axes de recherche
« Alors que j’avais 13-14 ans, ma professeur de biologie nous a exposé une séquence de cours sur le fonctionnement du cerveau à travers l’évolution phylogénétique des espèces. Au même moment, la télésérie « Pause Café » m’inspirait ma vocation comme intervenant en santé mentale… Depuis lors, chaque fois que ces éléments se présentaient à moi, mon engouement me confirmait les orientations que j’allais prendre dans ma carrière.
Même si, pour différentes raisons, le chemin ne fut pas une ligne directe, chaque expérience professionnelle m’a permis de dégager de nouvelles compréhensions des phénomènes biologiques et humains que j’essaie d’intégrer autant dans la recherche fondamentale ou appliquée que dans les connaissances que j’essaie d’intégrer et de traduire pour faciliter une meilleure compréhension des ressources affectives, cognitives et sociales des jeunes et des moins jeunes. Un pied dans la recherche, un pied sur le terrain, des allers-retours continus pour assurer la pertinence de mes interventions en formation. »
créer un climat scolaire positif
Les troubles en santé mentale et les difficultés d’apprentissage sont de plus en plus fréquents chez élèves en maternelle, au primaire et au secondaire. Or, les évaluations psychométriques ciblent davantage les déficits que les forces, sans nécessairement outiller les intervenants pour orienter la direction scolaire ou thérapeutique. Conséquemment, l’usage des psychotropes se répand au détriment des interventions psychosociales. Menées au Québec et en Alberta, ces recherches contribuent autant à la validation de pratiques éducatives et thérapeutiques psychomotrices qu’à l’exploration du processus de maturation des habiletés affectives : (A) exploration de la pertinence d’une pratique d’intervention de soutien au développement auprès d’EHDAA; les résultats qualitatifs ont montré une réduction des comportements d’opposition, d’hyperactivité et d’inattention, ainsi qu’une meilleure disponibilité à l’apprentissage; (B) adaptation auprès de petits groupes d’EHDAA de la pratique psychomotrice en termes d’outils d’intervention aux cycles du primaire; (C) identification d’indicateurs quantitatifs et développement d’un protocole de recherche de type mixte pour mesurer l’impact des pratiques psychomotrices en milieu scolaire auprès d’une centaine d’enfants; (D) identification des effets d’un programme psychomoteur auprès d’EHDAA et identification de nouveaux indicateurs tenant compte de la variation des comportements des enfants dans des groupes largement hétérogènes; (E) développement de stratégies d’intervention basées sur une meilleure compréhension des émotions des élèves et sur l’accompagnement des membres d’équipes éducatives; (F) recherche-intervention auprès de famille pour réduire les risques de violence éducative et prévenir les traumas complexes. Enfin, une subvention d’Alberta Éducation (G) a permis d’explorer différentes stratégies de formation continue des membres des écoles éloignées dans le but de mieux soutenir la qualité des ressources en santé mentale des élèves francophones.
Ces recherches contribuent à améliorer la qualité des interventions éducatives et thérapeutiques auprès d’EHDAA pour accroître leur disponibilité aux apprentissages et réduire le décrochage scolaire.
En outre, elles offrent des cadres théoriques et des pistes de réflexion éthique pour favoriser l’adéquation des plans de traitement proposés aux jeunes en difficultés personnelles, sociales et scolaires pour prévenir les traumas complexes.
Depuis 2026, des manuels pédagogiques intégrant les pratiques éducatives en santé mentale positive aux intentions pédagogiques pour le maternel, le primaire et le secondaire, sont publiés.
Ces recherches contribuent aux processus de réflexion et de décision ministériels en termes de développement de programmes ou de règlementations, mais aussi de l’organisation des soins pour les EHDAA en milieu scolaire ou en santé mentale.
la santé mentale intégrative
Depuis 1999, plusieurs projets explorent les comportements à risque ou les problématiques éthiques chez les professionnels de la santé et de l’éducation. Ainsi, des professionnels de la santé, journalistes, régulateurs, décideurs et parents sont rencontrés afin de dégager les perceptions, les archétypes comportementaux et les conditions de travail à risque, selon trois secteurs : (A) l’utilisation de médicaments pour améliorer la performance sportive, (B) l’utilisation de médicaments pour améliorer la performance scolaire; (C) la qualité du respect de la confidentialité du dossier médical chez les enfants et (D) l’impact du contexte de travail sur la qualité des interventions et du sens de l’éthique chez les professionnels, mais aussi (E) les dérives des processus disciplinaires dans le cadre de la modernisation de la Loi des professions du Québec. Par ailleurs, la perception de l’éthique et de la responsabilisation sociale des professionnels (chercheurs, promoteurs, régulateurs, critiques) durant le processus de recherche, de développement et de mise en marché de produits biotechnologiques est questionnée dans les secteurs (F) de la bio-ingénierie, (G) de la pharmacologie et (H) des neurosciences. Ces recherches ont permis de dégager les dynamiques de régulation des milieux professionnels, les valeurs éthiques véhiculées, les besoins des professionnels pour supporter les démarches éthiques, etc.
