Les comportements dérangeants de nos enfants (4/4): « À bout des attitudes négatives de mon ado! »

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On se sent parfois (souvent!) dépassé par les attitudes négatives de notre ado. Il refuse de collaborer à une tâche, il s'exprime à moitié, il s'offusque parce qu'on refuse d'aller le reconduire chez un ami... Ces comportements dérangeants sont-ils un passage obligé de l'adolescence ? Pourquoi ces comportements viennent-ils autant nous ébranler ? Découvrez l'histoire d'Audrey et de ses parents pour en savoir plus.

Carl et Mélissa disent sans cesse qu’ils sont « à bout » de leur ado.

Carl ne se gêne pas pour dire à qui veut l’entendre que leur fille Audrey ne fait absolument rien dans la maison et Mélissa ne le contredit pas.

Ils lui demandent simplement de ramasser la table après les repas et ils obtiennent comme réponse que ça ne lui tente pas. Ses parents insistent. Elle fait la sourde oreille et s’en va flatter le chien. Pour échapper aux regards furieux, elle va aux toilettes « très longtemps »…

ESPRIT DE CONTRADICTION

Discrètement, elle va ensuite s’enfermer dans sa chambre.

Trop tard. Las, les parents n’insistent pas. Ils n’ont pas envie de se prendre une nouvelle fois la tête avec leur fille.

Quand ils mangent tous ensemble, il n’est pas rare qu’ils soupirent en l’entendant dire que la nourriture est dégueulasse, que ce n’est pas mangeable. La maman y avait mis pourtant tant d’attention pour faire un repas équilibré, plein de vitamines et de bonnes choses pour qu’elle grandisse en santé.

Ils ont aussi abandonné la gestion des écrans. À quoi bon ! Si elle a envie de se « pluguer », elle trouvera certainement une façon de le faire dans leur dos. Alors, ils se disent qu’il vaut mieux mettre leur énergie ailleurs. Somme toute, ils essaient de choisir des combats qu’ils peuvent gagner. C’est légitime.

À tout cela s’ajoute les mille et une demandes de leur ado pour aller la reconduire ou la rechercher à gauche et à droite. Ils trouvent ça éprouvant, surtout la fin de semaine quand ils ont juste envie d’être à la maison et de se reposer d’une semaine pénible. L’un comme l’autre, les parents ont un travail qui leur demande beaucoup d’énergie pour gérer les collègues et les clients.

Un soir, Mélissa va chercher Audrey chez une amie. Mélissa attend un bon moment dans la voiture avant qu’Audrey ne se présente enfin. L’ado lance son sac sur le banc en arrière, accrochant au passage le visage de sa mère. Frustrée, elle lui dit qu’elle est venue la chercher trop tôt.

Avec un mélange de douleur à la suite du coup au visage et de peine de voir autant de mépris pour tout ce qu’elle offre à sa fille malgré ses sautes d’humeur quotidienne, Mélissa éclate en sanglot. Elle n’en peut plus de ce manque de reconnaissance, de ce manque de respect.

• Que s’est-il passé pour qu’ils en arrivent là ?

Elle n’a plus envie d’une telle relation avec sa fille, mais elle ne sait pas comment transformer la dynamique familiale. Chaque jour, l’ado explose. Chaque jour, elle refuse les consignes. Chaque jour, elle en demande plus. Chaque jour, elle insulte ses parents. Chaque jour, les parents expriment leur ras-le-bol…

Elle souhaiterait tellement que ce soit plus harmonieux dans la famille. Elle sent qu’elle s’éloigne de son conjoint, tant lui se réfugie dans le travail. Ils ne passent plus de beaux moments ensemble, comme lorsqu’ils allaient au parc avec leur fillette, se promenaient en sautant dans les feuilles ou faisaient des batailles de boules de neige en arrière de la maison.

