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Rattrapage scolaire: ne pas se tromper de priorités!

Parue le 15 août 2020 dans le Journal de Québec et le Journal de Montréal, cette lettre ouverte invite les adultes à prioriser les besoins affectifs des enfants et des adolescents avant d’envisager la performance scolaire.

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Ne pas se tromper de priorités

Alors que nous avons été informés des mesures sanitaires et organisationnelles qui concernent la rentrée scolaire des élèves du préscolaire, du primaire et du secondaire, il est primordial que nous considérions la santé mentale des jeunes et des moins jeunes qui vont reprendre le chemin de l’école dans quelques jours.

Le réflexe qu’on voit apparaître dans de nombreux discours, c’est la volonté de «rattraper le temps perdu» au printemps dernier. Or, une volonté de faire en 9 mois ce qu’on aurait dû faire en 12 mois me paraît hasardeux.

Bien sûr, les apprentissages cognitifs sont importants. Ils contribuent à l’autonomie et l’émancipation des personnes. Ils contribuent à développer des expertises qui, un jour, permettent au jeune de prendre sa place dans la société. Ils sont essentiels à la maturation de leur cerveau. Aucun doute.

Toutefois, l’expérience émotionnelle vécue depuis le début de la pandémie peut perturber les apprentissages.

Prendre en considération les besoins affectifs

Il y a des enfants qui ont très bien vécu le confinement, bien entourés par leurs parents. Il y en a aussi qui ont pu bénéficier d’apprentissages en petits groupes en fin d’année et qui ont vu leurs capacités se déployer. Le retour dans une classe de 20 à 35 élèves sera peut-être un défi pour certains.

Il y en a d’autres qui ont vu leur défis s’accroître dans leur famille: violence, négligence, conditions économiques difficiles, réactivités face aux mesures sanitaires, deuils, pertes d’amis ou ruptures amoureuses, etc. Toutes ces conditions seront des facteurs de vulnérabilité tant en termes de disponibilité aux apprentissages scolaires qu’en termes d’habiletés émotionnelles et sociales.

Ces conditions pourraient faire apparaître des comportements facilement identifiables à travers une lecture psychiatrique des comportements, alors qu’ils ne seront peut-être que le reflet d’un mal-être et d’un mal-de-vivre somme toute tout à fait normal au vu des conditions de vie depuis 6 mois.

Il sera important d’oublier pendant quelques mois les processus diagnostiques et la médicalisation de leurs défis pour favoriser, dès que possible et dans les écoles, des interventions psychosociales de support, tant auprès des jeunes que des enseignants et leurs collègues.

Cela ne veut pas dire qu’un enseignant ne devrait pas proposer des apprentissages scolaires, mais ils ne devraient pas être priorisés lorsqu’un ou plusieurs élèves sont en difficulté sur le plan psychologique ou, simplement, dans la gestion de leurs émotions.

Et si l’enseignant est aux prises avec des exigences de « rattrapage » rapide du « temps perdu au printemps », il risque de s’adapter, puis de finir par s’épuiser. Ce sont les aspects purement humains que nous devons prioriser dans les prochains mois.

Relâcher la pression pour prendre soin de soi et d’autrui

Pour éviter le décrochage tant des élèves que de leurs professeurs, il est urgent que nous diminuions la pression que nous pouvons mettre en termes de performance scolaire. Il y a les attentes ministérielles, mais aussi celles des parents envers les enseignants qui accueilleront dans les prochains jours leurs enfants et leurs adolescents.

Il est urgent de réduire cette pression de performance scolaire. Stimuler la motivation et l’implication des jeunes peut se faire sans avoir besoin d’orthonormer les apprentissages qui ressembleraient plus à une préparation aux jeux olympiques qu’à un développement global et respectueux des besoins des jeunes.

J’espère de tout cœur que nous pourrons suspendre les examens du ministère pour deux années. Que les enseignants et leurs élèves auront des ressources pour être accompagner tant sur le plan psychologique que pédagogique. Que les CLSC pourront déléguer du personnel qui pourra soutenir les équipes éducatives et prendre soin des élèves vulnérables. Que les dogmes universitaires soient moins présents pour permettre aux enseignants de conduire leur classe vers la persévérance de leurs élèves et vers la réussite, en temps et lieu, des objectifs ministériels.

L’expérience humaine a été évacuée depuis des mois pour gérer administrativement la crise sanitaire. Malheureusement, la logique administrative se justifie peut-être sur le plan de l’organisation des services sanitaires, mais elle s’est désintéressée des aspects humains.

Espérons que, désormais, nous puissions prendre en compte ce qui nous permet de vivre ensemble, de partager et de soutenir celui qui en a besoin… Pas juste en termes de santé physique, mais aussi et surtout de santé psychologique.

Qu’on se le dise : un jeune qui se sent sécurisé en classe, qui a mangé à sa faim, qui est apprécié dans son cercle d’amis et qui évolue dans une école offrant des conditions gagnantes sur le plan affectif sera plus heureux et plus disponible aux apprentissages scolaires. Cela réduira la pression sur toute l’équipe-école, mais aussi celle sur les parents au retour de la journée de classe!

Prenons le temps, diminuons la pression de performance et explorons d’autres stratégies pour motiver les élèves… surtout auprès des plus vulnérables…

Joël Monzée, Ph.D.
Docteur en neurosciences

Aller plus loin

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Par ailleurs, une série de textes remettent en question l’usage des diagnostics en santé mentale pour expliquer les défis que certains élèves rencontrent sur les bancs d’école. À lire avant d’imaginer qu’un jeune a un trouble psychiatrique d’origine génétique…

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