L’anxiété scolaire chez les enfants de maternelle et du primaire est un phénomène répandu, touchant près de 20% des élèves, selon une étude menée en 2019 par l’Université Laval, qui relève que ces jeunes présentent des signes d’anxiété significative en milieu scolaire.
Cet état émotionnel peut se manifester de diverses façons, influençant autant la réussite académique que le bien-être social et émotionnel. Les causes sont souvent imbriquées, mais il est possible de les regrouper en quatre grandes catégories, illustrées ici par des exemples concrets, des données scientifiques et des pistes d’action adaptées aux enseignants, parents et éducateurs.
Facteurs relatifs à la performance et aux attentes scolaires
Selon le Centre de recherche en santé mentale de l’enfant (CRSME), environ 1 enfant sur 5 ressent une anxiété liée à la performance lors des évaluations. Parfois, les attentes parentales élevées exacerbent parfois cette pression. D’autres fois, c’est la comparaison entre enfants d’une même famille ou au sein de la classe qui est la principale source de stress.
La peur de l’échec scolaire est fréquente chez les élèves du primaire. Par exemple, Alex, élève en 2e année, s’inquiète plusieurs jours avant un contrôle de mathématiques, craignant de ne pas répondre correctement aux questions et de décevoir son enseignant.
Camille, 8 ans, se sent obligée d’obtenir des notes parfaites pour rendre ses parents fiers, ce qui l’amène à éviter de participer en classe par peur de se tromper. Le perfectionnisme personnel, quant à lui, pousse certains élèves à viser des objectifs trop ambitieux et à redouter la moindre erreur.
Lors d’un concours de lecture, Émile observe que ses camarades vont plus vite et se sent inférieur, ce qui diminue sa confiance en lui. Les difficultés d’apprentissage non identifiées, telles que la dyslexie ou le TDAH, génèrent aussi de l’anxiété: Sarah, 9 ans, n’arrive pas à suivre le rythme de la classe et redoute chaque dictée.
Enfin, la prise de parole en public ou les présentations orales, comme celle de Léa qui doit exposer un projet devant sa classe, sont des déclencheurs fréquents d’inquiétude. La gestion du temps et des échéances imposées, par exemple lorsqu’un élève oublie de remettre un devoir, crée un stress supplémentaire.
Voici quelques stratégies pratiques :
- valoriser les efforts plutôt que les résultats,
- offrir un accompagnement individualisé (tutorat, soutien en classe),
- adapter les attentes selon le profil de l’élève,
- participer à des ateliers sur la gestion du stress,
- encourager la préparation progressive des évaluations.
Le recours à des plans d’intervention personnalisés permet de réduire l’anxiété liée à la performance.
Facteurs sociaux et interpersonnels

L’environnement social influence fortement l’anxiété scolaire. Par exemple, Nathan, 7 ans, subit de l’intimidation verbale de la part d’un camarade, ce qui lui fait redouter la récréation. Selon Statistique Canada, près de 15 % des élèves du primaire rapportent avoir été victimes d’intimidation au cours de l’année scolaire.
La peur du rejet ou de l’isolement est aussi courante. Julie, nouvelle dans son école, craint de ne pas réussir à se faire des amis et évite de participer aux jeux collectifs. L’anxiété sociale se manifeste lors d’interactions, par exemple lorsque Félix hésite à lever la main de peur d’être jugé.
Les conflits avec les pairs, tels que des disputes ou des ruptures d’amitié, sont des sources de préoccupation. Un déficit d’affirmation de soi, comme la difficulté à demander de l’aide ou à poser ses limites, aggrave le malaise : Alice, 10 ans, n’ose pas dire à son enseignant qu’elle ne comprend pas un exercice.
Le changement d’école ou de classe représente un défi d’adaptation important. Par exemple, Samuel, transféré en milieu d’année, se sent désorienté et anxieux face à de nouvelles règles et visages.
Voici quelques stratégies pratiques :
- aider l’élève à s’affirmer de manière constructive et le soutenir s’il vit de l’intimidation,
- favoriser l’inclusion sociale par des activités de groupe,
- offrir un espace d’écoute,
- faciliter l’intégration des nouveaux élèves à l’aide de mentors ou de jumelages.
Facteurs liés à l’environnement et au quotidien
Certaines situations du quotidien scolaire contribuent à l’anxiété. L’anxiété de séparation est fréquente chez les plus jeunes : par exemple, Olivia, en maternelle, pleure chaque matin lorsqu’elle doit quitter sa mère pour entrer en classe.
Les transitions majeures, comme le passage du préscolaire au primaire, génèrent des inquiétudes chez plusieurs enfants, selon les travaux de l’Institut national de santé publique du Québec.
Un manque de routine ou de prévisibilité, tel qu’un horaire changeant ou l’arrivée d’un enseignant remplaçant, peut perturber la sécurité de l’enfant. Les bruits et stimulations sensorielles, comme ceux de la cafétéria ou des couloirs, entraînent parfois une surcharge : Hugo, hypersensible, se bouche les oreilles lors des déplacements en groupe.
Certains enfants ressentent des inquiétudes par rapport à l’environnement physique. Par exemple, la peur de se perdre dans l’école ou l’appréhension envers un local inconnu, comme le gymnase, peut provoquer de l’angoisse.
Voici quelques stratégies pratiques :
- instaurer des routines stables,
- préparer les enfants aux transitions par des visites guidées,
- utiliser des outils visuels pour clarifier les horaires,
- aménager des espaces calmes pour les élèves sensibles,
- offrir un accueil personnalisé lors des changements majeurs.
Facteurs personnels et familiaux manifestés en milieu scolaire

Certains facteurs d’anxiété prennent racine dans la sphère familiale ou personnelle mais se manifestent à l’école. Par exemple, après une séparation parentale, Lucas, 6 ans, devient inquiet et a du mal à se concentrer en classe. Un deuil ou une maladie grave d’un proche, comme la situation de Maya dont le père est hospitalisé, peut affecter son humeur et sa participation scolaire.
La surprotection parentale limite parfois l’autonomie : Clara, 5 ans, n’ose pas faire des activités sans l’aide d’un adulte. Une faible estime de soi, caractérisée par une remise en question persistante, engendre de l’anxiété : Tom, 11 ans, doute constamment de ses compétences et hésite à s’engager dans un nouveau projet.
Un tempérament anxieux ou des antécédents familiaux, comme la modélisation de conduites anxieuses par les parents, renforcent la vulnérabilité : par exemple, si les parents de Jade expriment souvent leurs propres inquiétudes, elle aura tendance à adopter les mêmes réactions face aux défis scolaires.
Voici quelques stratégies pratiques :
- soutenir l’autonomie et la résilience par des tâches adaptées,
- offrir un soutien émotionnel en accordant du temps d’écoute,
- soutenir la communication respectueuse au sein de groupes de parole,
- collaborer avec la famille pour assurer une cohérence dans les interventions.
Aller plus loin:
J. Monzée, L’Éducation pacifique, comment la science de la bienveillance peut guider les interventions auprès des enfants et des ados (2e édition), Lac Masson, IDEF, 2025.
J. Monzée, J’ai juste besoin de votre attention – Aider les enfants et les adolescents aux prises avec le stress et l’anxiété (2e édition), Québec, Éditions Le Dauphin Blanc, 2022.
J. Monzée, J’ai juste besoin d’être compris – Comprendre les comportements dérangeants des enfants et des adolescents pour intervenir avec bienveillance (2e édition), Québec, Éditions Le Dauphin Blanc, 2020.
J. Monzée, Et si on les laissait vivre? Québec, Éditions Le Dauphin Blanc, 2018.


