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Peut-on se laisser une chance?

Dans une lettre ouverte publiée par LE DEVOIR le 1er septembre, j’invite les adultes à prendre le temps avant de trop critiquer les écoles et les enseignants, tout en prenant en considération les réalités des adolescents…

Le Devoir – Les Coudes sur la Table

Le 12 mars, nos adolescents ont appris que leurs écoles allaient fermer. À ce moment-là, personne ne pouvait s’imaginer qu’ils ne reprendraient pas le chemin de l’école avant la fin du mois d’août, exception faite des cours offerts à distance.

Les effets collatéraux sur les adolescents

Certains ont travaillé dans des entreprises essentielles ou, depuis le début de l’été, pour compenser les effets pervers de la PCUE qui a offert aux cégépiens et aux universitaires des vacances payées. D’autres ont « sauvé des vies » en jouant aux jeux vidéo, en visionnant toutes les séries à la mode ou, encore, en clavardant pendant des heures. Combien d’entre eux ont vécu des ruptures amoureuses durant le confinement total ? Combien ont vu leurs parents se déchirer ? Combien ont été témoins des angoisses de leur entourage face au virus ? Combien ont consommé de la drogue ou de l’alcool pour ne pas toucher à leur propre détresse ? Bref, il est temps qu’ils retournent à l’école…

La Santé publique a ordonné des consignes sanitaires pour éviter l’engorgement des hôpitaux. Espérant que la propagation du virus s’estompe, elle a parlé du masque de bien des manières différentes avant de l’imposer. Et ces fameuses classes bulles que les enseignants redoutaient ? Puis, il y a eu les camps d’été, les clubs locaux de sport, les réunions de famille, les manifestations sans respect des consignes sanitaires… sans augmentation alarmante du nombre d’hospitalisations. Pourtant, les mesures étaient fixées dès juin dernier. Certaines écoles les ont respectées pour l’organisation de l’année 2020-2021 et ont essuyé diverses critiques. D’autres ont cru pouvoir organiser des activités parascolaires, comme dans la « vraie vie des gens hors des écoles ». Coincées par les mesures, elles viennent de comprendre que la Santé publique ne le permettait pas.

Depuis plusieurs jours, je prépare mes enfants à cette rentrée bizarre. Et une phrase qui revient souvent est : « Laissez une chance à vos profs, à votre école ! » Somme toute, les écoles doivent adopter des « règles » assez semblables à celles d’un l’hôpital, mais tellement éloignées de la culture scolaire. Peut-on leur reprocher d’avoir besoin de temps ? Bien sûr, le sport, les arts et autres programmes spéciaux sont précieux pour mobiliser les élèves. Et encore plus au secondaire qu’au primaire. Encore plus aujourd’hui, après cinq mois où les jeunes étaient « sur pause ». Et je comprends tellement les ados de ne plus rien comprendre.

Les enjeux médiatiques

J’ai le privilège de faire partie d’une table de discussion qui rassemble des expertises complémentaires pour soutenir le ministre de l’Éducation. Le 7 août dernier, il n’était nullement question de masques au primaire. Puis, Theresa Tam a fait une multitude de sorties de presse alarmistes pour encourager le port du masque dès 10 ans. Toujours est-il que le 10 août, la Santé publique a imposé le masque dès 10 ans. Que s’est-il passé entre le 7 et le 10 août ? Est-ce des scientifiques qui ont fait pression sur Horacio Arruda ? Est-ce que les syndicats sont montés aux barricades pour légitimement protéger leurs membres ? Peut-on seulement comprendre à quel point de nombreux adultes sont effrayés à l’idée de tomber malades ?

«Si nous critiquons les enseignants et les écoles, nos jeunes perdront leur courage», écrit l'auteur.
Photo: Adil Boukind Le Devoir «Si nous critiquons les enseignants et les écoles, nos jeunes perdront leur courage», écrit l’auteur.

Est-ce que les enfants et les ados sont porteurs et transmetteurs ? Les données scientifiques sont contradictoires. Est-ce que prévenir vaut mieux que guérir ? Est-ce qu’il est préférable d’attendre quelques semaines pour voir si une seconde vague se pointera le nez dans le courant du mois de septembre, le mois des rhumes et autres gastros ? Est-il préférable de tempérer les ados pendant encore quelques semaines, plutôt que de prendre le risque que des foyers d’éclosion apparaissent d’une manière envahissante parce que nous aurions été téméraires ?

Choisir la bienveillance pour parler à nos ados, autant de leurs réalités que de celles des enseignants

Je suis plein de compassion pour les ados ignorés depuis des mois. Plusieurs de mes jeunes patients ont manifesté leur désappointement devant l’annulation de leur option pour l’année. Ils ont peur que leur motivation ne tienne pas la route. Ils auront donc besoin d’adultes solides autour d’eux : parents et équipe-école. Si les adultes sont sereins, les jeunes auront plus de chance de rester mobilisés. Si nous critiquons les enseignants et les écoles, nos jeunes perdront leur courage. Nous devons appuyer les profs comme on a soutenu les « anges » durant le printemps. Et s’ils ont peur de tomber malades, peut-on leur donner une chance et tempérer nos critiques ?

Les mesures sanitaires ont certainement permis d’éviter l’engorgement des hôpitaux. Soit. Par contre, les effets collatéraux sont de plus en plus intenses. Il va falloir que, à un moment ou un autre, nous nous posions collectivement des questions pour savoir si la fin justifiait les moyens… D’ici là, serrons-nous les coudes, car notre communauté québécoise en sortira plus solidaire et mieux préparée pour affronter la probable crise économique qui s’en vient…

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