« C’est bien beau, tout cela… » peut-on se dire: qu’est-ce que ça change que cela soit un TDAH ou un faux-TDAH. Les comportements sont là, parfois de manière envahissante dans la maison, le bus, l’école, les camps de jour…
À première vue, la plupart des parents semblent désabusés quand ils entendent les divers avis scientifiques sur l’origine des comportements associés au TDAH. Quelque part, ils n’ont que faire du débat entre experts.
Je les comprends, car ils se sentent démunis. En revanche, là où cela change, c’est qu’un trouble qui trouve son origine dans une mauvaise configuration génétique semble avoir peu d’opportunités pour inverser le processus.
Je dis « peu », car on en sait suffisamment aujourd’hui sur l’épigénétique, c’est à dire la science qui étudie la modulation de l’expression génétique, pour savoir que les comportements choisis, conscients et cohérents peuvent inverser, ou du moins tempérer, certaines configurations génétiques.
Dans les cas de « pseudo-TDAH » (ou ADHD-like), c’est qu’on peut enfin sortir du discours infantilisant les parents, comme les membres du personnel scolaire. On sort du paternalisme imposés par des modèles d’affaires lucratifs. Le parent peut reprendre son pouvoir sur la destinée de son enfant.
TDAH-like, une bonne nouvelle?
Le diagnostic tombe : TDAH. Pour beaucoup de parents, c’est à la fois un soulagement car, enfin, un spécialiste a mis un mot sur les difficultés ! Cela dit, c’est aussi une source d’angoisse.
Le parent se demande si le cerveau de son enfant est « cassé » et si la médication est la seule avenue.
Ce qu’il faut retenir, c’est que la science actuelle nous montre que l’agitation ou l’inattention ne sont souvent que la pointe de l’iceberg.
En fait, il est nécessaire de distinguer le TDAH de naissance (trouble neurodéveloppemental d’origine génétique) du profil « TDAH-like » (des comportements qui ressemblent au TDAH, mais qui sont lié aux habitudes de vie et à une maturité, peut-être moins développée que celle des pairs, mais totalement naturelle).
J’ai développé avec Anne-Isabelle Dionne le concept de « TDAH-like » pour sortir de la confusion dans laquelle on se retrouve facilement (accédez au podcast gratuit). Si le trouble d’origine génétique représente un consensus, de nombreux enfants ou ados sont caractérisés par les mêmes symptômes, mais l’origine n’est pas génétique.
Souvent, les symptômes sont la conséquence de facteurs de risque amplifiés, d’un mode de vie inapproprié, une inflammation du corps ou un stress émotionnel.
La bonne nouvelle? En tant que parents, vous avez un pouvoir d’action immense à la maison pour réguler le système nerveux de votre enfant, souvent même avant d’envisager une solution pharmacologique.

Le « calme » commence dans l’assiette et un ventre en santé
On oublie souvent que le système digestif et le cerveau sont en ligne directe via le nerf vague. Si l’intestin est irrité, le cerveau l’est aussi. Une alimentation riche en additifs, en sucres raffinés ou la présence d’une inflammation (dysbiose) peut provoquer une hyperactivité « chimique ».+4
Ce que vous pouvez faire :
- modifiez le contenu des déjeuners: remplacez les céréales ultra-sucrées par des protéines (œufs, yogourt grec et noix); le sucre cause des pics d’insuline suivis de chutes brutales qui imitent l’inattention et l’irritabilité; sachez que le mythe d’un bol de céréales le matin découle de recherches subventionnées par une compagnie étasunienne qui voulait s’imposer sur le marché américain; le déjeuner européen n’est vraiment pas mieux, car les croissants, le chocolat-au-lait et la confiture sans protéine est contre-productif;
- hydratation et oméga-3: le cerveau est composé majoritairement de gras; assurez-vous que l’enfant boit de l’eau et consomme de bons gras (poisson, avocat) pour nourrir la gaine de ses neurones.
Notez que l’Ordre des nutritionnistes et le Collège des médecins le savent, mais nuisent intentionnellement à leurs membres s’ils en font la promotion trop visiblement, car cela nuit au modèle d’affaires de leurs collègues ou des industries agro-alimentaires qui financent les recherches universitaires. Ce n’est pas pour rien que je dénonce désormais ouvertement le manque de discernement des ordres professionnels.
Sécurité affective : devenez un « port d’attache » constant et cohérent
La science nous dit que la présence d’un adulte calme peut réguler l’amygdale de l’enfant (le centre de l’alarme dans le cerveau). Un enfant qui se sent jugé ou en échec constant active son « système nerveux de survie », ce qui rend la concentration impossible.
Ce que vous pouvez faire :
- créez un « moment refuge »: avant de parler des devoirs ou des bêtises, accordez-lui 10 minutes de présence totale, sans écran, où vous suivez son jeu; cela sécrète de l’oxytocine, l’hormone qui calme le stress et favorise le développement du cortex préfrontal;

