Est-ce qu’un psychologue peut faire du coaching?
Professionnel de la santé

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Est-ce qu’un psychologue peut faire du coaching? La syndique-adjointe Valérie Drolet a questionné, sous forme de reproches, 100% des psychologues et psychothérapeutes que je connais lorsqu'ils étaient sous enquête, dont moi-même! Cette neuropsychologue, diplômée en 2015 et devenue syndique-adjointe dès 2020, s'inquiète lorsqu'un professionnel effectue du coaching ou de l'éducation psychologique. Pris au dépourvu, les professionnels ne savent pas trop quoi répondre, tellement la réponse est évidente... Par crainte de représailles, plusieurs ont abandonné leur projet de démocratisation des outils utiles pour développer - de manière éducative - de saines habitudes de vie affectives et sociales. Toutefois, qu'en est-il vraiment? Est-ce interdit, toléré ou autorisé par l'Ordre?

J’effectue de la supervision clinique et de la formation pour des professionnels de la santé et des intervenants psychosociaux depuis plus de 25 ans. Plusieurs ont choisi de démocratiser les services éducatifs en psychologie pour permettre aux citoyennes et citoyens de disposer de points de repère cohérents pour construire leur part de bonheur.

Toutefois, j’ai constaté que la question de la pratique du coaching, souvent avec des moyens vidéo (qui plus est depuis le début de la crise sanitaire), par des professionnels dûment inscrits au tableau de leur ordre revient régulièrement quand un membre présent sur le Net est sous-enquête après un signalement, fréquemment rédigé par un « collègue » ou un « concurrent ».

D’ailleurs, j’en ai fait les frais d’ailleurs en 2017 lorsqu’une coache, furieuse que je ne veuille plus travailler avec elle, a déposé une plainte à mon égard. Vengeance? Nuire à un concurrent? Méchanceté gratuite? Se sent-elle menacée face au contenu que je présentais? Il n’y a pas eu d’accusations, mais les propos méprisants de la syndique-adjointe Pascale Doucet ont créé un point de rupture.

Dans un premier temps, j’ai remis en question mon implication sur le Net: est-ce que je reste disponible en virtuel ou je « rentre dans le rang » pour éviter des représailles? Heureusement, une discussion avec Rose-Marie Charest, l’ancienne présidente de l’Ordre, m’a convaincu de poursuivre ma démarche de démocratisation, ne serait-ce que pour offrir des contenus de meilleure qualité que ce qui se trouve sur le Net, notamment en regard de cette « ex-collaboratrice. »

Mon expérience personnelle

Depuis que Valérie Drolet, neuropsychologue, a été recrutée en 2020 par le bureau du syndic de l’Ordre des psychologues, cette question a été posée à tous les psychologues et psychothérapeutes qu’elle a rencontré lors d’enquêtes menées à la suite d’un signalement effectué par un individu, souvent un concurrent ou un collègue.

Je l’ai vécu lors de ma cinquième et dernière enquête en mai 2022. La syndique-adjointe m’a questionné sur ma pratique en coaching d’affaires (interventions en entreprise) et coaching parental (visioconférences). Le sourire narquois et le ton sarcastique, elle s’inquiétait de ma pratique en dehors de mes activités en psychothérapie.

À cela, je lui ai répondu: « vous savez, Madame, si je n’avais pas de permis de psychothérapeute délivré par l’Ordre des psychologues, je devrais faire attention à ne pas empiéter sur les actes réservés. En revanche, je dispose [encore à ce moment-là] d’un permis, donc je n’ai même pas à m’en inquiéter tant et aussi longtemps que je respecte le code de déontologie. »

Somme toute, la psychothérapie est définie sur la base d’actes réservés déterminés par la Loi 21, mais le coaching ne demande aucun permis particulier et il est tout à fait autorisé à un professionnel de pratiquer différentes formes d’interventions, si cela est indiqué dans le respect de l’intégrité du client, pour aider celui-ci à développer sa part de bonheur.

Comme je l’ai déjà mentionné, je suis solide sur le plan scientifique et clinique, mais j’anime aussi des formations et de la supervision clinique. Pour ce faire, je dois maîtriser le code de déontologie pour ne pas enfreindre les règles, mais aussi les règlements. Et quand j’hésitais, du temps où je détenais un permis, je téléphonais à l’Ordre pour avoir une clarification d’une règle en regard d’un contexte particulier.

Les règles du jeu au sein de l’Ordre des psychologues

Il faut, d’abord, se rappeler que l’Ordre des psychologues diffuse une formation spécifique et qu’il existe un document de référence coopté par plusieurs ordres professionnels pour aider les praticiens à respecter la législation du Québec et éviter de basculer – pour les non-détenteurs de permis – dans la pratique illégale.

