Les comportements dérangeants de nos enfants (3/4): Mieux comprendre les élèves avec des problèmes de comportement.

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Certains enfants arrivent à l'école avec des émotions plein le capuchon. Leurs émotions débordent alors que la journée est à peine commencée. Comment accompagner ces élèves qui ont des comportements qui dérangent et, surtout, quels sont les besoins qui se cachent derrière ? Pour en savoir plus, découvrez l'histoire de Lily et de son enseignante.

Geneviève est une jeune enseignante qui fait une journée par semaine dans une classe de première année. Soucieuse des enfants, elle essaie toujours de comprendre leur vrai défi avant d’intervenir. Toutefois, ce n’est pas facile de passer d’une école à l’autre, d’une classe à l’autre, pour disposer d’un horaire de travail acceptable.

LILY, UN DÉFI N’ATTEND PAS L’AUTRE

Dans cette classe du vendredi, il y a Lily. Dès le début de l’année, ses collègues l’ont décrite comme une enfant qui a des problèmes de comportement !

Et, effectivement, une journée passée dans cette classe n’est pas de tout repos. Geneviève se sent souvent dépassée et elle a de la difficulté à comprendre comment communiquer avec Lily. Pour sa part, l’élève court dans la classe, crie, mord, frappe.

Toute la journée, les évènements s’enchaînent. Lily accumule comportements dérangeants sur comportements dérangeants. Elle n’arrive pas à respecter les consignes, c’est comme si le code de vie de l’école était une quête impossible.

Parfois, elle est calme durant la première heure de classe. Il faut en profiter se dit Geneviève.

De fait, dès que la récréation débute, les problèmes de comportements resurgissent : elle lance du sable sur deux élèves qui jouaient calmement ; elle tire les cheveux d’un autre ; elle s’enfuit quand on l’appelle… Et lorsqu’il est temps de rentrer en classe, elle refuse de se mettre en rang et continue de courir dans la cour.

D’autres fois, elle quitte la cour de récréation pour se cacher dans son casier. Elle fait tout pour éviter de faire la routine du matin. Elle se met en colère et explose sans qu’on ne comprenne ce qu’elle vit exactement. Elle s’impatiente, hausse le ton et bouge davantage dès qu’on essaie de lui exprimer une limite.

Même quand Geneviève arrive à sentir qu’elle a accumulé trop de stress et qu’elle pourrait exploser si elle ne va pas la voir calmement, Lily peut se mettre à lancer les objets à portée main : crayons, livres, effaces. Elle peut aussi renverser des chaises en criant si fort qu’on dirait qu’elle hurle.

Prenant son courage à deux mains pour que le reste de la classe se sente en sécurité, Geneviève fait sortir les élèves apeurés de la classe en attendant que l’éducatrice spécialisée viennent en renfort pour forcer Lily à se calmer et la sortir de la classe afin de l’amener à son bureau.

Lily a maintenant un cahier dans lequel elle dessine un cœur pour chaque période où elle réussit à faire le travail demandé en respectant le code de l’élève : être assise à sa place, travailler en silence, lever la main si elle a une question, etc.

• Qu’est-ce qui se cache derrière ces comportements qui dérangent ?
• Pourquoi ces comportements nous déragent ?
• Comment agir avec une élève, un enfant, qui explose continuellement ?
• Quelle stratégie mettre en place pour encourager les comportements attendus ?
• Comment gérer des gestes agressifs ?
• Quels sont les besoins des enfants qui ont « des problèmes de comportement » à l’école ou la maison ?
• Quel message veulent-ils nous transmettre ? Comment se sentent-ils ?
• Pourquoi sont-ils maladroits ?

PRENDRE LE TEMPS D’OBSERVER ET D’ÉCOUTER L’ENFANT AFIN QU’IL SE SENTE VU, ENTENDU ET COMPRIS.

Un jour, Geneviève décide de prendre le temps de discuter avec Lily. Elle s’était mise d’accord avec la direction de l’école pour qu’un collègue prenne en charge la classe, afin de lui libérer du temps. C’est ainsi que les élèves vont avoir un cours supplémentaire d’éducation physique.

Geneviève emmène Lily marcher vers un petit ruisseau qui coule en arrière de l’école. Elle lui explique que c’est un privilège exceptionnel que la direction leur a donné.

Lily est calme, elles marchent côte à côte… Pour des enfants très réactifs, c’est souvent gagnant de ne pas se confronter avec le regard.

Elles parlent du film préféré de Lily, ainsi de ce qu’elle aime. Alors qu’elle sent que la confiance de son élève s’installe, Geneviève demande à Lily ce qui ferait en sorte qu’elle se sente bien à l’école. « Penses-tu que tu pourrais dessiner quand tu ne te sens pas bien ? » interroge l’enseignante.

