pour lui de retenir toute sa fougue quand ses parents veulent qu’il arrête de bouger. Il ne comprend pas pourquoi ils ne comprennent pas qu’il est un super-héros qui doit sauver l’honneur du village en retrouvant le trésor volé. Il se sent incompris et il voudrait tellement que ses parents l’admirent pour ses prouesses chevaleresques.

C’est toute une tempête d’émotions qui se passe en lui. Ainsi, l’intensité se transforme en crise.

Comprenant mieux leur fils, les parents vont désormais entrer dans une danse avec Benjamin. Ils lui donneront des missions. Ils le féliciteront pour la réussite de toutes ces petites réussites. Ils lui diront qu’ils sont fiers de le voir réussir à conserver son calme durant la journée.

Lucie change aussi sa routine du soir. Elle passera par la plaine de jeux extérieurs avant de rentrer à la maison pour que son « gentil héros » puisse se défouler. Ainsi, elle peut travailler comme prévu, car Benjamin est plus doux quand il joue à côté d’elle.

Olivier va, pour sa part, se batailler avec lui quand il rentre du boulot. Parfois, il lui fait mal, mais le père s’excuse immédiatement. D’autres fois, c’est le fils qui est plus brusque. Il apprend à moduler sa force physique…

Retenons que …

1) Vers l’âge de 4-5 ans, l’enfant essaie de comprendre son environnement et de comprendre comment le monde fonctionne, il teste les limites. Il est certain qu’il sera maladroit, qu’il fera des gaffes à certains moments.

2) L’enfant s’oppose parce qu’il ne comprend pas ce qui se passe en lui. C’est un appel à l’aide, il a besoin d’être accompagné par un adulte qui le guidera avec bienveillance dans la compréhension de ce qui se passe en lui.

3) Comme parent/intervenant, plus je comprends l’enfant et décode ses comportements, plus facilement je vais pouvoir l’accompagner.

POUR ALLER PLUS LOIN

· Les crises de l’enfant de 3 à 7 ans (accéder à la formation)

· Transformer l’opposition en affirmation de soi (accéder à la formation)

Plus
D'articles