- privilégiez une co-régulation basée sur la sérénité: si votre enfant explose, son cerveau émotionnel a pris le dessus; au lieu de crier (ce qui augmente son alarme), baissez le ton et approchez-vous; votre calme est « contagieux » pour son système nerveux;
- renforcez l’estime de soi et la force de résilience: adoptez de saines habitudes de vie et aidez-les à mieux réguler les conflits relationnels.
Réorganiser l’environnement pour libérer l’attention
Beaucoup d’enfants étiquetés TDAH souffrent en fait d’une surcharge sensorielle. Leur cerveau ne parvient pas à filtrer les bruits, les lumières ou les mouvements autour d’eux.
Ce que vous pouvez faire :
- créez une zone de devoirs « zéro distraction » : évitez le coin de la table de cuisine si le reste de la famille s’y active; un bureau face à un mur neutre, avec un casque antibruit si nécessaire, réduit l’effort que le cerveau doit faire pour inhiber les distractions;
- osez la détox d’écrans : la lumière bleue des écrans le soir bloque la mélatonine et fragilise le sommeil; un cerveau qui manque de sommeil présente exactement les mêmes symptômes qu’un cerveau TDAH, c’est à dire marqués par l’impulsivité et des oublis; d’ailleurs, une étude récente montre que l’un des effets majeurs des psychostimulants était de forcer le cerveau à fonctionner comme si le jeune avait bien dormi.
Le mouvement comme médicament naturel
Le cervelet, situé à l’arrière du crâne, joue un rôle majeur dans l’attention et la régulation des émotions. Chez plusieurs enfants, l’agitation est une tentative du corps pour stimuler ce cervelet et « réveiller » le cerveau.
Ce que vous pouvez faire :
- imposez des pauses actives: avant les devoirs, proposez 5 minutes de mouvements croisés (toucher le genou gauche avec la main droite, etc.) ou de jeux d’équilibre; cela active les boucles de rétroaction du cervelet qui aident ensuite à la stabilité attentionnelle;
- choisissez le contact avec la Nature: le jeu libre à l’extérieur réduit le cortisol (l’hormone du stress) et permet au « social nervous system » de se réenclencher pour tempérer l’excès d’émotions et relâcher la boucle de stress; et puis, c’est correct qu’il semble s’ennuyer, car cela va le forcer – pour se désennuyer – à trouver une manière de s’occuper, ce qui induit par définition un processus de concentration.

L’importance du sommeil et du rythme
L’efficacité des fonctions du cerveau est totalement interdépendante de la qualité du sommeil. Un enfant fatigué n’a plus de « freins » émotionnels.
Ce que vous pouvez faire :
- mettez en place une routine prévisible : le cerveau anxieux ou agité adore la prévisibilité. Une routine visuelle claire (pictogrammes) diminue la charge mentale de l’enfant, car il n’a plus à « chercher » ce qu’il doit faire;
- recréez le lien avant d’éteindre la lumière: lire une histoire, lui poser des question pour qu’il vous partage ce qui est important pour lui, lui proposer un moment de câlin, etc.; c’est encore plus important si la journée a été difficile;
- acceptez que l’enfant, et encore plus les ados, récupèrent le manque de sommeil durant les journées de congé: le rythme de la vie est rarement cohérent avec le cycle du sommeil, donc de nombreux jeunes sont en carence de sommeil; laissez-les dormir les journées sans-écoles, ce n’est pas de la paresse, c’est de l’hygiène de vie;
- vérifiez s’il dort bien (nez bouché, cauchemars, position de la mâchoire, apnée, etc.): consultez un professionnel de la santé, alors que certains ostéopathes et acuponcteurs, voire dentistes ou psychothérapeutes pourraient vous aider.
Conclusion : Un changement de regard
Prescrire un médicament peut parfois aider à court terme, mais cela ne règle pas les causes profondes comme une inflammation intestinale, un manque de sécurité affective ou une surcharge sensorielle.
En agissant sur ces leviers — alimentation, lien affectif, environnement et mouvement — vous offrez à votre enfant une forme de « médecine intégrative ». Vous ne traitez pas seulement un comportement, vous soutenez le développement d’un être humain global, capable de bâtir sa propre résilience.
Rappelez-vous : votre enfant ne veut pas être difficile, il est en difficulté. Et dans cette épreuve, votre alliance avec lui est son plus grand remède.
Aller plus loin:
Monzée J, Dionne AI. Improve the medical assessment of young people with ADHD: Clinical and Ethical Issues from the Quebec Experience, ESMED. 2025;13(6)/10.18103/mra.v13i6.6536 / https://institutdef.ca/ameliorer-levaluation-psychosociale-des-patients-suspectes-davoir-un-tdah-article-1/
Dionne AI, Monzée J. Improve the medical assessment of young people with ADHD: Genetic, psychosocial or metabolic issues? ESMED. 2025;vol.13(6)/doi.org/10.18103/mra.v13i6.6535 / https://institutdef.ca/ameliorer-levaluation-psychosociale-des-patients-suspectes-davoir-un-tdah-article-2/
Accédez au podcast gratuit:


