L’hypersensibilité (3/4): L’importance du lien de confiance pour soutenir les enfants hypersensibles.

Date

Comprendre les émotions qui nous habitent n’est pas toujours chose facile, alors que cela semble tellement se compliquer pour les personnes décrites comme hypersensibles. Comme parent ou intervenant, lorsque nous sommes en lien avec des enfants hypersensibles, le lien de confiance demeure une des clés importantes pour soutenir ces enfants. Découvrez pourquoi à travers l'histoire de Mathys, 7 ans.

Nathalie est enseignante en 2e année primaire. Parmi ses élèves, il y a Mathys un enfant de 7 ans plein de vie.

Depuis le début de l’année, elle a découvert qu’il est aussi drôle qu’attachant. Elle aime sa créativité et son imagination. Toutefois, elle se sent préoccupée, car il réagit parfois avec beaucoup d’intensité!

En effet, il se montre très sensible à tout ce qui l’entoure. Il remarque tout dans les moindres détails, alors qu’il semble envahi dès que le niveau de stress monte dans la classe ou que ses pairs agissent de manière dérangeante. Le pire, c’est le temps de midi dans le réfectoire.

Déjà que, parfois, il arrive à l’école avec plein d’émotions et réagit d’une manière surprenante: il fuit le regard, il est grognon, il exécute difficilement les tâches imparties, il refuse de collaborer avec d’autres élèves, il a de la difficulté à coopérer dans les jeux, etc.

Nathalie invite alors la maman de Mathys à la rencontrer. La jeune maman est pleine de bonne volonté. Elle confirme que son fils, lors des devoirs et leçons réalisés à la maison, soupire et procrastine. Elle lui explique que Mathys l’apprécie beaucoup, mais qu’il pleure souvent le matin pour ne pas prendre le bus et fait tout ce qu’il peut pour éviter d’aller à l’école.

• Que se passe-t-il ces fameuses journées-là pour que Mathys se sente particulièrement insécure?
• Y a-t-il un élément déclencheur?

L’enseignante explique à la mère de Mathys ce qu’elle avait observé lors de la préparation d’une journée spéciale à l’école. De multiples activités extérieures étaient annoncées. Plus on se rapprochait de cette fête, plus les élèves de la classe étaient enthousiastes. Certains étaient fébriles, voire excités, mais tous anticipaient joyeusement cette journée spéciale.

Pourtant, Nathalie nota que Mathys préférait, de son côté, s’isoler. Elle explique qu’elle a l’impression qu’il « capte » toutes les émotions des élèves de la classe, qu’il les emmagasine et qu’il finit par s’opposer aux consignes données. Elle suspecte qu’il semble envahi et qu’il n’arrive pas à gérer l’intensité émotionnelle.

Et la maman d’ajouter que, de fait, ce genre d’activités semble conduire droit vers des explosions de colère ou de longs moments de pleurs quand l’enfant revient à la maison. Prise au dépourvu, la maman ne sait pas plus quoi faire que Nathalie pour aider Mathys.

• Vous arrive-t-il de vous sentir pris au dépourvu par les émotions de votre enfant quand son contenant déborde alors qu’il devrait être en train de vivre un moment joyeux?
• Est-ce ça l’hypersensibilité: être particulièrement sensible aux ambiances environnantes et aux émotions des autres?
• Que fait-on lorsqu’un enfant est pris avec tout ce flux d’informations qui devient envahissant, alors que cela ne lui appartient pas?
• Comment outiller un élève à composer avec cette hypersensibilité?
• Comment faites-vous pour composer avec l’hypersensibilité de votre enfant et comment l’outillez-vous?

UN TRAVAIL D’ÉQUIPE POUR MIEUX OUTILLER L’ENFANT

Au fil de l’échange respectueux entre la mère et l’enseignante, les deux femmes partagent et comparent leurs observations.

Elles plaisantent aussi à force de constater à quel point elles l’adorent, mais aussi comment il peut venir les chercher avec autant d’intensité qu’il en manifeste quand il explose.

