L’éthique bafouée: un poison civique

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En ce moment, deux principes éthiques sont bafoués: (1) ne pas nuire et (2) favoriser le consentement libre et éclairé en toute connaissance de cause

Tout en réaffirmant mon soutien aux mesures sanitaires pour protéger les personnes vulnérables, j’explique mes inquiétudes d’ordre éthique par rapport à l’avis remis par l’INSPQ…

Je ne suis pas fan à l’idée d’exposer mon background, mais cela a tout son sens aujourd’hui pour comprendre ma prise de position. J’ai fait un post-doctorat en éthique appliquée à la santé (2003-07) et reçu la bourse postdoctorale la plus prestigieuse au Canada (1er/401 candidats en 2005), publié des notes de recherche et articles scientifiques (2003-2012), ainsi que rédigé un avis au ministre de la Sciences, de la technologie et de la recherche (2001) et un livre synthèse de mes recherches et de la littérature scientifique pour exposer les dangers pour la société d’une recherche pharmacologique débridée et de la grande fragilité des universités pour s’assurer que les conflits d’intérêts ne nuisent pas à l’intérêt général (2010)…

Poison civique

Si l’information diffusée n’est pas un mauvais (très mauvais) poisson d’avril (et je serais tombé dedans à pieds joints – mais je sais que ce n’est pas un poisson d’avril, mais un poison civique), je n’ai jamais vu l’éthique de recherche à ce point méprisée par des personnes sensées prévenir une mauvaise utilisation de la recherche en santé. Et Dieu sait que j’ai découvert des choses inquiétantes pour le bien commun entre 1998 et 2012.

En fait, plusieurs principes doivent guider les réflexions des experts en santé dont, notamment, que (1) il ne faut pas nuire et (2) un sujet humain participant à une recherche doit pouvoir donner son consentement libre et éclairé.

Or, les personnes qui se font vacciner en ce moment, souvent mues par la peur des conséquences éventuelles dues à une contamination attribuée aux virus qui bousculent le monde depuis 15 mois, sont-elles informées qu’elles participent à une recherche visant la mise au point d’un tout nouveau moyen bio-technologique pour « éviter les cas graves » engendrés majoritairement chez des personnes obèses (80% des hospitalisations selon de CDC et 88% des décès selon l’OMS) selon les données les plus récentes confirmées par les autorités en mars 2021?

Sont-elles clairement informées qu’elles peuvent être quand-même malades (tout en évitant les formes graves) et contaminer les personnes de leur entourage, y compris les personnes vaccinées?

Sont-elles clairement informées qu’il y a 4 stades dans une recherche pharmacologique et que, selon des experts, nous sommes seulement en phase 3 ou, au mieux, en phase 4?

Sont-elles clairement informées que le produit qu’elles reçoivent est « accepté pour faire la recherche » et non pas encore comme un traitement préventif?

Est-ce qu’elles signent un formulaire de consentement tels que tous les chercheurs (et leurs assistants) doivent faire signer pour respecter les consignes des comités universitaires pour s’assurer du consentement libre et éclairé quant à leur décision de participer en pleine connaissance de cause à cette recherche?

Questionnement éthique majeur, atteintes à la démocratie

Comme, dans la pratique, c’est systématiquement « non », on peut s’inquiéter de deux choses: (1) comme se fait-il que le protecteur du public qu’est le Collège des médecins n’intervient pas pour rappeler à l’ordre les responsables de cette recherche à grande échelle et (2) comment avoir un minimum de consentement libre et éclairé si un passeport vaccinal est imposé pour accéder à certains loisirs ou, pire, dans l’éventualité où la CNESST imposerait aux employeurs que tous leurs travailleurs soient vaccinés pour avoir droit au travail?

Qu’il faille respecter les mesures sanitaires pour protéger les personnes vulnérables est un principe auquel j’adhère, et ce, que j’aime ou que je n’aime pas les mesures. Toutefois, un avis comme celui du comité d’éthique de l’INSPQ est dommageable à court, à moyen et à long termes pour la société au sens large.

Et il y a pire quand on apprend la décision du Nouveau-Brunswick (Canada) de forcer la vaccination des adolescents d’origine amérindienne pour les accepter dans leurs écoles. Cette décision est inquiétante et largement questionnable sur le plan éthique et sur le plan démocratique, mais aussi certainement juridique, puisqu’on est encore libre de choisir si on accepte ou on accepte pas un traitement médical.

Sortir d’une pensée borderline: ce n’est pas tout noir ou tout blanc

Les personnes qui souhaitent recevoir le vaccin sont en droit de le recevoir et nos taxes paieront autant le produit que les éventuelles complications sur leur santé. Toutefois, il semble immoral d’imposer indirectement une vaccination en usant de procédures discriminatoires, et ce, d’autant plus que des personnes ont contracté la maladie et qu’elles disposent désormais d’anticorps sans avoir besoin du produit expérimental.

