L’hypersensibilité (2/4): Comment accompagner mon enfant s’il est hypersensible ?

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Certains enfants réagissent plus intensément à différents stimuli. Ils peuvent être plus sensibles aux bruits, à la lumière, aux textures, aux émotions des autres, aux changements... Si chaque enfant hypersensible réagit à sa façon à ces différents stimuli, il demeure que les enfants hypersensibles ont un grand besoin d'être rassurés. Découvrez l'histoire de Juliette, 4 ans, pour mieux comprendre comment accompagner un enfant hypersensible.

Juliette peut poser mille et une questions dans une journée.

Chaque matin, elle interroge ses parents et son éducatrice à propos des activités qu’elle fera durant la journée. Elle les interroge pour savoir qui sera ou ne sera pas présent, ainsi que les « caractéristiques » de l’endroit où elle ira. Et s’il est nouveau, elle a besoin de s’assurer que ce sera un endroit similaire à ceux qu’elle connaît.

Les parents sont inquiets, car ils se demandent pourquoi elle pose autant de questions. « Mais pourquoi ne nous fait-elle pas confiance, se demandent-ils. Pourquoi a-t-elle toujours besoin de comprendre? »

En effet, elle ne semble rassurée que si on explique chaque détail de l’activité prévue, chaque étape de la journée ou chaque personne rencontrée…

Toutefois, cette impression d’être rassurée ne dure qu’un court instant, car elle se retrouve très vite à fleur de peau. Elle pleure plus facilement. Parfois, elle refuse de « coopérer » pour les petites tâches à réaliser avant le départ. Est-ce juste une réaction à la transition, se demandent ses parents?

Quand ils sont en visite ou qu’elle participe à une fête d’amies, Juliette a de la difficulté à quitter ses parents, même s’ils l’invitent à aller jouer. Plus ils lui proposent de s’éloigner, plus elle s’accroche. Plus il y a du bruit ou beaucoup de mouvements autour, plus elle veut grimper dans les bras de ses parents.

Même si elle connaît les lieux et les personnes, rien n’y fait…

Ces moments sont éprouvants pour tous les membres de la famille, car ce sont des activités souvent organisées pour leur fille et les parents sont déçus de voir comment elle réagit. Ils sont déçus. Ils font tellement tout pour elle et ils ont l’impression que tout ce qu’ils font est voué à l’échec.

Parfois, ils lui reprochent de manquer de reconnaissance et lui reproche amèrement ses réactions: « La prochaine fois, on n’organisera pas d’activité si tu es pour réagir comme ça. Ressaisis-toi, car sinon nous resterons à la maison. »

En entendant les reproches, la fillette fige. Elle ne dit rien. Ses yeux sont mouillés. On sent tellement sa peine. D’autres fois, ces remarques déclenchent plutôt une crise. Elle donne des coups ou s’enfuit et se cache.

Ainsi, ils se fâchent encore plus fort, mais ils finissent par passer un temps important pour la consoler. Les parents ne savent plus comment gérer ces réactions, ils se jugent beaucoup…

• Pourquoi les autres enfants de son âge semblent à l’aise dans toute cette agitation alors qu’elle ne semble pas se sentir en sécurité?

Ils sont pourtant des parents très présents pour leur fille. Quand ils sont capables de maîtriser leur déception, ils essaient de la rassurer en lui disant qu’elle est en sécurité et qu’il n’y a pas de danger. Mais, rien n’y fait.

• Est-elle normale, cette fillette?
• Devraient-ils s’inquiéter?
• Et vous, est-ce que votre enfant semble inconfortable dans des endroits où il y a beaucoup de stimulations?

Les parents de Juliette ne savent pas comment s’y prendre avec leur fille. Les mots rassurants ne suffisent pas. Encore un échec?

• Devraient-ils insister davantage, comme le proposent les grands-parents, ou devraient-ils être plus compréhensifs et ne pas la forcer?
• Y a-t-il des moments ou des situations qui sont particulièrement une source de stress pour votre enfant?

UNE RENCONTRE INATTENDUE

Une amie des parents suggère d’essayer une approche alternative pour aider Juliette. L’amie leur partage d’abord sa rencontre avec une ergothérapeute qui lui avait été référée par son médecin, alors que sa fille se comportait comme Juliette.

Elles avaient donc rencontré cette praticienne qui leur avait fait découvrir comment certains exercices réduisaient l’intolérance aux textures de Delphine. Celle-ci parlait toujours autant, mais ils avaient constaté que l’anxiété diffuse était toujours très présente.

Poursuivant son témoignage, la mère de Delphine expliqua que l’ergothérapeute leur conseilla alors de rencontrer une ostéopathe avec qui elle collaborait souvent. Ne connaissant pas cette pratique, elle hésita, mais l’ergothérapeute la rassura. Elle consulta donc cette autre thérapeute qui a vraiment fait une différence pour aider Delphine, quelques années plus tôt.

