Le pire, c’est qu’ils ne comprennent pas!

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Le pire, c’est qu’ils ne comprennent pas pourquoi!

« Vous y croyez ou pas? Votre ami Bigard vient de se faire censurer pour une blague. Donc ça veut dire que je dois fermer ma gueule? C’est mal connaître l’animal. » C’est ainsi qu’il s’exprime dans un message sur sa page sociale.

C’est en victime que se présente Jean-Marie Bigard alors que, quelques jours auparavant, il exposa – lors d’une émission télévisée en France – un viol comme un acte dont il croit qu’on peut s’esclaffer.

Le pire, c’est qu’il ne comprend pas pourquoi! Il ne comprend pas pourquoi l’animateur s’éloigne de son pupitre. Il poursuit jusqu’au bout ce qu’il croit être marrant… Et il ne comprend pas pourquoi cela ne fait pas rire.

Il ne comprend pas pourquoi une entreprise décline un projet qui l’aurait mis en valeur durant tout l’été.

Non, on ne peut plus rire de tout

L’affaire mettant en scène, d’une part, Mike Ward et, d’autre part, la Commission des droits de la personne est une autre manière de comprendre le fossé entre certains humoristes et l’ensemble de la population. Ce procès pose des questions importantes.

Est-ce qu’un humoriste agit d’une manière adéquate quand il se moque publiquement d’une personne facilement identifiable? Dans le cas de Mike, beaucoup sympathisent avec sa cible. Pourtant, nos personnalités politiques sont régulièrement mises en scène d’une manière toujours négative pour « extérioriser » le mal-être des citoyens.

Malgré les frustrations collectives, est-ce acceptable de s’attaquer à la personne, au de-là de son mandat publique? Est-ce que nos désillusions ainsi exposées peuvent avoir un effet pervers d’amplifier ce qui nous chagrine ou nous dérange? Pourrait-on imaginer que le manque d’humanité qui se reflète dans certaines décisions gouvernementales pourrait notamment découler d’un mécanisme de défense pour se protéger de la hargne avec laquelle certains se moquent d’eux?

Peut-on rire de bon coeur sans recourir à une stigmatisation des défis d’un individu? Quelque part, quand on accepte la médiatisation – que ce soit politique, social ou artistique – ne faut-il pas aussi accepter la critique? Où se situe la limite lorsqu’un caricaturiste dépeint une situation ou les traits grotesques d’une personne? La liberté d’expression justifie-t-elle toute forme d’attaques personnelles?

Et si c’était parce que nous ne nous connaissons pas vraiment?

Revenons à Mike. S’il passait un moment avec sa cible, qu’est-ce qui émergerait de leur rencontre de personne à personne? Si les deux êtres humains partageaient comment ils ont vécu la situation, je suis certain que Mike ne referait plus sa blague. Dans de tels cas, l’éveil des consciences serait certainement plus efficace que les démarches juridiques qui durent et perdurent.

Et nous? Est-ce que nos blagues sur une communauté sont encore admissibles? Par exemples, les Belges se moquent des Français et les Français le leur rendent bien, alors que les Québécois se moquent des New Fee et les Terre-Neuviens reprennent les mêmes blagues en ciblant leurs voisins. Devrions-nous les taire pour éviter de blesser? D’autant plus qu’elles sont bien vite oubliées lorsqu’on partage un bon repas entre comparses de contrées diverses.

Je me souviens d’une émission télévisée de Christophe Dechavanne centrée sur les blagues belges. Notamment, la célèbre joke qui prétend que les femmes belges ont le bout des seins carrés pour préparer leurs enfants à manger des frites. Je l’utilise encore à l’occasion pour me moquer de moi-même et des miens… Les Belges sont reconnus pour leur sens de l’auto-dérision, comme les Québécois avec des shows comme La petite vie ou Broue.

Cela dit… Si cette blague semble inoffensive, elle n’en a sans doute pas moins blessé une dame qui, lors de l’émission suivante, se présenta dans le public, attira l’attention, enleva son tee-shirt et montra que ses seins étaient « normaux. » La dame, probablement très vulnérable, a été la cible de tous les rires…

Dans une blague, il y a parfois de quoi rire. Cependant, il y a aussi un mélange d’ignorance et de frustrations qui rend les autres responsables de ses propres limites… On peut comprendre, mais certaines blagues deviennent inadmissibles.

Par ailleurs, certains ont sans doute leur public, mais il y a peut-être aussi une mauvaise lecture des attentes de ce public.

Une nécessaire remise en question

Depuis quelques années, nous constatons une remise en question des limites de l’acceptabilité.

Parfois, ces nouvelles limites sont probablement exagérées. Et cela entretient l’image récurrentes des petits lapins chère aux chroniques de Richard Martineau.

Heureusement, de nouvelles limites établissent les règles claires pour les personnalités médiatisées. Il est clair qu’aucune tolérance ne peut s’accorder pour la violence gratuite, ce que – visiblement – Jean-Marie Bigard n’a pas encore compris.

La visibilité médiatique impose une rigueur, car c’est un privilège d’accéder à une tribune publique. Et ce privilège s’accompagne de responsabilités sociales. Non que le mononcle qui abuse de l’alcool est plus excusable quand il fait une blague dégradante. Si la résonance de son manque de savoir vivre est moins dommageable, elle n’en est pas moins inexcusable.

Qu’on le veuille ou non, les personnes médiatisées sont des modèles. Pour cette raison, il faut en tenir compte dans chaque propos, car on ne sait pas quelle personne-en-détresse pourrait prendre une « blague » comme une autorisation de passer à l’action et commettre un crime.

Et il y a une différence entre un personnage – comme Darth Vader – et une personnalité publique – comme un humoriste ou un animateur. Pourtant, les jeunes et les moins-jeunes-en-détresse sont vulnérables, voire fragiles, en regard de modèle qui pourrait servir de déclencheur à une violence inacceptable…

Toutefois, il y a pire… Les jeux vidéo. Pour s’attirer de nouvelles clientèles, auteurs et diffuseurs vont de plus en plus loin. Et, parce qu’on croit que c’est un « jeu, » on permet à nos jeunes de s’y adonner parfois durant des heures.

Pour en savoir plus: « Non, ce n’est pas un jeu. »

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