Imposer un choix directement (en faisant peur / nuisance intentionnelle) ou indirectement (en excluant de la société / abrogation du consentement libre et éclairé) aux citoyens devrait être questionné sérieusement par un panel multidisciplinaire n’ayant aucun conflit ou apparence de conflit d’intérêts. On ne peut pas laisser de tels avis circuler et influencer les décisions politiques sans réfléchir et tenir compte des risques potentiels pour le devenir de notre société civile.

D’une part, on connaît peu les effets à court terme, alors qu’on ne connaît pas les effets à moyen et long termes de ce projet de traitement préventif du virus, alors que celui-ci n’empêche que les formes graves. On peut donc se demander si c’est encore de l’ordre de l’éthique que de mettre en place une mesure forçant les honnêtes gens à accepter quelque chose qu’ils n’auraient pas accepté sans passeport vaccinal à la clé.

L’article de Richard Béliveau exposant que le principal risque de complications pour la santé des individus frappé par le virus est l’obésité.

D’autre part, on risque de créer encore plus de divisions dans la société. Il y a les propos considérés comme conspirationistes qui verront dans ce type de décisions des arguments pour dire qu’ils avaient raison et qu’ils n’avaient donc pas de troubles psychiatriques comme certains experts l’ont affirmé avec tellement de complaisance. Il y a les familles déjà déchirées qui le seront peut-être encore plus, car les avis divergent et c’est normal que chaque individu prenne sa décision en son âme et conscience. Pire, il y a ces jeunes qui risquent de se voir forcés d’accepter tôt ou tard un traitement expérimental, alors qu’ils subissent déjà lourdement les mesures pour « sauver des vies » depuis plus d’un an, et qu’ils devraient forcément se faire vacciner pour participer à une fête publique ou, comme au NB, participer à leurs cours…

Urgent d’avoir une consultation multidisciplinaire et ouverte au public pour guider les décisions politiques

Ces derniers jours, on a accusé de 1000 maux le ministre de l’Éducation d’avoir organisé à huis-clos deux journées de réflexion sur les moyens à mettre en oeuvre pour réduire les effets collatéraux des mesures sanitaires. Combien de personnes déchireront leur chemise pour réclamer l’accès public à de tels débats éthiques ayant des conséquences aussi importantes pour la société?

Je reste convaincu que le Premier ministre Legault vise à faire le bien, mais je suis inquiet qu’il soit conseillé par des personnes ne voyant que de petits fragments de la réalité imposée par les virus émergeants. Les infectiologues et microbiologistes sont des chevilles ouvrières importantes pour sortir de la crise sanitaire, mais les mesures ne peuvent pas s’inspirer uniquement de statistiques ou de connaissances acquises dans un bol de pétrie.

C’est ainsi qu’il est temps qu’on élargisse le débat scientifique et que les ordres professionnels, ainsi que les comités d’éthique universitaires, rappellent les règles de base en matière d’éthique de la recherche et de diffusion des informations scientifiques.

Bonne réflexion, les amis… N’oubliez pas de respecter les personnes qui ne pensent pas comme vous, mais permettez-vous de rester fidèles à votre perception des choses! Toute tentative de convaincre une personne vous place automatiquement en conflit, voire en abus. Prenez le temps de réfléchir, partagez et lâchez prise!

Joël Monzée, Ph.D.

Sources

1) https://www.inspq.qc.ca/en/node/27082
2) https://www.journaldemontreal.com/2021/04/01/comite-ethique-de-linspq-le-passeport-vaccinal-recoit-un-avis-favorable
3) https://www.lapresse.ca/covid-19/2021-04-01/le-passeport-vaccinal-est-justifiable-tranche-l-inspq.php
4) https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1781780/passeport-immunite-vaccin-voyages-travail-quebec
5) https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1777781/eleves-listuguj-campbellton-vaccin-communaute-autochtone
6) O’Hearn M et coll. Coronavirus disease 2019 hospitalizations attributable to cardiometabolic conditions in the United States: a comparative risk assessment analysis. J. Am. Heart Assoc., publié le 25 février 2021.
7) Stokes EK et coll. Coronavirus Disease 2019 case surveillance— United States, January 22-May 30, 2020. MMWR Morb. Mortal. Wkly Report. 2020 ; 69:759–765.
8) https://www.journaldemontreal.com/2021/03/14/le-facteur-majeur-de-la-pandemie-a-lechelle-mondiale
9) J. Monzée et C. Bélanger, Recherche en santé: enjeux et perspectives. Montréal (Québec) Canada : Éds AEGSFM, 2001.
10) J. Monzée, Médicaments et performance humaine: thérapie ou dopage? Montréal, Éditions Liber, 2010
11) https://www.lapresse.ca/international/etats-unis/2021-04-02/la-floride-interdit-le-passeport-vaccinal-au-nom-des-libertes-individuelles.php

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