À bout de ressources, les parents se disent qu’ils n’ont rien à perdre et, qui sait, cela soutiendra peut-être leur fille quand elle se sent envahie par ses émotions. C’est ainsi que la maman de Juliette prend rendez-vous chez l’ostéopathe de son amie.

À sa grande surprise, la thérapeute explique au téléphone qu’elle intervient généralement d’abord auprès de la maman, puis ce sera ensuite le tour de Juliette.

Pour rassurer la maman, l’ostéopathe raconte que les enfants sont très proches des émotions de leurs parents, surtout de leur maman à l’âge de Juliette. Elle explique qu’avec son expérience, les enfants sont plus réceptifs quand ils voient que leur maman reçoit, en premier, un soin. Elle ajoute qu’elle constate souvent que, lorsque la maman relâche la pression durant le traitement, l’enfant s’apaise instantanément.

À la fin du traitement, toutes les deux sont effectivement apaisées. Avant de quitter, l’ostéopathe suggère à la maman d’effectuer des exercices complémentaires avec sa fillette afin d’amener cette dernière à ressentir son corps, surtout ses jambes. Elle montre comment ramener les sensations afin de calmer l’hypersensibilité. Quelque part, c’est le principe de la pleine présence: on met le focus sur le moment présent et sur les sensations pour mieux gérer ce qui se passe autour de soi.

L’ostéopathe ajoute toutefois que les enfants ont besoin d’être accompagnés pour effectuer les exercices, car leur cerveau ne permet pas encore assez de volonté pour réaliser les exercices seuls. C’est un gros effort pour eux, surtout que dans un premier temps, ils ressentent plus d’inconfort que de plaisir. La présence rassurante des adultes est essentielle.

C’est décidé. Les parents vont tenter l’expérience avec Juliette. Ils vont modifier la routine du coucher pour intégrer les exercices avec leur fillette qu’ils feront ensemble.

C’est ainsi que le papa ou la maman prend soin de bien expirer, puis d’inspirer profondément. Juliette mime le mouvement respiratoire couchée dans le lit.

Puis, le parent prend les deux pieds et il exerce des petites secousses sur les jambes de sa fille en tirant dessus doucement. Ensuite, ils font le mouvement circulaire du vélo avec les jambes de Juliette. Enfin, ils concluent avec un massage des pieds de l’enfant.

Juliette adore ce moment-complice avec son père ou sa mère. Elle sent que cela lui fait du bien et il n’est pas rare qu’elle leur demande de l’aide durant la journée pour refaire la séquence d’exercices.

Juliette a fait l’expérience que, lorsqu’elle effectue ces exercices, cela calme ses émotions. Il appert que son anxiété diffuse s’estompe et que les comportements qui désespéraient ses parents sont beaucoup moins fréquents. Et lorsque Juliette manifeste un inconfort, ses parents la guident et l’aident à nommer les sensations dans son corps en l’invitant à ressentir la plante des pieds et de bien les ancrer dans le sol comme si, par exemple, elle était un arbre majestueux.

Bien sûr, leur fille demeure très sensible aux bruits, aux ambiances et aux changements. Cela fait partie de sa nature, les parents le constatent, mais ils sont plus rassurés. Ils savent qu’ils devront guider Juliette, comme la maman de Delphine poursuit cette routine depuis plusieurs années.

Toutefois, ils savent aussi que le fait de l’outiller pour qu’elle développe son coffre à outils qui lui permettra de vivre sa vie le plus sereinement possible.

Retenons que …

1) Même s’ils ne réagissent pas tous de la même façon, les enfants hypersensibles ont une capacité de sentir et ressentir importante, voire parfois très intense aux divers stimuli (bruits, lumières, textures, ambiance des lieux, émotions des autres, changements, etc.).

2) Ces enfants ont un grand besoin d’être rassurés. Leur cerveau capte un grand flux d’informations qu’ils ne savent pas comment gérer. Ils ont besoin d’être accompagnés et outillés pour apprendre à gérer l’intensité ressentie quand les stimuli sont envahissants.

3) Comme ils vivent de l’anxiété diffuse, des exercices qui aident ces enfants à retrouver les sensations dans leur corps tout en utilisant la respiration pleine et entière sont nécessaires pour les soutenir et leur permettre de revenir dans le moment présent.

POUR EN SAVOIR PLUS …

• Mélou & Dr Jay – L’école des émotions (accéder à la formation).

• Les crises de l’enfant de 3 à 7 ans (accéder à la formation).

• Apprivoiser les 1001 émotions qui colorent la vie des familles / Module complet sur les enfants hypersensibles (accéder à la formation).

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