L’organisation et la gestion du temps (4/4): Pourquoi les ados sont-ils si souvent en retard?

Date

Le « temps affectif » qui caractérise l’enfant a laissé la place au « temps effectif » chez l'ado. Mais, celui-ci n’est nullement intégré d’un point de vue fonctionnel. En effet, l’ado sait désormais qu’une heure, c’est une heure, alors qu’une semaine, c’est une semaine. Toutefois, les émotions vont moduler le rapport au temps. Découvrez l'histoire de Layla, 14 ans, pour mieux comprendre le rapport au temps chez les ados.

Les parents de Layla sont découragés ! Leur fille s’y prend toujours à la dernière minute pour réaliser ses tâches scolaires. Que Layla reçoive les consignes trois semaines avant l’échéance ou la veille d’un examen, aucune différence de comportement. Tout est à la dernière minute !

Ils constatent également qu’elle ne sort son sac d’école que le dimanche soir après le souper. Elle s’installe alors à son bureau pour entreprendre ses travaux. Elle soupire, elle est découragée par l’ampleur de la tâche et elle referme fréquemment tous ses livres après quelques minutes.

• Êtes-vous découragés par votre ado qui s’y prend toujours à la dernière minute pour effectuer ses travaux, pour étudier ?
• Pourquoi votre ado arrive-t-il à organiser toute une série de choses alors qu’il a de la difficulté à trouver un petit moment pour faire les tâches qu’on lui demande ?

TOUJOURS À LA DERNIÈRE MINUTE QUAND C’EST LE MOMENT DE FAIRE SES DEVOIRS

Pourtant, ses parents essaient de l’aider. Par exemple, ils lui rappellent qu’elle pourrait s’y prendre un peu d’avance, surtout les soirs où elle n’a pas grand-chose (dit-elle) à faire ! Ils essaient de lui faire remarquer qu’une tâche effectuée avec constance induit moins de découragement.

Pourtant, s’ils savaient seulement que ce genre de « conseils » ne sert à rien ! Oh, elle ne cherche pas à s’opposer. Elle est consciente que ses parents veulent l’aider. Elle ne se comprend pas, tout simplement. Elle a bien essayé les « trucs » de ses parents ou de ses profs.

Au primaire, ça marchait encore, mais au secondaire, c’est l’enfer. Alors, Layla place sa tête entre ses mains et elle pleure. Les émotions deviennent envahissantes. Et elle n’est pas plus disponible pour effectuer ses travaux. C’est un cercle vicieux.

Après avoir lu le livre « J’ai juste besoin de votre attention », les parents de Layla concluent que leur adolescente a besoin d’être soutenue dans la « gestion de son temps », mais pas juste dans l’organisation des travaux qu’elle doit faire à la maison. En effet, il y a toute une dimension de gestion du stress relié aux tâches.

En fait, le « temps affectif » qui caractérise l’enfant a laissé la place au « temps effectif », mais celui-ci n’est nullement intégré d’un point de vue fonctionnel. Certes, l’ado sait désormais qu’une heure, c’est une heure, alors qu’une semaine, c’est une semaine. Toutefois, les émotions vont moduler le rapport au temps.

Par exemple, le professeur d’histoire-géo leur demande de choisir un pays du monde pour préparer une présentation de la culture et des réalités socioéconomiques. Layla a toujours rêvé d’aller en Suisse, le pays de sa grand-mère décédée quand elle avait huit ans. Ils ont trois semaines pour réaliser la tâche et présenter un dossier « agence de voyage ».

Layla est emballée par le projet. De retour à la maison, elle ouvre son ordinateur, jette un coup d’œil sur wikipedia, effectue une recherche d’images, de prix d’avion, de villes à visiter… Elle se met à penser alors à sa grand-mère, puis texte son amie. Elles se chamaillent.

Tant ses parents que le professeur rappellent l’échéance. Pourtant, Layla se dit « Bah, j’ai trois semaines pour faire ma recherche, j’ai le temps ! »

Un nouveau rappel la semaine suivante. Elle se dit encore qu’elle a le temps. Et puis, il est vraiment temps qu’elle se réconcilie avec son amie. Une semaine à ne pas se parler, c’est vraiment plate.

Alors qu’il reste une semaine avant le dépôt du dossier « voyage de rêve », les adultes bienveillants lui rappellent l’échéance. Cependant… Une semaine, c’est long. Il y a tellement de choses qui se passent dans la vie d’une ado en une semaine que, même si le concept existe théoriquement, elle fonctionne par gestion d’urgence.

Et plus il y a d’émotions, plus l’urgence est prioritaire. Autrement dit, se réconcilier avec une amie ou la supporter quand elle a un chagrin d’amour, c’est plus urgent que de réaliser son projet, même si elle aime le thème et qu’elle se sent stimulée de mieux connaître le pays de sa grand-mère. Au primaire, cela aurait marché, mais pas au secondaire.

Cependant, la veille du jour de remise, c’est la panique ! Si elle ne vivait pas de stress suffisant pour se mettre au travail jusqu’il y a trois ou quatre jours, elle s’est rendu compte qu’elle ne savait pas par quel angle construire son dossier « voyage de rêve ». Alors, elle a procrastiné. Et la veille, elle s’en veut à mourir d’avoir « niaisé » comme dit parfois son père.

Somme toute, le stress joue un rôle essentiel dans la gestion du temps chez les ados. Comme ils fonctionnent selon un barème affectif d’urgence, une longue échéance fait en sorte qu’il n’y a pas assez de stress pour se mobiliser. Malheureusement, l’absence de plan de travail (qui aurait pu être construit en classe ou avec les parents) a stimulé la fuite, bien aidée par les textos avec ses amies. La veille, enfin, voit l’adolescente être submergée de stress, donc dysfonctionnelle.

Somme toute, la gestion du temps chez les ados est intimement reliée au degré de stress relatif au sentiment, réel ou imaginé, d’urgence.

Retenons que…

1) Durant l’adolescence, les jeunes commencent à apprivoiser le concept chronologique et à comprendre sa représentation : « 1 heure est une heure ».

2) Toutefois, la représentation du temps est reliée au degré de stress chez les adolescents. Il est donc naturel que l’ado repousse ses tâches scolaires jusqu’au moment où il réalise qu’il reste très peu de temps avant l’échéance, surtout si le thème est peu mobilisant.

3) Les adolescents ont besoin d’être accompagnés et outillés dans la gestion de leur temps. Ils sont en mesure d’accéder à certaines ressources qui leur permettent la gestion de leur temps. Mais, nous devons d’abord leur montrer et les accompagner dans ces différents apprentissages reliés à l’organisation dans le temps.

POUR EN SAVOIR PLUS

• Cerveau et adolescence: les cinq étapes pour passer du monde de l’enfance à l’âge adulte (accédez à la formation).

• Apprivoiser les 1001 émotions qui colorent la vie des familles (accédez à la formation).

Plus
D'articles