Lily lui répond : « Madame Geneviève, j’aimerais qu’on me laisse vivre mes crises ! J’aimerais qu’on arrête de m’empêcher de faire mes crises. Parfois, j’aimerais pouvoir crier sans qu’on me dérange. Je me demande pourquoi on ne me laisse pas faire. Après, j’irais mieux et je pourrais continuer ma journée. »

Surprise et un peu désarçonnée, Geneviève poursuit l’écoute attentive, sans réagir, sans juger, sans vouloir changer les choses. Puis, l’enseignante lui demande si elle sait pourquoi elle a autant besoin de crier. La petite fille hausse les épaules. Elle ne sait pas… La question est trop vaste. C’est normal car, à six ans, elle a besoin de questions qui se répondent pour « oui » ou « non ». En partant à la pêche, l’adulte aide l’enfant à identifier son mal-être.

Pourtant, Geneviève ne veut pas aller trop vite. Sa priorité, c’est d’installer un sentiment de sécurité, pas d’investiguer les causes de ses comportements si maladroits.

Elles poursuivent l’échange en regardant l’eau du ruisseau couler paisiblement. Tout à coup, Lily explique qu’il n’y a qu’un seul endroit où elle se sent heureuse : chez son grand-père, assise sur l’un de ses chevaux, alors que le vieil homme le tient en laisse pour faire une promenade.

Lily se met alors à pleureur. Les larmes coulent sans qu’elle ne puisse les arrêter. Geneviève reste présente, elle ne veut pas intervenir. Elle sait que la colère cache souvent de la peine, donc il est nécessaire qu’elle l’exprime.

La fillette explique alors que, maintenant, elle ne va plus chez son grand-père. Sa maman ne veut plus.

En y repensant, Geneviève constate que Lily parle toujours des chevaux de son grand-père et qu’elle les dessine chaque fois que le thème est libre.

Alors qu’elles reviennent tout doucement vers l’école, Geneviève s’interroge. L’enseignante ne sait pas trop quoi faire de ces informations. Elle se demande si elle devrait en parler avec la maman de son élève, mais elle ne veut pas trahir le lien de confiance qui vient de s’installer.

Elle s’interroge sur les limites de son travail. Elle n’est là qu’une journée par semaine et elle s’intègre dans une classe dont elle sait peu de choses. Déjà que l’équipe-école est rarement informée de choses importantes qui se passent dans les familles des élèves, les disputes transgénérationnelles sont encore plus secrètes.

Chose certaine, c’est que Lily arrive à l’école avec des émotions plein son capuchon ! Si l’enseignante ne peut intervenir sur la source de la peine, elle peut toutefois tenir compte des besoins de l’élève. Cela va influer positivement sur la dynamique de la classe et, conséquemment, faciliter sa vie et sa santé ! Elle sera moins épuisée en fin de journée.

Plutôt que de craindre que l’élève ne se désorganise et d’être réactive au moindre signe de transgression du code de vie, Geneviève va s’assurer d’être bienveillante dans ses interventions auprès de tous les élèves, tout en maintenant un lien doux avec Lily. La douceur de son regard et le calme de sa voix transforme la dynamique de la classe.

Un jour, elle fait fi de ses activités scolaires. Elle amène un film « Flicka » qu’ils visionnent ensemble. Elle leur demande alors de dessiner ce qu’ils retiennent de l’histoire de la jeune adolescente et de son fougueux cheval.

Puis, elle crée un cercle de parole pour permettre aux enfants de raconter leur dessin. Ainsi, les enfants parlent d’eux, plutôt que de mimer leur voisin. C’est important avec de jeunes élèves. Lily parle de son grand-père et de sa peine. Les autres élèves ressentent la tristesse de la fillette. Eux aussi, ils se rendent compte de la peine de leur amie.

À partir de ce jour, Geneviève parla régulièrement des chevaux lorsque cela s’y prêtait. Et pour que personne ne se sente rejeté, elle inclut les animaux préférés des autres élèves. La cohérence de la classe est ainsi soutenue et Lily se sent en sécurité dans ce cadre bienveillant. Plus personne ne la reconnaît ! On dit d’elle tellement de bien, désormais.

Retenons que…

1) Nous sommes tous animés par deux besoins fondamentaux : vivre des liens sécurisants pour se sentir en confiance, tout en étant respecté comme une personne à part entière. Si ces deux besoins ne sont pas rencontrés par les adultes, les enfants vont automatiquement manifester leur mal-être par des comportements dérangeants.

2) Lorsque les enfants ne se sentent pas reconnus et entendus dans ce qu’ils ressentent, ils vivent de l’insécurité et leurs émotions peuvent prendre toute la place. Une façon d’évacuer la tension est de faire une crise. Bien que désagréable à vivre, cette crise est nécessaire pour le développement normal de l’enfant.

3) Il est parfois difficile de faire le lien entre la source et le comportement dérangeant, car la crise peut arriver bien après l’origine du mal-être ou du malaise vécu par l’enfant.

4) La confiance et la sécurité vécues avec un adulte bienveillant est fondamentale pour le développement global de l’enfant. Dans la mesure du possible, les interventions doivent préalablement reconstruire cette confiance et cette sécurité pour éviter d’être vouées à l’échec.

5) Lorsque l’enfant est apaisé, disponible et qu’il se sent en confiance, il peut alors avoir accès à son raisonnement et être disponible pour les apprentissages scolaires et sociaux.

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