Une génération anxieuse : nos ados ne vont pas bien

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Depuis 2010, les indices de détresse psychologique chez les jeunes montent en flèche, un phénomène exacerbé par la transition d’une enfance fondée sur le jeu réel à une existence centrée sur le monde virtuel. Entre les données alarmantes de Jonathan Haidt et les réalités cliniques observées durant la pandémie — où la détresse a bondi de 30 % à 70 % —, l'urgence d'agir est réelle. Pourtant, une lueur d'espoir demeure : la neurobiologie de l'attachement. Ce texte explore comment la présence cohérente et bienveillante des parents, alliée aux théories de John Bowlby et d'Allan Schore, peut offrir un rempart solide contre l'anxiété. Découvrez des solutions concrètes pour restaurer l'autonomie de nos jeunes et rebâtir une sécurité affective, à la maison comme à l'école. Un guide essentiel pour comprendre, soutenir et protéger la génération de demain.

Depuis le début des années 2010, nous observons un phénomène inquiétant : une hausse fulgurante de l’anxiété, de la dépression et de l’autodestruction chez les adolescents. Ce n’est pas qu’une impression de terrain ; les données scientifiques confirment que nous traversons une véritable crise de santé mentale.

L’évidence d’une fracture

Selon les recherches documentées par Jonathan Haidt dans The Anxious Generation, la bascule s’est opérée entre 2010 et 2015. Aux États-Unis, les épisodes dépressifs majeurs chez les 12-17 ans ont grimpé en flèche, touchant particulièrement les filles (passant de 12 % à 28 %).

Il souligne notamment que :

  • depuis les années 80, nous avons surprotégé les enfants dans le monde physique, réduisant leurs opportunités de jeu libre et d’exploration non supervisée, essentielles pour développer l’autonomie et la résilience;
  • en migrant vers un univers numérique « conçu pour l’addiction », les jeunes ont sacrifié la qualité de leur sommeil, l’activité physique et les interactions sociales réelles;
  • ce n’est pas un phénomène local. Les taux d’automutilation et de détresse psychologique suivent des courbes similaires au Canada, au Royaume-Uni et en Australie.

Le choc de la pandémie a amplifié leur détresse

J’ai mentionné plusieurs fois dans mes textes sur ce blogue l’impact dévastateur de la crise sanitaire. On a peut-être protégé les personnes hautement vulnérables, mais le prix à payer – que peu de personnes osent regarder – c’est le sacrifice que les jeunes ont dû payer sur le plan de leur santé mentale.

Avant le COVID-19, on estimait que la détresse psychologique touchait environ 30 % des adolescents. Durant la crise, deux études produites par des CISSS du Québec ont montré que ce chiffre a bondi jusqu’à atteindre près de 70 % dès les premiers mois de la crise sanitaire à cause de la fermeture des écoles secondaires et de l’interdiction de rassemblements, alors que les ados ont un besoin immense de contacts avec leurs pairs.

Il y a même des journalistes qui se postaient aux alentours des écoles secondaires, quand elles ont rouvert leurs portes à l’automne 2020, pour photographier les ados qui étaient à moins de deux mètres l’un de l’autre, se donnaient un câlin et socialisaient de manière pacifique. Aujourd’hui, on s’étonne que certains sont devenus plus violents aujourd’hui, mais n’avons-nous pas une part de responsabilité?

La psychiatre Marie-Ève Cotton a déposé un signalement contre moi en 2022, car j’écrivais des textes qu’elle n’appréciait pas, dont le texte qui questionnait certains abus exercés par des citoyens effrayés, en m’appuyant notamment sur un drame vécu dans ma famille en 1944.

Cotton me dépeint encore aujourd’hui comme un conspirationiste, occultant mon travail auprès des instances gouvernementales, alors que mon rôle était – à la demande des ministres – de contribuer à minimiser l’impact psychosocial des mesures sur les jeunes. D’ailleurs, je n’ai eu aucune sanction de l’Ordre!

