Des espoirs aussi légitimes que problématiques sur le plan éthique

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Nous vivons une époque qui, sous certains aspects, est dramatiquement fascinante. Au coeur de cette réflexion figure la manière de percevoir la vie et de donner du sens à la sienne.

Bien sûr, il y a plusieurs philosophies qui s’entrechoquent. Il y a des dogmes présentés comme des vérités. Il y a des questions critiquées comme antisociales. Il y a des « insoumis » conspués comme des criminels. Il y a une série de faiseurs d’opinion, dont les influenceurs ordinaires qui essaient de se faire des idées au départ de ce que racontent les influenceurs émérites qui n’exposent pas leurs conflits d’intérêts.

FLASH BACK

Quand je faisais mon doctorat à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, j’ai eu le privilège de présider l’association étudiante et de participer à de nombreux comités facultaires. Je me souviens, notamment, du conflit intérieur que vivaient les responsables, et leurs étudiants, de 4 départements (sur les 22) qui se sentaient « moins importants » que ceux des 18 autres.

Pour se donner une identité propre, l’École de la santé publique a été créée. Tant mieux pour eux. Toutefois, c’est fascinant de voir comment ses membres, aujourd’hui, arrivent à exposer leur manière de voir la vie et d’orchestrer la situation actuelle en se basant sur une approches plus idéologique que scientifique en matière de santé publique. Il est curieux également de constater à quel point on leur laisse le micro, ce qui leur confère une légitimité qui n’est pas nécessairement idéale pour protéger le bien commun.

D’autres personnes sont mues par l’espoir qu’engendrent les traitements pharmacologiques à base d’ARNm.

Bien sûr, il y a des malades qui ont besoin d’aide, mais quelle thérapie souhaitons nous leur offrir?

Y a-t-il eu débat?

Y a-t-il eu une évaluation réelle des risques à court, moyen et long termes?

Connait-on les effets sur les organes sains?

Le citoyen conserve-t-il ses droits d’accepter ou de refuser des traitements certes prometteurs, mais qui ne sont qu’aux premiers pas sur le plan scientifique?

Seront-ils imposés quel que soit l’état de santé de chacun?

ESPOIRS AUSSI LÉGITIMES QUE PROBLÉMATIQUES

Et puis, il y a tous ces enjeux. Certains sont nobles et légitimes. D’autres posent des questions qu’il faudra discuter collectivement, car les intérêts singuliers sont présents. Parfois, trop présents.

Outre le rêve d’attirer le futur centre de recherche de MDA à Montréal (lutte fratricide avec l’Ontario), ce sont surtout les 800 millions de dollars estimés en termes d’effort de recherche et de production de médicaments à base d’ARNm qui fait fantasmer les uns et les autres.

Il y a bien sûr les chercheurs en immunologie et infectiologie qui en rêvent. Certains ont déjà des financements de compagnies pharmaceutiques (ex. chaire de recherche PFZ) et d’autres ont créé une fondation pour obtenir des fonds de recherche qui, à défaut d’un financement adéquat de la part des agences gouvernementales, sera alimentée par l’industrie. Les universités vont d’ailleurs ponctionner 40% des fonds en provenance de l’industrie. Une manière d’équilibrer leur budget et de donner plus d’opportunité de rayonnement à leur institution.

Il y a aussi, par exemples, les chercheurs qui travaillent sur des modèles de traitement « préventif » à base d’ARNm de différents cancers. Ils se moquent du virus, mais rêvent de devenir les prochains Prix Nobel pour avoir contribué à mettre en route une foule de traitements qui seront prescrits aux citoyens contre les différents cancers qui auraient sans doute pu être évités si on vivait dans un monde moins pollué.

À l’heure où le clownchien domine la pensée de nombreuses personnes, la prévention se résume à prendre des médicaments plutôt que d’adopter de saines manières de vivre. Bien sûr, les patients y déposent aussi leurs espoirs de guérison face à ces maladies dévastatrices.

Il y a encore les chercheurs qui travaillent sur des projets voulant enrayer la maladie d’Alzheimer, par exemple. Elle affecte nombre de personnes âgées et, dans 95% des cas, il semble que les habitudes de vie en soient grandement responsables. Mais, plutôt que d’adopter des comportements responsables, l’espoir que des médicaments « préventifs » à base d’ARNm pour dissoudre les molécules B-Amyloïdes pourrait aussi constituer une solution acceptable à leurs yeux. Ne pas changer de mode de vie et prendre un médicament pour réduire les conséquences de ses choix.

