La sous-réactivité (2/4): Que se cache-t-il derrière la gêne chez les jeunes enfants ?

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À la petite enfance, le défi pour l'enfant est de trouver le bon équilibre entre son besoin de découvrir le monde et son besoin d'être en lien. Qu'en est-il des enfants qui sont sans cesse en train de se cacher derrière les jambes de leurs parents lorsqu'ils sont en visite chez des amis ? Ou qu'en est-il des enfants qui refusent de parler ou de dire bonjour à grand-papa ? Pour mieux comprendre les comportements sous-réactifs chez les jeunes enfants, nous vous proposons de lire l'histoire de Maélie et de sa famille.

Les parents de Maélie se questionne sur la gêne de leur fillette lorsqu’ils vont dans une fête de famille ou chez des amis pour un souper. Ils comprennent bien que leur fille soit timide dans un magasin ou une activité où il y a plein d’inconnus, mais pourquoi est-ce si intense lorsqu’ils sont en famille?

En effet, Maélie connait bien toutes ces personnes. Elle les aime. Elle se laisse garder par l’un ou l’autre selon les circonstances.

ELLE EST INCAPABLE DE DÉCOLER DES JAMBES DE SES PARENTS

Cependant, son attitude est toute différente lorsqu’il y a plusieurs personnes. Une fois arrivée à destination, elle ne veut pas quitter les bras de son parent. Elle enfouit son visage contre le torse de papa ou s’accroche aux jambes de maman. Elle refuse de dire bonjour et se cache le visage.

Par la suite, elle fait tout ce qu’elle peut pour éviter d’entrer en contact avec qui que ce soit. Elle communique alors en faisant des sons plus que des mots.

Ce ne sont pas des comportements particulièrement dérangeants, mais c’est dommage pour Maélie car, au moment où elle commence à vouloir aller vers les autres enfants de la famille, il est déjà le temps de partir ou… presque.

Parfois, c’est difficile pour les parents de partager leur « bulle » avec leur fille toute la soirée. Ils aimeraient qu’elle aille jouer avec ses cousins et cousines. Qu’elle ose s’envoler. Qu’elle soit plus autonome.

Et puis, ils aimeraient discuter entre adultes, sans que de jolies petites oreilles ne viennent écouter ce qu’ils ont le goût de partager avec leur propre fratrie. Ils ne veulent pas s’impatienter, mais ils aimeraient, eux aussi, pouvoir profiter de la soirée sans devoir prendre soin de leur fillette.

Et puis, le plus difficile. Ils trouvent délicat de composer avec les commentaires, parfois déplacés, des autres adultes.

Les parents de Maélie l’encouragent continuellement. Ils essaient de la rassurer en lui disant qu’elle n’a pas à être gênée. Ils insistent pour qu’elle leur dise bonjour ou pour qu’elle donne un câlin à l’un ou l’autre…

Ils essaient aussi de la distraire et de la dégêner en la chatouillant. Ils essaient de capter son regard et lui faisant une grimace comique. Ils essaient de dédramatiser ou lui promettent une surprise si elle fait l’effort d’aller jouer avec les autres enfants.

Rien n’y fait. Plus ils insistent, plus elle prend du temps à sortir de sa gêne.

Quoi faire pour accompagner Maélie dans sa timidité ?

• Qu’est-ce qui se cache sous cette gêne ?

• Un problème de socialisation ? Une insécurité ?

• Cela fait-il parti de son développement normal ou cela peut devenir un problème ?

DU TEMPS ET UN ENVIRONNEMENT BIENVEILLANT ET SÉCURISANT POUR MAÉLIE

Un moment passé chez une amie à aider les parents de Maélie à tenter une nouvelle approche face à la gêne de leur fille.

Lorsqu’ils sont arrivés chez Claudia, Maélie a fait les mêmes comportements qu’à son habitude.

Claudia a dit bonjour à Maélie et elle lui a dit qu’elle était contente de la voir.

Sans plus.

Plus tard, elle a dit à Maélie qu’il y avait des livres pour elle et qu’elle pouvait les prendre sans problème.

Sans attendre une réponse en retour.

Maélie a pris beaucoup moins de temps pour sortir de sa gêne.

Elle n’a pas parlé à Claudia mais elle est sortie de la bulle de sa maman et elle a joué près d’elle en lui parlant comme elle sait le faire.

• Est-ce une coïncidence ou y a-t-il une raison à ce changement d’attitude ?

Maintenant, lorsque la petite famille vont chez des amis, ils avisent les autres adultes que Maélie a besoin de temps pour s’adapter avant d’aller jouer, qu’il vaut mieux lui laisser le temps qu’elle a besoin pour être à l’aise et qu’elle ira jouer quand elle se sentira prête.

Ce n’est pas toujours facile de prendre position face aux autres adultes.

Toutefois, ils le font pour leur fille et ils savent que c’est ce dont elle a besoin: du temps pour s’adapter et une présence bienveillante et sécurisante auprès d’elle.

Retenons que…

1) Lorsque l’enfant est gêné, il se retrouve immobilisé. C’est la réponse à un stress, à un inconfort ou à une peur. L’enfant a donc besoin d’être sécurisé.

2) Un lien de confiance est primordial avec l’enfant pour l’aider à tolérer sa gêne, puis se mobiliser tout doucement.

3) Même lorsqu’il se referme sur lui-même, il a besoin d’être vu, entendu et compris pour se donner le droit d’être.

4) Un environnement bienveillant va contribuer, en accompagnant l’enfant pas à pas, à apaiser ce dernier face au stress qui l’envahit et à créer des situations où il se sent rassuré au fur et à mesure de ses expériences.

5) Éviter les paroles telles que: « Tu es dont bien gêné ! », « As-tu perdu ta langue ? ». Elles renforcent le doute et l’insécurité de l’enfant.

6) Dans la petite enfance, soit de 18 mois à 4-5 ans, le défi pour l’enfant est de trouver le bon équilibre entre son besoin de découvrir le monde et son besoin de lien. Il est donc normal qu’en présence d’autres adultes, dans un environnement qui n’est pas le sien, que l’enfant ait besoin de temps et de se sentir en sécurité pour s’éloigner des parents.

7) Respecter le rythme de l’enfant et respecter son besoin d’être en lien est important afin qu’il se sente apaisé.

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