Nombre d'hospitalisation pour des causes d'anxiété. Source: National Minimum Dataset (New Zealand, 2020)

Nombre d’hospitalisation pour de l’automutilation sévère ou l’absorption d’une substance dangereuse; le groupe des jeunes femmes âgées de 15 à 19 ans présente un risque accru de suicide l’année suivant l’hospitalisation – Source: National Minimum Dataset (New Zealand, 2020)

Cela dit, le texte qui a le plus dérangé les syndics Valérie Drolet et Marc Lyrette était celui qui racontait l’histoire de deux ados aux prises avec la tourmente des règles sanitaires: Jennifer s’en est allée. J’y raconte la vie de deux ados qui traversaient la crise avec les moyens du bord.

Ce texte était inspiré d’histoires réelles, mais beaucoup d’adultes refusaient de prêter attention aux jeunes. Le miroir que je plaçais devant certains adultes leur reflétait les conséquences pour les jeunes et, conséquemment, cela dérangeait.

Les fondements du bien-être

Cependant, un constat fascinant est ressorti des données récoltées par les CISSS: tous les jeunes n’ont pas sombré. Ceux qui ont réussi à maintenir un équilibre psychologique disposaient d’un ancrage solide.

Le dénominateur commun? La présence de parents bienveillants, présents et cohérents. Cette « cohérence familiale » a agi comme un bouclier neurobiologique face au stress environnemental.

Pour aider nos ados, nous devons revenir aux sources de la psychologie du développement.

D’abord, un adolescent a besoin d’une « base sécurisante ». Si la maison est un lieu de tension ou d’indifférence, l’ado cherchera sa validation dans le monde virtuel, où les algorithmes remplacent les liens humains. La sécurité affective permet au cerveau de passer du mode « survie » (anxiété) au mode « apprentissage ».

Ensuite, il faut se rappeler que la régulation émotionnelle de l’adolescent dépend initialement de la co-régulation avec l’adulte. Comme je l’explique souvent, le parent sert de « régulateur externe » au cerveau encore en développement de l’enfant. Si nous sommes nous-mêmes captifs de nos écrans ou instables dans nos réactions, nous ne pouvons pas aider leur système nerveux à s’apaiser.

Défis, dangers et solutions

Le danger principal réside dans la sédentarité numérique. Plus un jeune passe de temps devant un écran, moins il développe ses compétences sociales et sa capacité à tolérer l’ennui ou l’inconfort.

Trois solutions devraient être considérées pour soutenir les jeunes, dès la petite enfance.

En premier lieu, il faut restaurer le jeu libre. Les adultes doivent donc encourager les sorties à l’extérieur, des moments de jeux sans accès au numérique. L’autonomie se bâtit dans le monde réel, par l’essai et l’erreur.

    En deuxième lieu, il est nécessaire d’établir une cohérence numérique. Plutôt que des interdits punitifs, il est utile d’instaurer des zones et des moments sans écrans pour toute la famille, favorisant le contact visuel et l’échange.

    En troisième lieu, il est judicieux de renforcer les liens affectifs. En effet, l’autorité bienveillante ne fonctionne que si elle est ancrée dans une relation de confiance. La bienveillance n’est pas de la complaisance, mais offrir une structure prévisible et aimante qui permet de donner des limites claires, cohérentes et constantes.

    En conclusion, il faut se dire que l’anxiété n’est pas une fatalité. En tant que parents, éducateurs ou intervenants, nous avons le pouvoir de modifier l’architecture émotionnelle de nos jeunes en étant simplement plus présents, plus cohérents et plus attentifs à leurs besoins d’attachement profonds.

    Aller plus loin

    • Le combat des chefs : mieux comprendre les effets des écrans sur le développement des jeunes, mais surtout découvrir comment installer un cadre adéquat dans la famille (ou à l’école).

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