Hooka Hey!

Date

20 jours…

Partir en 20 jours.

Quel que soit notre âge.

Pour Jean-Claude Tremblay, il parle d’une grande dame de 75 ans. Et s’interroge pour lui-même…

« Imaginez la scène. Demain c’est votre anniversaire, un jour spécial, un où vous allez atteindre le vénérable plateau des 75 ans. Le soir venu, vous sortez vos vêtements pour le lendemain, et comptez les heures qui vous séparent de prendre vos enfants et vos petits-enfants dans vos bras. Votre imagination se met à conjuguer le présent, le futur et le passé, avec lucidité et fierté. Assise calmement sur votre fauteuil, vos deux mains enveloppant délicatement une tisane fraîchement coulée, vous vous mettez tantôt à rire, et tantôt à pleurer, juste à l’idée d’avoir eu le privilège de traverser 75 feuillets en santé. Dans cet élan de gratitude, vous êtes loin de vous douter que sous peu, votre destin prendra un virage insoupçonné. (…) Anormalement désorientée, vous avez emprunté le mauvais chemin avant de prendre le fossé. (…) Vous n’allez jamais ressortir de l’établissement de santé… » (J.Cl. Tremblay, 2021)

PARTIR AVANT LES MIENS

Daniel Balavoine voulait « partir avant les [siens] pour ne pas hériter de leur flamme qui s’éteint. » Une de ses plus belles chansons. Une de celles qui rythma mon adolescence dans mes moments de doute et de quête de sens.

Je suis né le 5 février, comme lui. Il était toutefois de 16 ans mon aîné. Il avait transformé ses colères en campagnes humanitaires au secours de villages africains, se servant de sa popularité et de ses albums autant pour nous sensibiliser à la réalité des peuples massai que pour leur venir en aide…

« Partir avant les miens », il ne pouvait pas si bien dire. Sa chanson était annonciatrice de son décès précoce. Officiellement, un accident d’hélicoptère au coeur de l’Afrique. Mais, comme pour Philippe de Dieuleveult, de nombreux mystères entourent sa mort tragique.

Alors que je rentrais de l’école, ma mère m’annonça son décès comme on parle d’une grenouille écrapoutie sur la route. Et encore, elle aurait eu plus de compassion pour la grenouille. La mort du chanteur et de Bruno Sabine, ainsi que des trois autres personnes qui les accompagnaient, était – pour elle – une ligne dans le journal. Pour moi, deux héros s’étaient éteints. Un drame qui allait m’amener à chercher des réponses sur le sens de la vie.

UN JOUR SERA LE DERNIER DE TOUS

J’ai toujours vécu – du moins dès mon adolescence – avec le son de deux mots attribués aux Sioux « Hooka Hey! »

Cela veut dire « c’est un beau jour pour mourir. »

Cela parle du lâcher prise nécessaire pour acquérir une certaine sagesse face à l’inévitable: un jour ou l’autre, nous mourrons.

La perte d’un être m’interpelle. Il faut gérer le vide, le manque, la peine… et les questions. Il faut accueillir les conséquences de tous ces moments où on a peut-être manqué de discernement lors d’un moment plus difficile avec cette personne. Il faut souhaiter que la relation a pu se pacifier par la suite. Parfois, c’est possible. Parfois, c’est une quête illusoire, car il faut être deux pour danser la valse…

Toutefois, ma mort ne me fait pas peur. Je l’ai frôlée plusieurs fois, malgré les précautions que j’ai toujours choisi de prendre.

Par contre, j’aurai vécu la vie que je voulais vivre.

Et je peux mourir tantôt si le Destin me rattrape. Hooka Hey!

Dans mon testament, je ne veux ni cérémonie (bien que ma conjointe et nos enfants pourraient en désirer une pour faire leur processus de deuil), ni tombe. Je suis poussière et je redeviendrai poussière. Il y a un commencement et une fin.

