Les comportements dérangeants de nos enfants (2/4): Les crises chez les tout-petits!

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Déjà que les émotions durant la petite enfance peuvent parfois être très intenses, ce qui complique la quiétude de la famille ou du groupe et confronte beaucoup tant les parents que les éducatrices, mais – en plus – les crises autour des 4 ans sont encore plus dérangeantes : colère, vengeance, gestes gratuits…Qu’on se le dise : nos jeunes enfants ne savent pas toujours comment gérer leurs émotions. Et c’est normal! Découvrez l'histoire de Mathéo et de sa famille pour mieux comprendre comment accompagner nos enfants quand les émotions les submergent.

UN VOLCAN SUR DEUX PATTES ?

Mathéo est un gentil petit garçon. Mignon, doux affectueux, serviable…

Cependant, il se fâche dès que les choses ne fonctionnent pas comme il le souhaite, surtout en présence de sa maman.

Par exemple, lorsqu’il entreprend de faire une montagne de blocs et que la tour s’écroule, il peut prendre des blocs et les lancer à travers la pièce en criant tellement fort que tout le monde se demande ce qu’il se passe.

Instinctivement, sa maman veut l’aider, mais il la repousse. Elle réessaie et il peut la frapper. Sa colère s’amplifie, ses gestes deviennent plus agressifs et il peut se mettre à crier encore plus fort.

D’autres fois, Mathéo demande pour manger une collation. S’il a possiblement faim, ce n’est pas nécessairement un bon moment. Et puis, il arrive que les enfants confondent la sensation de faim avec celle de la soif. Ou qu’il veuille du sucre, alors que sa maman essaie de le guider vers une saine habitude de vie.

Or, l’enfant de 4 ans ne comprend pas la logique de sa maman, alors il va insister, se mettre à crier et la bousculer. Une fois, elle est même tombée à la renverse tellement il l’avait poussée fortement.

La maman ne le comprend pas plus. Sa décision est pleine de bon sens, donc elle maintient sa décision. Il accepte mal le refus et il peut alors faire une crise tant et aussi longtemps qu’il n’obtiendra pas ce qu’il désire.

Et c’est ainsi chaque jour. La maman de Mathéo pourrait raconter des dizaines et des dizaines d’exemples. Elle n’aime pas toutes ces colères, alors qu’elle rêve de moments calme, doux, complices, sereins…

Au lieu de profiter d’une relation respectueuse, elle craint de plus en plus les moments qu’elle va passer avec son fils. Elle s’en veut d’autant plus qu’elle se sent autant coupable qu’impuissante. Elle anticipe jour après jour de se sentir prise au dépourvu. Elle en perd ses moyens et elle devient comme figée face aux explosions de colère.

Pour éviter de se sentir mal prise ou triste, elle se surprend à accepter des choses qui ne respectent pas certaines règles de la maisonnée. Elle craint tellement de confronter son fils. Elle n’arrive plus à intervenir auprès de son enfant.

Elle essaie de rester calme et de demeurer présente pour son fils mais c’est comme s’il prend le dessus sur la situation et qu’elle n’est pas en mesure de l’accompagner et de le soutenir dans ses moments de colère.

Pourtant, lorsqu’il a de la peine, elle arrive à la consoler, à le border.

Ils éprouvent du plaisir à jouer ensemble dans la cour, à lire des histoires, à marcher en forêt…

C’est l’excès de colère qu’elle n’arrive pas à gérer. Elle comprend que la colère est une émotion normale. Nous en ressentons tous par moment. Cependant, l’impuissance conduit si souvent à sa démission…

• Comment faire en sorte que son fils gère mieux la colère ?

• Pourquoi les colères de son fils viennent autant l’ébranler ?

• Pourquoi se sent-elle en danger face aux manifestations de colère de son fils de 4 ans?

COMPRENDRE LES ÉMOTIONS QUI SUBMERGENT NOTRE ENFANT POUR MIEUX L’ACCOMPAGNER QUAND ÇA DÉBORDE !

La maman de Mathéo aimerait comprendre ce qui pousse son fils à manifester autant de colère. Autant elle est heureuse de plein de moments partagés dans la bonne humeur, autant elle se sent dérangée par les décharges de colère de son fils.

En y réfléchissant et en remontant dans son histoire familiale, elle se souvient d’avoir vu son grand-père manifester de la violence verbale et avoir des gestes brusques lorsqu’il buvait trop lors des fêtes de famille.

Elle était toute petite. Son frère et elle se cachaient sous la table quand il se mettait à parler trop fort et à dire les choses avec une voix criarde et des propos agressifs.

Son papa lui a raconté qu’il avait vécu beaucoup de violence de son papa étant jeune. Si lui était toujours resté doux avec elle, sa maman montrait régulièrement des excès de colère. Elle se souvient d’un jour où sa mère l’avait tirée par les cheveux de la cuisine à sa chambre, car elle ne l’avait pas rangée comme il se doit. Même son frère, parfois, la frappait si elle ne cédait pas à un caprice.

• Se pourrait-il que ce traumatisme teinte la façon dont elle peut se sentir lorsque son fils fait des colères ?