LE SILENCE DES AGNEAUX

Il y a aussi le brouhaha qui existait dans le domaine public au printemps 2020. La recherche scientifique se base sur l’étude (éventuellement la quantification) de phénomènes complexes.

Il est facile de mesurer la vitesse d’une pomme qui tombe de l’arbre. Mais, s’adresser à la santé dans son ensemble, c’est terriblement difficile, car aucune étude ne peut – à elle seule – définir l’ensemble des paramètres qui influent sur les éléments observés. On a beaucoup critiqué les chercheurs de ne pas avoir une seule manière de parler du virus. Maintenant, toute question est considérée comme proscrite, faisant naître un faux sentiment de sécurité basé sur un consensus exprimé par des personnes ayant des intérêts singuliers.

Comme je le mentionnais, les facteurs contribuant à la santé sont terriblement complexes et les déterminants des maladies le sont tout autant. Par exemple, les Sx associés à la dépression peuvent venir de 9 zones différentes dans le cerveau. Ceux associés au TDAH, on est rendu à au moins 14 aires différentes. Cela devient ardu à mesurer. Alors, on définit les Dx en fonction de l’élimination des Sx grâce à un médicament. Le psychotrope devient la variable étudiée: la personne a ou n’a pas les Dx en fonction de la concentration de la molécule. On n’est plus dans la Science, on est passé à « autre chose ».

Et puis… il y a tous ceux qui ont peur de la mort, car ils n’y ont jamais trop réfléchi. Il y a ceux qui ont peur de perdre ou de manquer. Il y a ceux qui n’ont pas encore réalisé leurs rêves. Il y a aussi ceux qui ne peuvent imaginer que le monde continuera de tourner après leur grand départ dont ceux qui voudraient – concept dominant en transhumanisme – transférer leur personne dans une mémoire d’ordinateur ou, du moins, améliorer les fonctions cognitives pour « être quelqu’un » ou, du moins, prolonger leur expérience de vie. Les scientistes et autres gestionnaires d’industrie fantasment à l’idée de leur offrir de telles opportunités.

Tout cela est légitime. Je suis certain que personne n’a de mauvaises intentions. Malheureusement, l’enfer est pavé de bonnes intentions. D’abord, l’outrance génère des abus et la mégalomanie des influenceurs sont l’ennemi du Bien commun. Ensuite, il y a aussi des intérêts singuliers et de larges conflits d’intérêts, parfois idéologiques, parfois pécuniers. Certainement problématique sur le plan sociétal, car la population ne peut plus user de droits fondamentaux comme le libre choix du traitement médical ou le consentement libre et éclairé à participer en toute connaissance de cause à une expérience scientifique.

La situation est aussi complexe qu’on cherche coûte que coûte une solution simple pour sortir de la crise politique dans laquelle les pays occidentaux sont plongés depuis un an. Et comme ils copient les stratégies des autres via les influenceurs, les entreprises de gestion de crise et les angoisses de citoyens, on en arrive à imposer un produit expérimental comme seule manière de prendre soin de sa santé.

Source: Érudit

IL EST URGENT DE SE CALMER, DE PRENDRE DU RECUL ET D’ENTAMER UNE RÉELLE DÉMARCHE RÉFLEXIVE

Il est grand temps de prendre du recul, de s’apaiser devant la complexité de la situation, accepter l’incertitude du mystère devant cette complexité, ainsi que de réfléchir collectivement au sens de la vie et individuellement au sens de sa propre vie.

C’est d’autant plus important que tous les discours médiatiques actuels vont contribuer à restreindre des choix personnels comme l’euthanasie, l’aide médicale à mourir ou encore l’avortement, tout en imposant de fréquentes injections de produits ARNm pour « prévenir » les maladies dégénératives, afin de ne pas « surcharger » les hôpitaux. Si vous lisez attentivement les slogans publicitaires, vous comprendrez ce que je vous expose, tout en espérant du fond du coeur qu’on arrivera pas là.

Il est temps que nous ayons un vrai débat éthique. Actuellement, il est dominé par la pensée idéologique de l’École de la santé publique de l’Université de Montréal. Or, la démarche réflexive est bien loin de ce qui nous est présenté depuis des mois dans les médias.

Certes, ces personnes ont le droit de s’exprimer, mais elles agissent plus comme des influeuceuses que des chercheurs circonspects et respectueux des questionnements et pratiques diversifiées. Et le problème, c’est que – relayé par des personnes qui ne se rendent pas compte des conséquences de ce qu’elles affirment – cela crée tellement de haine envers autrui.

Aller plus loin: https://joelmonzee.com/medicament-et-performance-humaine-therapie-ou-dopage/

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