Les neuf indices de l’addiction aux écrans

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Pouvez-vous identifier les neuf indices de l’addiction aux écrans?

La gestion des écrans – surtout de loisirs – n’est pas facile, qui plus est quand les indices de l’addiction sont inquiétants, voire alarmants. Les parents sont souvent les personnes les moins bien placées pour aider leur jeune. Ce n’est pas simplement une question de «compétences parentales», mais de proximité affective et de réalités familiales et scolaires.

Je m’explique en quatre textes, dont voici le troisième qui permet de dresser le portrait des mécanismes psychologiques qui conduisent à l’addiction, que ce soit aux jeux vidéo ou aux réseaux sociaux. Ce texte poursuit la réflexion sur l’impact des écrans dans la vie des jeunes et les enjeux de l’usage des écrans.

DEUX BESOINS FONDAMENTAUX

Nous avons tous un besoin de lien et un besoin de séparation. Le premier nous encourage à s’associer pour s’entraider et prendre soin des plus jeunes. Le second nous invite à prendre notre autonomie et à la créativité pour s’exprimer de manière singulière.

Quelque part, c’est le principe féminin et le principe masculin qu’on retrouve chez tous les êtres humains. Toute notre vie, nous aurons à trouver un équilibre pour gérer ce double défi: comment être en relation tout en étant une personne singulière.

C’est ainsi que ces besoins sont au coeur de nombreux conflits relationnels, car nous ne sommes pas nécessairement toujours en phase avec les personnes qui nous entourent, tel que je l’explique dans la vidéo gratuite sur le double défi de toute relation affective.

Si une personne manque de lien, cela crée une dépendance affective. Cette dépendance peut conduire à divers comportements addictifs, que ce soit en termes de relations amoureuses ou amicales, de consommation de sucre ou d’alcool, de recours à la cigarette ou… aux écrans.

Par contre, une personne en manque de séparation aura moins de risque de développer des comportements addictifs, car toute forme de dépendance déclenche automatiquement une réaction de contre-dépendance qui l’éloigne des comportements à risque.

DU PLAISIR À LA COMPULSION

La concentration de dopamine dans certaines zones du cerveau est liée au plaisir. Si vous mangez votre repas préféré, cela va libérer beaucoup de dopamine. Si vous voyez une fraise enrobée de chocolat, vous allez saliver et, en la mangeant, vous libèrerez de la dopamine. Elle vous encourage à reproduire le geste.

Mais, après deux ou trois pralines, vous risquez d’avoir de la difficulté à vous modérer, car vous allez vouloir libérer plus de dopamine. Le phénomène d’habituation fera en sorte qu’il sera difficile d’arrêter de puiser dans le sachet. Il vous faudra en manger plus pour en libérer autant qu’à la première bouchée.

Pire. L’industrie agroalimentaire utilise dans la composition de certains produits une molécule qui, dès qu’elle est ingérée, va bloquer les récepteurs de satiété. Les chips sont parmi les plus problématiques aliments industriels à ce niveau. Une fois le bol entamé, on ne s’arrête que lorsqu’il n’y en a plus ou lorsque l’estomac a tellement gonflé, qu’un autre indice nous informe qu’on a mangé assez.

Or, l’industrie du jeu et des réseaux sociaux, comme celle des supports technologiques, sait parfaitement comment utiliser notre cerveau malgré notre bonne volonté. Il faut savoir que les jeux vidéo sont développés de façon à maintenir un haut degré de libération de dopamine dans le cerveau.

Quand les enfants jouent ou chattent, cela libère de la dopamine qui les encourage à poursuivre. Quand on arrête, il y a automatiquement un effet de manque, puisqu’il y a un manque physiologique de dopamine et le comportement de la personne va être modifié en fonction de son degré d’addiction, comme pour l’alcool. C’est moins violent chez l’adulte que l’enfant, mais ça peut être problématique si le parent n’assume pas ses responsabilités familiales.

Le problème avec la dopamine, c’est que si on en libère trop et trop souvent, cela va altérer deux autres systèmes : la sérotonine (contrôle des humeurs et relation empathique avec les autres) et la noradrénaline (encourage le gros bon sens).

Certaines drogues synthétiques peuvent induire directement ce problème. Cependant, on va retrouver indirectement le manque de dopamine dans les addictions aux jeux vidéo et aux réseaux sociaux de manière aussi puissante que la cocaïne. Le corps est véritablement en manque et cela prend trois jours de sevrage pour que les effets s’estompent.

LES CRITÈRES DE L’ADDICTION

Il existe 9 comportements qui devraient nous alerter:

  1. l’intensité, la durée et la fréquence du « besoin de jouer ou de chatter » sont plus importantes qu’anticipées à l’origine; il joue ou échange de plus en plus, alors que le temps passé devant l’écran est de plus en plus long;
  2. outre ces trois caractéristiques, il s’agit de considérer également le temps consacré à préparer et à se remettre d’une activité, ainsi que la monopolisation de cette activité dans ses pensées (l’ado est en classe et pense à ses stratégies ou a de la difficulté à se séparer de son téléphone);
  3. le phénomène d’habituation fait en sorte que la personne doit continuellement modifier des éléments ou augmenter ces caractéristiques pour se sentir bien (nouveau jeu, nouvelles photos, nouveau contact, 200 like en 10 minutes, etc.);
  4. les tentatives répétées, mais vaines, de réduire, de contrôler ou d’abandonner l’activité conduisent à des comportements potentiellement à augmenter le stress et les réactions défensives; le jeuneaimerait faire autre chose, mais plutôt que de prendre sa guitare ou de faire du vélo, l’appel de l’écran est plus fort;
  5. l’agressivité, l’agitation et l’angoisse sont d’autant plus importantes s’il y a un délai ou une impossibilité (momentanée ou chronique) de s’atteler à l’activité; c’est encore plus fréquent quand l’écran est éteint, car l’état de manque en dopamine, le conduit à manifester des comportements d’opposition et de décharge d’agressivité;
  6. l’engagement dans l’activité est telle que la personne oublie des geste élémentaires comme s’alimenter, se laver ou faire son travail (professionnel ou scolaire);
  7. par ailleurs, il y a un désengagement familial et social autre qu’à travers cette activité, et ce, même si cela peut aider certains jeunes à socialiser plus facilement à travers son réseau virtuel que dans la vie réelle à la maison ou à l’école;
  8. il y a une aggravation des défis, des comportements problématiques et des altérations du réseau social en famille et à l’école;
  9. le jeune est conscient qu’il y a un problème, mais il cherche à nier les évidences, rejetant tous les reflets et constats des faits.

Plus le nombre d’indices est élevé, plus nous devrions nous inquiéter de l’usage exercé par notre jeune (ou nous même). Même en cas de mésusage, il y a encore la place à la prévention et les propositions d’interventions universelles pour mieux canaliser l’usage des écrans peuvent être efficaces.

Par contre, il se peut que l’usage ne devienne nocif, voire que la dépendance soit installée. Dans ce cas, le recours à la psychothérapie ou des ateliers spécifiques organisés parfois par les écoles secondaires soit obligatoire. Et cela demande du courage pour les parents, car il va falloir obligatoirement passer par une période d’abstinence totale pour désengager le processus physiologique de dépendance.

À bientôt!

Joël Monzée
Docteur en neurosciences

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