Somme toute, elle a accumulé tellement de mauvaises expériences que c’est devenu traumatique pour elle : elle fige, elle anticipe, elle voudrait s’échapper. Et pour éviter que son fils ne se mette en colère, elle n’ose plus lui donner de limites. Cependant, l’absence de limites claires conduit à vivre de plus en plus d’insatisfaction et d’irritation. Elle se sent coincée.

C’est ainsi qu’elle consulte un livre offert récemment par sa meilleure amie « J’ai juste besoin d’être compris ! » Elle avait pris le livre avec un sourire gêné. Elle aurait eu envie de dire à sa copine : « et moi, est-ce qu’il va y avoir quelqu’un qui me comprend ? »

Elle avait tassé ce livre. Elle s’était même surprise à frustrer contre l’auteur ! « Qu’en sait-il, lui se demandait-elle… C’est bien beau de comprendre les enfants, mais moi ? »

Dépourvue, elle saisit alors le livre. L’auteur y explique le sens des comportements dérangeants des enfants, tout en proposant des pistes d’intervention basées sur les connaissances récentes en neurosciences. Il encourage une parentalité bienveillante dont les clés sont la constance, la cohérence et la compassion (pour l’enfant et pour soi).

Elle comprend aussi que son histoire familiale a créé un biais dans sa manière de voir Mathéo. Elle comprend qu’elle avait tellement d’attentes que son fils a de la difficulté à rencontrer les « cibles » et qu’il veut tellement être parfait que la pression le fait exploser.

Certes, la maman n’est pas responsable et encore moins coupable. En revanche, elle comprend qu’elle fait partie de la dynamique familiale et que ses attentes devraient se transformer en magnanimité.

Faire partie de la dynamique familiale n’est pas un tort, mais un moyen. Elle peut se servir de son calme pour tempérer son fils. En se régulant, elle peut réguler son fils.

Elle se promet ainsi que, lors de la prochaine crise, elle prendra un pas de recul. Elle prendra quelques respirations pour accueillir cet état d’alerte qui la submerge habituellement. Elle peut même se rappeler qu’elle n’est pas réellement en danger. Il a juste 4 ans, ce n’est ni son grand-père, ni sa mère.

C’est ainsi qu’une autre crise survient peu de temps avant le bain. Mathéo veut regarder la télévision, alors que sa maman lui rappelle que c’est le moment de se préparer. Mathéo ne l’entend pas de cette façon. Il rallume la télévision.

Elle l’éteint et se positionne devant l’écran, saisissant au passage la manette de contrôle. Elle lui rappelle la consigne. Il s’énerve, lui crie dessus, fait mime de la frapper (mais se garde une petite gêne). La maman tient bon.

Alors qu’elle garde un calme bienveillant, elle observe son fils et elle essaie de voir le comportement qui la dérange comme étant ce qui émerge d’un sentiment, d’une émotion qui le rend inconfortable : il y a une transition et la fin d’une activité qu’il aimait…

Nous reviendrons prochainement avec un dossier spécifique sur la colère, mais la maman de Mathéo comprend que son fils exprime autant de colère parce qu’il ne sait pas comment vivre l’échec. Il frustre et se décourage, alors cela explose…

Avec douceur, elle essaie de nommer ce qu’elle perçoit. Autant pour l’aider à se comprendre que pour éviter de lui imposer une étiquette, elle pose des questions : « Mathéo, est-ce que ça se peut que tu te sentes en colère en ce moment parce que tu aurais aimé continuer de regarder la télévision alors que c’est le moment d’aller prendre ton bain ? Est-ce que tu te sens frustré, fâché ? C’est normal, je te comprends. Cependant, je ne changerai pas d’idée, il n’y aura pas de télévision. Parfois, pour calmer la colère que nous avons en nous, on peut prendre un moment pour prendre de grandes respirations. Ça aide à retrouver le calme en nous. As-tu besoin de moment seul pour calmer la frustration qui est en toi ? As-tu besoin que je t’aide à calmer la colère qui est en toi ? Veux-tu qu’on prenne un moment pour respirer ensemble ? As-tu besoin d’un câlin ? Je suis là pour toi si tu as besoin. »

Par ces quelques mots exprimés avec une profonde compassion, elle sent son fils s’apaiser, ce qui l’apaise également. L’un comme l’autre quitte une « dynamique conflictuelle » pour entrer dans une « dynamique éducative ». La maman continue de mettre des limites, mais son calme intérieur tempère l’excès d’émotion de son fils.

Tout n’est pas gagné, mais elle sait et ressent que cette approche est juste.

Retenons que…

1) Les comportements sont le langage des émotions. Apprenons à observer et à comprendre quelles émotions se cachent derrière les comportements de nos enfants. Les comportements dérangeants sont une manière d’exprimer un mal-être, une peur.

2) Comme parent/intervenant, nous sommes l’assiette sous le contenant de l’enfant quand ça déborde. Nous devons l’aider et le guider dans la gestion de ses émotions. Lorsque l’enfant se sent en sécurité, il a davantage accès à ses ressources.

3) Comme adulte, nous devons être connecté à nos émotions et en prendre soin. Il sera plus facile d’intervenir avec bienveillance auprès de notre enfant si nous sommes en paix avec nos propres émotions.

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