L’organisation et la gestion du temps (3/4): pourquoi certains élèves gèrent-ils mieux le temps que d’autres?

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Il y a plusieurs logiques reliées au temps. Ainsi, l’enfant au primaire est dans la logique du « temps affectif ». Il aime ce qu’il fait ? Le temps passe rapidement. Il n’aime pas ce qu’il fait ? C’est fastidieux !L'histoire de Julie nous aide à mieux comprendre les différentes logiques de temps qui existent entre les enfants d'âge primaire et les adultes.

Julie est enseignante de 3e année. Chaque année, elle est surprise de voir que plusieurs élèves ont beaucoup de difficulté à s’organiser dans les différents travaux à faire. Elle se plaint souvent qu’ils ont une mauvaise gestion de leur temps pour les compléter.

Pourtant, Julie utilise plein de trucs qu’on enseigne allègrement à l’université ou en formation continue. Elle les applique religieusement. Par exemple, elle a pris l’habitude d’inscrire au tableau la liste des travaux qui devront être faits et complétés au courant de la semaine.

• Pourquoi certains élèves répondent mieux aux attentes de l’adulte quant à la gestion de leur temps que d’autres élèves ?

En début d’année, elle explique pourtant les rudiments de sa méthode aux élèves. C’est très simple, explique-t-elle. Elle enseigne la matière, puis donne un exercice à faire. Quand l’élève a fini son travail et qu’il reste du temps avant de passer à une autre matière, il doit regarder au tableau la liste des travaux à réaliser pendant la semaine. L’élève débute par le premier item affiché sur le tableau, puis le deuxième, puis le troisième et ainsi de suite. Cela devient une petite routine qui, une fois bien rôdée, fait en sorte qu’il n’y a pas de devoirs à faire durant la fin de semaine. L’élève est donc gagnant !

D’un point de vue pédagogique, ces travaux permettent de réviser certaines notions apprises mais, aussi, d’effectuer des exercices d’enrichissement. L’élève est donc également gagnant.

Enfin, il s’occupe, donc ne fait pas de niaiseries et ne se fait pas punir. L’élève est encore une fois gagnant.

Elle aime cette méthode car, se dit-elle, c’est une bonne façon de travailler l’autonomie des élèves qui apprennent à gérer leur temps. C’est bien, mais c’est une logique d’adulte.

Le problème, c’est que certains élèves répondent très bien à la méthode, surtout ceux qui sont rassurés par une méthode et la routine. Ils s’exécutent et, de fait, ils sont gagnants. Toutefois, ils font les choses sans se préoccuper du temps, car la méthode réduit leur stress de performance et ils sont félicités. Ils ne le comprennent pas plus que les autres, ceux qui résistent.

Louis fait partie de ceux qui résistent. Il a beaucoup de la facilité à l’école. Toutefois, il déteste qu’on lui dise quoi faire étape par étape ! Il a besoin de découvrir sa stratégie. Ainsi, il arrive à effectuer ses travaux avec succès si l’enseignante lui laisse une marge de manœuvre et qu’il se sent stimulé par ses apprentissages.

Toutefois, cela se complique dès que l’exercice est routinier ou qu’il ne se sent pas stimulé. Alors, il bloque et refuse de faire la tâche prescrite. Parfois, il se désorganise. D’autre fois, il fait les choses à l’envers. « Ah, il n’est vraiment pas autonome » se dit Julie.

Bienveillante, elle essaie de l’aider : « est-ce que tu sais quoi faire Louis ? » Il hausse les épaules, il ne sait pas ce qu’il doit faire. Elle lui rappelle alors la liste affichée au tableau. Il s’exécute en expliquant « c’est vrai, j’avais oublié! » Et il part dans la lune. « Oui, il manque vraiment d’autonomie, il ne sait pas gérer son temps ! » se désespère Julie.

Louis est parfois déçu le samedi quand il doit travailler au lieu de jouer. Toutefois, il réalise alors ses travaux en un temps record, puis va rejoindre ses amis au parc pour faire du vélo ou jouer au soccer. Somme toute, sa motivation, c’est d’aller jouer ! Est-ce vraiment un problème de gestion de temps ?

• Pourquoi n’y arrivent-ils pas ?
• Et si ses attentes n’étaient pas compatibles avec le développement de l’enfant et de sa maturité à gérer le temps ?

En fait, la logique du temps des élèves du primaire est essentiellement affective. On peut se tromper dans l’analyse de la situation. Les enfants qui sont rassurés par une routine qui compense toutes les petites transitions de la journée vont très bien fonctionner avec une méthode comme celle de Julie.

En revanche, les enfants qui ont besoin d’apprendre par eux-mêmes, qui ont besoin d’une motivation singulière pour se sentir stimulés par leurs apprentissages risquent de se désorganiser quand les tâches sont stéréotypées. Ce sont des élèves qui fonctionnent aux défis surtout dans la matière qu’ils aiment.

Ce n’est pas une gestion de leur temps. L’ennui devient trop envahissant, alors qu’une routine l’est tout autant. S’ils aiment l’exercice parce qu’on leur pose un excellent défi, ils foncent. S’ils se sentent stimulés, ils foncent. S’ils tombent dans une routine ou l’ennui, ils se dispersent. Ce n’est pas une question de paresse ou d’opposition passive, c’est un manque d’intérêt.

On retrouve d’ailleurs ce type de comportements chez les adultes qui procrastinent ! En effet, l’être humain sait composer de façon optimale avec toutes les habiletés de gestion du temps seulement autour de 35 ans.

Retenons que…

1) Il y a plusieurs logiques reliées au temps. Ainsi, l’enfant au primaire est dans la logique du « temps affectif ». Il aime ce qu’il fait ? Le temps passe rapidement. Il n’aime pas ce qu’il fait ? C’est fastidieux !

2) Certains enfants semblent « gérer » leur temps mieux que d’autres. En fait, ces enfants ont surtout appris à bien reconnaitre les attentes de l’adulte à y répondre ou qui sont rassurés par une routine. Ce comportement parle de leur anxiété, pas de leur capacité à bien gérer le temps.

3) Au primaire, les enfants ont besoin que nous les guidions en ce qui a trait à la gestion du temps surtout quand la motivation ou l’intérêt est faible. L’adulte doit alors s’attendre à répéter ce qui est attendu aux élèves et accompagner davantage ceux qui en ont besoin.

4) De façon générale, les filles ont plus de facilité à accomplir différentes tâches sur une longue durée, alors que les garçons préfèrent fonctionner par défis ou étape par étape avec une « récompense » à chaque réussite. Ces comportements sont renforcés par l’usage de jeux vidéos.

POUR EN SAVOIR PLUS

Voici des ressources pour vous aider à aider les enfants à mieux vivre ses émotions:

• Choisir d’intervenir avec bienveillance dans sa famille (accédez à la formation).

• Apprivoiser les 1001 émotions qui colorent la vie des familles (accédez à la formation).

Voici une ressource pour aider les élèves :

• La fabrique de l’enfant terrible et le drame de l’élève sage (accédez à la formation).

• Prendre soin de soi pour rester serein dans un contexte scolaire plein d’incertitudes (accédez à la formation).

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