Et je ne veux surtout pas m’accrocher coûte que coûte. Je ne veux pas dépendre d’une molécule ou d’un traitement avilissant pour m’ajouter quelques jours, quelques mois… Je ne considère pas la maladie comme un état à combattre, mais un état à apprivoiser. Je ne considère pas un virus comme un ennemi, mais comme une réalité de la vie qui m’invite à prendre soin de mon système immunitaire.

Toutefois, quoi que je décide, un jour sera le dernier. Et je partirai serein.

J’ai eu une enfance terrible, mais j’ai eu surtout une belle vie dès que je me suis pris en main. Je n’ai aucune idée de ce qu’il y a derrière le voile, mais cela ne me fait pas peur.

Bien sûr, j’ai des regrets… et quelques remords. Mais, pas de ce que je n’ai pas vécu, car je me remets tellement souvent en question que je sais que j’ai toujours pu agir en pleine connaissance de cause.

Par contre, j’ai de la peine d’avoir parfois blessé des personnes que j’aimais, ainsi que d’autres que j’ai croisé. Parfois, on ne se comprend simplement pas. Parfois, les objectifs sont différents. Parfois, la danse commune demande trop de compromis. Parfois, il n’y a aucune intention de mal faire. Parfois, on se défend, car on se sent menacé.

Je regrette d’avoir mis plus de 30 ans pour comprendre que ma vulnérabilité était une force, pas une faiblesse. Je regrette d’avoir utilisé mes mécanismes de défense plutôt que d’avoir laissé l’émotion monter et d’avoir simplement choisi de poursuivre ma route avec le plus de bienveillance possible.

Mais, j’ai vécu la vie que je voulais vivre. À 12 ans, j’ai pris conscience de l’absurdité de cette violence inouïe vécue dans ma famille et j’ai choisi de rompre avec cet héritage pour vivre selon des valeurs qui m’étaient précieuses. Dans cette perspective, chaque expérience, chaque écueil et chaque sourire, a simplement permis de confirmer, chaque jour un peu plus intensément, que je voulais installer la bienveillance dans mes interactions ou mes pensées.

Chemin à rechoisir chaque jour… Bien sûr, j’ai encore tellement à apprendre, mais je sais que, si je ferme définitivement les yeux, j’aurai fait de mon mieux… Et c’est correct que je m’en aille. Je veux juste le faire dignement.

VIVRE PLEINEMENT

De nos jours, peu de gens vivent la vie qu’ils ont désirée. Ils n’ont bien souvent même pas la vie qu’ils méritent. Le résultat, ils s’accrochent tant bien que mal, tout en s’appuyant sur un système de santé parfois un peu trop pathologique.

Parfois, l’acharnement médical contribue d’ailleurs plus au temps nécessaire pour la famille d’entamer leur processus de deuil, ce qui est légitime.

Toutefois, la difficulté d’aborder la mort, de nos jours, est une des principales causes de l’acceptation des mesures liberticides telles que celles qui s’installent depuis des mois… et qui ne s’en iront pas, car trop d’intérêts particuliers (personnels et professionnels) sont en jeu, après la crise sanitaire.

PRENDRE SOIN DE SOI

Plusieurs études réalisées par des RH ont remarqué qu’une partie des raisons pour lesquelles il y a eu une diminution de la main d’oeuvre dans les pays occidentaux, c’est que les périodes de confinement ont rappelé aux citoyens qu’ils avaient une vie et qu’il fallait en prendre soin.

Et se réaliser dans sa vie professionnelle fait partie du processus de prendre soin de soi.

Attendre la retraite pour enfin vivre est un non-sens que les jeunes générations refusent de plus en plus. Et combien de retraités, prisonniers des conséquences de la crise sanitaire, regrettent d’avoir attendu leur pension pour « commencer à vivre » au lieu de « s’étourdir durant des années »?

Quoi qu’il en soit… Hooka Hey!

Merci Jean-Claude pour ce rappel

Et vous?

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