Elles savent ce qui est difficile, mais elles cherchent aussi les points d’appui sur lesquels elles vont être en mesure d’aider Mathys.

La mère de l’enfant explique que son mari et elle tentent de le sécuriser du mieux qu’ils peuvent quand ils constatent que « ça ne va pas pour lui ». Ils délaient les devoirs pour diminuer les points de friction. Parfois, explique-t-elle, c’est plus facile de tout faire le samedi matin, avant d’aller faire des activités familiales.
Ainsi, ils privilégient une atmosphère calme à la maison. Ils prennent le temps de respirer ensemble, puis ils le massent. Parfois, le papa le chatouille ou ils se bataillent jusqu’à ce qu’il relâche les tensions.

Nathalie s’inquiète du consentement de Mathys, ce à quoi la maman répond que son conjoint vérifie toujours avant de pratiquer ce rituel. Un peu dépitée, elle complète que cela ne marche pas quand c’est elle qui le fait. « C’est vraiment un moment entre les gars » complète-elle.

C’est plus compliqué le matin, explique alors la maman. Elle a beau faire la routine jusqu’à ce qu’il s’apaise, Mathys rechigne de partir pour l’école. Elle avoue qu’ils se sentent impuissants. Ils se disent que c’est alors entre les mains de Nathalie et de l’école, mais qu’ils redoutent les courriels d’avertissement qu’il a transgressé le code de vie.

« C’est comme un coup en plein cœur quand je lis les messages, même le simple fait de voir qu’il y a un courriel provenant de l’école me donne des hauts-le-cœur, » avoue la maman de Mathys. Nathalie essaie de la rassurer: « on vous écrit pour vous informer, pas pour vous reprocher les comportements de l’élève! »

La mère explique qu’elle a un vécu difficile avec l’école, mais qu’elle aimerait vraiment faire le pont entre ce que vit leur enfant à la maison et ce qu’il vit à l’école afin de mieux accompagner l’enfant dans la gestion de ses émotions, afin qu’il puisse devenir plus autonome.
Elles déterminent alors une façon de communiquer qui témoignera mieux de leur complicité naissante. Quelque part, leur bienveillance l’une envers l’autre va contribuer à mieux guider Mathys qui pourra utiliser des outils et des façons de faire cohérentes pour construire son sentiment de sécurité.

Parmi les outils et stratégies éducatives figurent des exercices qui lui permettent de reconnaitre les sensations et d’anticiper progressivement quand son « contenant à émotions » est sur le point de déborder. Il peut aussi dessiner dès qu’il a fini une tâche, afin que les coups de crayon et les couleurs l’aident à recouvrer son calme. Parfois, il peut quitter la classe et aller lire un conte en maternelle pour se sentir en « maîtrise » de lui…

Les liens de confiance sont ainsi renforcés entre Mathys et les personnes qui contribuent à son bien-être. Son hypersensibilité ne disparaît pas et il sera probablement affecté encore longtemps par de l’anxiété diffuse. Toutefois, Mathys dispose progressivement de moyens pour tempérer l’envahissement ressenti quand il est à l’école.

Retenons que…

1) Les enfants hypersensibles ont besoin d’être vus, entendus, respectés, compris et apaisés afin de rendre leur quotidien plus facile à vivre, mais aussi plus disponibles aux outils et stratégies qui visent à les aider.

2) Des relations respectueuses et un lien de confiance entre les élèves, ainsi qu’avec l’enseignant sont essentiels autant pour s’assurer de la bienveillance des interventions qu’une disponibilité affective pour que les jeunes hypersensibles se laissent guider.

3) Une collaboration entre les parents et l’équipe-école est très précieuse afin d’établir des repères et des moyens cohérents et sécurisants pour l’enfant qui est hypersensible.

POUR EN SAVOIR PLUS …

• Mélou & Dr Jay – L’école des émotions (accéder à la formation).

• La fabrique de l’enfant terrible et le drame de l’élève sage (accéder à la formation).

• Apprivoiser les 1001 émotions qui colorent la vie des familles / Module complet sur les enfants hypersensibles (accéder à la formation).

Plus
D'articles