Elle se désespère tant la nostalgie des années d’enfance lui prend au ventre. Elle aimerait tellement éprouver à nouveau du plaisir tous ensemble, qu’ils puissent à nouveau communiquer cœur à cœur…

• Pourquoi leur fille semble vivre une vie en parallèle de ses parents ?
• Est-ce que cela vous arrive avec vos ados ?
• Êtes-vous parfois « à bout » de nerfs, tant vos ados confrontent vos consignes ?
• Ou préféreriez-vous qu’ils soient plus d’autonomes ?
• Aimeriez-vous qu’ils contribuent davantage à la vie familiale sans que vous n’ayez à lui demander dix fois pour qu’ils effectuent leurs tâches ?
• Aimeriez-vous qu’ils soient plus reconnaissants ?
• Est-ce qu’ils vous parlent d’une telle manière que cela vous fait grincer des dents ?
• Est-ce ça l’adolescence, un passage obligé de confrontation et d’exaspération ?
• Est-ce possible de vivre cette étape avec votre jeune de façon harmonieuse malgré ses comportements qui dérangent ?

PRENDRE UN PAS DE RECUL ET DEMANDER DU SOUTIEN AFIN DE MIEUX ACCOMPAGNER NOTRE JEUNE

Mélissa parle de tout cela avec la mère de Carl. Elle a toujours un meilleur lien avec sa belle-mère qu’avec sa propre mère. Elle se sent en confiance pour expliquer toute la peine accumulée et le sentiment d’impuissance de plus en plus envahissant.

Hélène constate le désarroi de son fils et de sa bru. Elle propose alors au couple de prendre Audrey, sa petite fille, pendant quelques temps. Juste pour permettre à son fils et sa conjointe de prendre le temps de renouer leurs liens de couple, tout en déterminant comment ils souhaitent gérer les écarts de conduite de leur ado.

Au départ, Mélissa est contre l’idée. Elle se dit que cette situation leur appartient et qu’ils doivent trouver eux-mêmes des solutions avec leur fille. En même temps, ils sont tellement irrités par les luttes de pouvoir qu’ils n’ont plus aucune tolérance envers Audrey. Cul-de-sac.

Après une nuit de sommeil, Mélissa confesse que ce n’est sans doute pas une mauvaise idée finalement. Elle en parle avec Carl qui est tout aussi hésitant. Mélissa fait remarquer qu’Audrey s’est toujours très bien entendue avec sa grand-mère. Toutefois, Carl a un peu moins de scrupule que sa conjointe, Hélène est sa maman. Et lui aussi voudrait recouvrer l’harmonie dans sa relation tant avec Mélissa que leur fille.

Les parents conviennent donc que ce recul pourra peut-être faire en sorte qu’ils repartiront sur des bases plus solides. Ils en profiteront surtout pour renforcer leur couple. C’est si commun qu’une fois devenus parents, les amoureux oublient de prendre soin de leur relation. Le travail et la réalité de jeunes parents altèrent souvent la qualité de la relation de couple.

Ainsi, ils s’entendent tous les quatre pour qu’Audrey parte vivre quelques semaines chez sa grand-mère.

Hélène explique à l’ado qu’elle l’accueille à bras ouverts, mais que les règles de base restent d’application. Comme à son habitude, Hélène demande à Audrey de venir l’aider à couper des légumes pour le souper. Audrey traine de la patte. Elle soupire. La grand-mère n’en fait pas de cas, mais rappelle la consigne.

Tout en cuisinant, elles discutent de tout et de rien ensemble. Hélène en profite pour exprimer à sa petite fille qu’elle est très heureuse de pouvoir passer du temps avec elle. Leur complicité légendaire fait fondre le mauvais caractère de l’adolescente. En même temps, Audrey admet à sa grand-mère qu’elle a sans doute exagéré.

C’est ainsi qu’Audrey se replace. Elle fait ses devoirs sans qu’Hélène ne la rappelle à l’ordre. Elles vont se promener dans le bois en arrière. L’ado court avec le chien de sa grand-mère. Elles construisent le menu ensemble au moment de faire les commissions, mais Hélène s’assure de privilégier les aliments bio. Avant et après le repas, Audrey met et dessert la table, comme lorsqu’elle est simplement en visite.