Ces dernières années, cette question a donc été posée à plusieurs détenteurs de permis délivrés par l’Ordre des psychologues. En effet, plusieurs membres ont voulu autant démocratiser l’accès aux services de soutien (relation d’aide et enseignement) pour la population qu’offrir un contenu de qualité pour réduire les risques que les personnes vulnérables ne soient trop influencées par des individus sans scrupules.

Fondamentalement, le permis de pratique donne l’autorisation d’exercer des actes réservés, mais n’empêche pas le professionnel d’effectuer des tâches non-règlementées. Quelque part, un psychologue peut peindre ou écrire un roman, même érotique, sans pour autant contrevenir aux règles de l’Ordre.

Il faut toutefois qu’il fasse attention à l’usage de son titre dans une activité qui n’est pas reliée à sa pratique et, dans cet exemple (écrire un roman), il serait souhaitable d’avoir un « nom d’artiste ». Les personnalités publiques doivent aussi faire attention, car leur vrai nom est associé au nom associé au permis.

Concrètement, un coach ne peut pas faire de la psychothérapie (exercice illégal), mais un psychologue ou un psychothérapeute peut effectuer certaines activités associées aux pratiques du coaching. Les règles du Code de déontologie reste d’application notamment et surtout en matière de confidentialité du contenu du dossier clinique, mais le syndic Denys Dupuis reconnaissait que cette pratique répondait à des besoins qu’un psychologue peut considérer dans sa pratique thérapeutique.

C’est ainsi que le développement des saines habitudes de vie, la parentalité bienveillante ou la mise en place d’une discipline d’apprentissage scolaire font plus partie de l’univers du coaching que de la psychothérapie, mais le psychologue peut guider son patient sans se mettre en défaut si c’est demandé par la personne, tout en la référant à un autre professionnel si un acte réservé était requis. Encore faut-il comprendre le champ d’expertise connexe pour agir avec discernement.

La pratique en visioconférence modifie l’offre de services

Durant la crise sanitaire, on a vu un nombre non-négligeable de professionnels qui ont quitté le Québec. Pour certains, c’était pour vivre dans un environnement plus serein, pour d’autres c’était pour des raisons familiales, alors que la pratique de la psychothérapie s’est transformée grâce à l’amélioration des technologies de visioconférence.

Le confinement a forcé de nombreuses personnes à recourir au suivi thérapeutique en virtuel, ce qui a créé une habitude malgré les résistances initiales. Ainsi, les interventions en virtuel sont devenues courantes et les thérapeutes peuvent voyager tout en maintenant l’accompagnement de leur clientèle.

Cela peut donc être pertinent pour offrir des services en visioconférence ou des programmes d’accompagnement d’une clientèle bien cernée, tant et aussi longtemps que le thérapeute reste attentif à ne pas basculer dans les actes réservés d’une autre corporation que la sienne et qu’il respecte les différentes législations.

En d’autres mots, il faut des permis si la pratique est légiférée dans le pays où se situe le thérapeute et où vit le patient. L’exemple le plus intéressant, c’est celui du psychologue Marc Pistorio qui pratique, en présentiel et en virtuel, en Californie, en France et au Québec. S’étant renseigné sur les législations locales, il a effectué les démarches nécessaires pour disposer dès lors de trois permis de pratique de la psychothérapie.

D’autres se sont vu imposer de conserver leur permis du Québec, et ce, même s’ils déménageaient de manière définitive dans un autre pays, mais poursuivaient leurs activités via les outils virtuels. Ce qui est normal, puisqu’ils accompagnent en psychothérapie des personnes au Québec. En revanche, le coaching n’est pas encadré, même si le professionnel doit respecter en tout temps les règles de l’art.

Par exemple, une personne détentrice d’un permis délivré par l’Ordre des psychologues s’est elle-même vue enjointe de maintenir son affiliation pour poursuivre en virtuel, au départ d’un pays européen où elle réside désormais, ses patients vivant au Québec. Elle a doit donc disposer de deux permis, celui du Québec et celui de son pays de résidence actuelle pour éviter d’être poursuivie pour avoir pratiqué un acte réservé au détenteurs de permis.

Il faut savoir que ces règles d’usage sont également de circonstance quand un professionnel organise une retraite dans un pays avec un groupe de personnes autochtones ou en voyage de développement personnel.

Force est de constater qu’au cas où un professionnel de la santé pratiquerait dans un pays sans permis dans ce pays, il se mettrait probablement à risque si la pratique corporative est balisée comme dans les pays occidentaux.

C’est ainsi qu’on peut faire l’hypothèse que les pratiques du coaching et de la relation d’aide deviennent dès lors essentielles pour respecter les législations en place dans le pays hôte si le professionnel ne dispose pas du permis clinique ad hoc.

Par ailleurs, le travail des résistances au changement reste autorisé comme pratique usuelle du domaine du coaching, comme le font d’ailleurs les praticiens en PNL au départ dans le monde des affaires, puis auprès du grand public.