Ces recherches dégagent des pistes contribuant à la démarche réflexive des cliniciens pour mieux protéger les personnes vulnérables. Elles sont utilisées autant dans le processus de formation continue que la supervision clinique, tout en faisant éventuellement l’objet de publications scientifiques.
Ces recherches ont notamment été utilisées dans le cadre des différentes réflexions touchant la pharmacologie, les neurosciences ou les nanotechnologies par l’Agence anti-dopage mondiale, la Commission de l’éthique, de la science et de la technologie, ainsi que par l’Institut international en bioéthique.
Plus récemment, un rapport de recherche analysant le nombre de prescriptions de psychotropes (psychostimulants, antidépresseurs et antipsychotiques) chez les 0-26 ans entre 2003 et 2022 a proposé une cinquantaine de recommandations au gouvernement du Québec.
En outre, ce rapport a fait l’objet de publications scientifiques avec révision des pairs notamment dans la revue de l’Association européenne de médecine pour développer un nouvel axe de recherche et d’intervention clinique: « la psychiatrie intégrative. »
des fonctions neurologiques
Les théories en psychologie sont souvent basées sur des études observant les êtres humains, alors que les études en neuropsychologie distinguent mal l’implication des structures sous-corticales, ce qui occulte des processus neurologiques importants en termes de régulation des comportements et d’émergence de symptômes psychiatriques. Après des études menées chez l’être humain pour explorer la perte des récepteurs articulaires à la suite (A) d’une arthroplastie de la hanche ou (B) une désafférence permanente ou transitoire des sensations cutanées pour mieux comprendre le rôle de la réafférence sensorielle pour planifier et corriger le mouvement, le but des recherches en neurophysiologie était de mieux comprendre l’interaction neurophysiologique entre les neurones. Le rôle des noyaux cérébelleux dans la préhension était mal connu, alors que plusieurs études rapportaient des données contradictoires. (C) Des enregistrements cellulaires et (D) des inactivations transitoires ont été effectués chez des singes pour déterminer leurs rôles dans le contrôle du mouvement digital. Ces recherches ont notamment clarifié le rôle du cervelet dans la correction et l’anticipation d’erreurs de mouvement, mais aussi son implication probable dans les processus attentionnels et émotionnels. (E) Depuis, ces connaissance sont intégrées pour poursuivre les travaux de Jacques Paillard, pionnier dans la documentation de l’organisation séquentielles des fonctions affectives et cognitives de l’être humain, en intégrant notamment les théories d’Allan Shore (développement affectif), de Stephen Porges (système polyvagal) et de Gert Hostege (3e système moteur).
Cette recherche souligna l’importance d’une réafférence continue pour permettre au cerveau d’utiliser la mémoire motrice, mais contribua également, avec les premières expériences menées, à réactualiser le modèle neuroscientifique soutenant les pratiques d’intervention psychocorporelle et psychomotrice.
En outre, ces recherches ont permis de réactualiser et de compléter les modèles théoriques transdisciplinaires intégrant les connaissances neuroscientifiques soutenant la pratique éducative et thérapeutique en psychomotricité, afin de sortir des clivages corps/psyché.
Ces recherches permettent de questionner les modèles dominant des neurosciences cognitives qui, malheureusement, ne tiennent pas assez compte des fonctions affectives et sociales dans la compréhension des comportements humains et des troubles mentaux.
pour favoriser les apprentissages
Cette recherche a été menée dans le cadre du premier cycle pour développer un sentiment d’appartenance des élèves dans leur région, afin de soutenir leur estime de soi et stimuler leur motivation intrinsèque, base de la persévérance scolaire. Il s’agissait d’intégrer, au sein d’un projet de découverte de la région où vivent les élèves de 4e, 5e et 6e années primaires, des intentions pédagogiques touchant les autres disciplines et matières enseignées afin d’améliorer le bien-être et l’estime de soi pour favoriser la motivation intrinsèque des élèves. Dans un premier temps, l’idée a été explorée dans le cadre du mémoire de fin d’études (expérimentation dans trois groupes d’élèves), puis un groupe de chercheurs s’est constitué pour optimiser la démarche et l’outil développé (expérimentation dans six classes).
Cette recherche-intervention a permis de cibler des stratégies pédagogiques favorisant l’intégration transdisciplinaire des matières enseignées au deuxième et troisième cycles du primaire.
Les outils ont été publiés et ont été rendus disponibles gratuitement pour les écoles de la région du Condroz Liégeois.