Un soir, Audrey se met à « texter » avec une amie. L’ado se fâche, monte dans sa chambre et claque la porte. Hélène attend un peu. Il faut que l’émotion se relâche un peu avant l’intervention. Elle monte retrouver sa petite-fille. Elle frappe doucement à la porte. L’ado maugrée. Hélène demande pour entrer.

Elle est couchée sur son lit. Sa grand-mère la regarde avec plein de compassion. Audrey marmonne en regardant son cellulaire. Sa grand-mère lui demande quelle série elle écoute en ce moment.

La douceur d’Hélène touche le cœur de la jeune fille. Audrey se met à rire et elle dit à sa grand-mère qu’elle aime beaucoup une série de zombies, mais qu’elle détesterait cela. Hélène insiste pour qu’elles écoutent un épisode ensemble. Audrey n’est pas très enthousiaste à l’idée, mais sa grand-mère est déjà repartie faire du pop-corn. L’ado branche son cell sur la télévision et elles regardent le film, assises confortablement dans le sofa du salon.

C’est ainsi que s’enchainent les moments qu’elles passent ensemble. Hélène va porter et rechercher sa petite-fille au Collège. Elle s’intéresse à sa musique, alors qu’Audrey a branché son MP3 sur le système audio de l’auto.

La présence bienveillante de la grand-maman contribue aux changements de comportement. Sa présence attentive, douce et ferme, amène de la constance et de la cohérence dans le respect des valeurs qui leur sont chères.

Petit à petit, Audrey se retrouve, identifie ses repères et comprend mieux pourquoi elle est parfois si agressive, pour ne pas dire méchante, avec ses parents.

De retour chez les parents, Hélène accompagne encore quelques jours la famille pour assurer une douce transition. Elle les aide à se parler. Audrey, comme ses parents, avaient besoin de ressentir le « manque » pour être en mesure de rechoisir d’être ensemble. Mélissa et Carl expriment autant leur amour inconditionnel que le cadre de respect qu’ils entendent faire respecter au sein de leur trio.

Retenons que…

1) Les ados ont besoin d’un cadre sécurisant et d’interventions structurantes de l’adulte afin de se sentir en sécurité. Ainsi, ils auront davantage accès à leurs ressources et ils sauront mieux répondre aux attentes de l’environnement familial et scolaire.

2) L’écoute compassionnelle est fondamentale pour accompagner un ado dans la gestion de ses émotions et dans la compréhension de ses besoins affectifs. Sans présence bienveillante, les mécanismes de défense l’emporteront sur le réel désir de l’ado d’être en relation saine avec autrui.

3) Comme parent, nous devons trouver un équilibre entre la nécessité de leur laisser une certaine autonomie et du temps pour outiller l’ado. Et lorsqu’une crise arrive, il est préférable de les guider à voir les opportunités plutôt que les défaites.

4) Créons une hiérarchie dans nos interventions relativement à nos attentes et à nos consignes afin d’éviter un surmenage de part et d’autre. Dans cette hiérarchie, il y a d’abord les lois, ensuite les règles et finalement les conseils.

5) Afin d’offrir de bonnes conditions affectives lors de nos interventions auprès de notre jeune, l’adulte doit prioriser la cohérence, l’intégrité, une intervention ferme et bienveillante et une compréhension des enjeux et des défis reliés au stade de développement de l’ado.

6) Par ailleurs, il est précieux de se « connecter » à son jeune, de s’intéresser à son monde. Cela se définit entre autres par un désir de comprendre la dynamique entourant l’ado et de se synchroniser à ce dernier.

POUR EN SAVOIR PLUS :

Cerveau et adolescence: les cinq étapes pour passer du monde de l’enfance à l’âge adulte (accédez à la formation).

Apprivoiser les 1001 émotions qui colorent la vie des familles (accédez à la formation).

Pleine Présence et gestion des émotions des ados – initiation (accédez à la formation).

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