La Loi 21 a défini les actes réservés aux détenteurs de permis de psychothérapeute

Depuis 2012, il faut bien distinguer les différents niveaux de pratiques tel le coaching, l’intervention en situation de crise (ponctuelle), la relation d’aide et la psychothérapie. Seul le dernier niveau est soumis au concept d’actes réservés.

Huit ordres professionnels accordent directement (Collège des médecins et Ordre des psychologues) ou indirectement (via l’Ordre des psychologues) un permis autorisant la pratique de la psychothérapie.

Plusieurs documents ont été rédigés grâce à une collaboration (tardive) impliquant les ordres professionnels concernés pour éviter qu’une personne, non-détentrice d’un permis, ne transgresse la Loi et s’aventure dans les actes qui ne lui sont pas permis.

L’inverse n’est pas similaire, même si – comme l’explique l’ancien syndic Dupuis, le professionnel doit respecter les règles déontologiques de son ordre.

Cela dit, on peut présumer qu’un professionnel disposant d’un doctorat a été dûment formé pour lire la littérature, comprendre les rudiments du protocole de recherche utilisé et intégrer les nouvelles connaissances afin d’augmenter son expertise professionnelle. 

Considérant cette expertise développée normalement avec soin, et mise régulièrement à jour, il est clair qu’un psychologue ou un psychothérapeute peut pratiquer du coaching, que ce soit en entreprise, en bureau ou en virtuel.

On ne peut donc que s’inquiéter des motivations de la syndique-adjointe Drolet quand elle questionne les membres derrière les portes closes de son bureau d’enquête, mais encore plus des raisons pour lesquelles elle poursuit Geneviève Labonté-Chartrand pour sa pratique en coaching peu avant, mais surtout depuis qu’elle a abandonné son permis de psychologue.

Bien sûr, Geneviève aborde des thèmes qui remettent en question les théories SOR et la psychométrie. Comme moi. Comme d’autres neuropsychologues et psychologues.

Cependant, est-ce pour protéger le public que cette syndique-adjointe questionne systématiquement les membres qui produisent des vidéos? Ou, plutôt, est-ce que l’autonomie des personnes pourrait obliger une réorientation des modèles d’affaires qu’elle semble vouloir protéger?

Remarque

Si j’expose les comportements de Mme Drolet, comme je dénonce d’autres enquêteurs dans de précédents textes, c’est parce qu’il faut exposer les situations abusives que rencontrent trop de psychologues et neuropsychologues, ainsi que de psychothérapeutes.

L’abus ne peut s’opérer que parce que cela se passe dans l’ombre. En mettant en lumière les enquêtes hors-mandats, cela permet tant aux journalistes qu’au public de se questionner en regard de ces institutions vouées à la défense du public.

En effet, certains membres des bureaux de syndic utilisent leur autorité omnipotente pour nuire aux professionnels qui remettent en question des théories devenues désuètes, alors que chaque citoyenne et citoyen du Québec a le droit de disposer de soins psychothérapeutiques à la hauteur des connaissances réactualisées.

Je ne donne pas d’avis juridique: ce n’est que de l’information transmise au départ des documents disponibles publiquement et des expériences que j’ai vécues ou qui m’ont été rapportée en formation ou en supervision.

En revanche, il faut comprendre que les professionnels qui subissent des enquêtes, parfois hors-mandats, doivent comprendre au mieux les règles du jeu pour être en mesure de répondre adéquatement et réduire le risque d’avoir à se défendre devant un Conseil de discipline.

La clé, c’est de maîtrise le code de déontologie et les règles énoncées dans les articles ou textes du site de leur ordre professionnel. Les professionnels sont ainsi en mesure de valider leurs propres décisions durant leur pratique, mais aussi améliorer la qualité de leur démarche réflexive pour être cohérent avec les valeurs éthiques.

Et s’ils doutent de leur positionnement, il faut se rappeler que chaque ordre professionnel dispose d’un service pour aider le membre à faire des choix en adéquation entre la situation et les règles de l’art. Personne n’a le droit d’ignorer les textes régulateurs.

Aller plus loin

  • https://www.ordrepsy.qc.ca/quelles-sont-les-activites-reservees-aux-psychologues et https://www.ordrepsy.qc.ca/web/ordre-des-psychologues-du-quebec/-/le-consensus-interordres-sur-l-exercice-de-la-psychotherapie
  • https://www.ordrepsy.qc.ca/documents/26707/63191/Ce+qui+est+ou+ce+qui+n%27est+pas+de+la+psychoth%C3%A9rapie+-+les+enjeux
  • Guide explicatif – 12013_12_Guide_explicatif_Projet_de_loi_21
  • D. Dupuis, Coaching et déontologie, Psychologie Québec, Novembre 2007:9

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